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Journal de Eugène Delacroix, Tome 3 (de 3) / 1855-1863 cover

Journal de Eugène Delacroix, Tome 3 (de 3) / 1855-1863

Chapter 1: JOURNAL
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About This Book

A painter's personal journal records social engagements, reactions to concerts and salons, art criticism, and anecdotes from political and cultural circles. Entries combine practical notes on technique and composition with reflections on music's unique emotional power and assessments of theatrical and operatic forms. The author recounts dinners, visits, and encounters with critics, collectors, and public figures while expressing personal impressions, preferences, and occasional professional frustrations. Marginal notes and editorial clarifications identify works and people mentioned, and short descriptive passages convey the daily rhythms of artistic life and thought.

The Project Gutenberg eBook of Journal de Eugène Delacroix, Tome 3 (de 3)

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Title: Journal de Eugène Delacroix, Tome 3 (de 3)

Author: Eugène Delacroix

Editor: Paul Flat

René Piot

Release date: April 24, 2017 [eBook #54600]
Most recently updated: October 23, 2024

Language: French

Credits: Produced by Laura Natal Rodriguez and Marc D'Hooghe at
Free Literature (online soon in an extended version, also
linking to free sources for education worldwide ... MOOC's,
educational materials,...) Images generously made available
by the Internet Archive.

*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK JOURNAL DE EUGÈNE DELACROIX, TOME 3 (DE 3) ***

JOURNAL

DE

EUGÈNE DELACROIX

TOME TROISIÈME

1855-1863

SUIVI D'UNE TABLE ALPHABÉTIQUE

DES NOMS ET DES ŒUVRES CITÉS

NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS PAR MM. PAUL FLAT ET RENÉ PIOT

Portraits et fac-simile

PARIS
LIBRAIRIE PLON
PLON-NOURRIT ET Cie IMPRIMEURS-ÉDITEURS
RUE GARANCIÈRE 10e
1895

JOURNAL

DE

EUGÈNE DELACROIX


1855

Paris, 8 janvier.—Dîné chez Mme de Blocqueville[1] avec Cousin[2]. Singulière maison.

Cousin, en sortant, m'assure que, toutes informations prises, elle est fort honnête, sauf les petits loisirs que lui laisse l'absence de son mari, avec qui elle vit mal, mais qui ne fait que des apparitions.

Je m'accroche à lui pour retourner chez Thiers[3]; il n'y était pas, ni sa femme. Mme Dosne m'invite pour le vendredi de la semaine suivante.

*

9 janvier.—Dîné enfin chez la princesse[4], après avoir refusé deux fois, je crois, à cause de mon malaise, suite de la grippe.—Se rappeler une sonate de Mozart qu'elle joue seule.

Berryer y est venu, ainsi que les dames de Vaufreland. Il m'a mené chez Mme de Lagrange, à qui je devais une visite depuis le dîner que j'y avais fait il y a longtemps déjà, le jour où j'avais causé longuement avec la princesse.

—Magnifique sujet: Noé sacrifiant avec sa famille après le déluge: les animaux se répandent sur la terre, les oiseaux dans les airs; les monstres condamnés par la sagesse divine gisent à moitié enfouis dans la vase; les branches dégouttantes se redressent vers le ciel[5].

*

20 janvier.—Chez Viardot[6]. Musique de Gluck chantée admirablement par sa femme.

Le philosophe Chenavard ne disait plus que la musique est le dernier des arts! Je lui disais que les paroles de ces opéras étaient admirables. Il faut des grandes divisions tranchées; ces vers arrangés sur ceux de Racine et par conséquent défigurés, font un effet bien plus puissant avec la musique.

Le lendemain dimanche, chez Tattet[7]. Membrée[8] a chanté des morceaux de sa composition; celui des Étudiants serait mauvais, même avec la plus belle musique. C'est un petit opéra sans récitatif, c'est-à-dire que le récit et le chant ne font qu'un; c'est fatigant pour l'esprit, qui n'est ni au récit ni à la musique, tout en courant à chaque instant après l'un et l'autre. Nouvelle preuve qu'il ne faut pas sortir des lois qui ont été trouvées au commencement sur tous les arts. Racontez ce qu'il vous plaira avec les récitatifs, mais avec le chant ne faites chanter que la passion, sur des paroles que mon esprit devine avant que vous les disiez.

Il ne faut point partager l'attention: les beaux vers sont à leur place dans la tragédie parlée; dans l'opéra, la musique seule doit m'occuper.

Chenavard convenait, sans que je l'en priasse, qu'il n'y a rien à comparer à l'émotion que donne la musique: elle exprime des nuances incomparables. Les dieux pour qui la nourriture terrestre est trop grossière, ne s'entretiennent certainement qu'en musique. Il faut, à l'honneur mérité de la musique, retourner le mot de Figaro: Ce qui ne peut pas être chanté, on le parle. Un Français devait dire ce que dit Beaumarchais.

—Dîné chez Thiers: Cousin, Mme de Rémusat que j'ai revue avec plaisir, etc.

Chez Tattet ensuite, où j'ai entendu Membrée.

Ce qui met la musique au-dessus des autres arts (il y a de grandes réserves à faire pour la peinture, précisément à cause de sa grande analogie avec la musique), c'est qu'elle est complètement de convention, et pourtant c'est un langage complet; il suffit d'entrer dans son domaine.

*

24 janvier.—Au bal de Morny, le soir. Mérimée me parle d'un nommé Lacroix qui vend de bon papier.

Je remarque encore l'étonnante perfection des Flamands à côté de quoi que ce soit: il y avait là un joli Watteau, qui devenait complètement factice, comme je l'avais déjà remarqué antérieurement.

*

25 janvier.—Dîné chez Payen[9].—Mme Barbier ensuite.

*

28 janvier.—Chez Thiers le soir; il me parle des ressources prodigieuses que Napoléon trouva dans son génie et dans son audace infatigable pendant la mémorable campagne de 1814.

*

29 janvier.—Dîné chez Mme de Blocqueville avec

Thiers, Cousin, la duchesse d'Istrie, une Mme de Léotaud, et un M. de Beaumont[10] qui fait partie du jury de l'Exposition; fort aimable et convenable de tous points, et bon appréciateur de toutes choses.

En sortant, chez Fould. Bal. Figures de coquins de toute espèce.

—Cousin, au dîner, avait raconté l'anecdote suivante: Louis XIV avait tenu un conseil particulier entre Louvois, Turenne, Condé et lui, sur un plan de campagne, en recommandant un secret absolu; huit jours après, il lui revient que son plan est connu. Interpellant Turenne, il le lui dit et ajouta, connaissant son inimitié pour Louvois: «Ce sera ce coquin de Louvois!» Turenne répond: «Non, Sire, c'est moi.» À cela le Roi lui dit: «Vous l'aimez donc toujours!»

*

30 janvier.—Chez Mme de Lagrange. Je suis arrivé malheureusement de bonne heure, c'est-à-dire à dix heures. Qui croirait que c'est encore une heure indue le soir à Paris?

J'ai trouvé là le vieux Rambuteau[11] qui est aveugle et qui me dit, quand on lui dit qui j'étais, qu'il était très fâché de n'avoir pas été ainsi prévenu de ma présence chez Mme de Blocqueville, la première fois que j'y dînai; qu'il m'aurait dit à quel point il avait toujours admiré mes peintures. Or le vieux scélérat ne m'a jamais adressé la parole, dans le temps qu'il était préfet, que pour me recommander de ne pas gâter son église de Saint-Denis du Saint-Sacrement. Ce tableau de treize pieds[12], payé 6,000 francs, avait été donné à Robert Fleury, qui, ne s'y sentant pas porté, m'avait proposé de le faire à sa place, avec l'agrément, cela va sans dire, de l'administration. Varcollier, moins apprivoisé dans ce temps avec moi et avec ma peinture, consentit dédaigneusement à ce changement de personne, le préfet plus difficilement encore, à ce que je crois, dans la profonde défiance où il était de mes minces talents.

L'adversité rend aux hommes toutes les vertus que la prospérité leur enlève.

Cela me rappelle que, quand je fus revoir Thiers, au retour de son petit exil, il déplora la mesquinerie des commandes qu'on me faisait; à l'entendre, j'aurais dû avoir tout à faire et être magnifiquement récompensé.

*

31 janvier.—Fortoul,—Dumas ensuite.

Je suis resté au coin de mon feu à cause du dégel. Puis, repris à dix heures d'un beau courage, j'ai été prendre l'air.


[1] Louise-Adélaïde d'Eckmühl, marquise de Blocqueville, était la dernière fille du maréchal Davoust, dont elle a fait revivre dans un livre important la sévère figure. Elle est aussi l'auteur de plusieurs ouvrages de psychologie mystique.

[2] Victor Cousin, qui depuis 1852 n'occupait plus sa chaire de philosophie à la Sorbonne, travaillait alors à ses Études sur les femmes et la société du dix-septième siècle, et avait déjà fait paraître Madame de Longueville (1853) et Madame de Sablé (1854).

[3] Delacroix, habitant à cette époque rue Notre-Dame de Lorette, était par conséquent tout à fait voisin de M. Thiers.

[4] La princesse Marcellini Czartoryska.

[5] Ce sujet de tableau n'a pas été traité par Delacroix.

[6] Louis Viardot (1800-1883), littérateur. On lui doit un grand nombre de traductions d'ouvrages espagnols et russes. Il avait en 1841 fondé avec George Sand et Pierre Leroux la Revue indépendante et pris un moment la direction du théâtre italien à la salle Ventadour en 1838. C'est là qu'il connut la célèbre cantatrice Pauline Garcia, qui devint sa femme en 1840.

[7] Alfred Tattet, banquier très répandu dans le monde artistique et littéraire, ami fidèle d'Alfred de Musset, qui lui dédia quelques-unes de ses poésies.

[8] Edmond Membrée (1820-1882), compositeur français, élève de Carafa. Il écrivit notamment les chœurs de l'Œdipe-Roi, de J. Lacroix, joué au Théâtre-Français en 1858.

[9] Anselme Payen (1795-1871), chimiste, professeur à l'École centrale et au Conservatoire des arts et métiers, membre de l'Académie des sciences.

[10] Adalbert de Beaumont, peintre et littérateur, qui exposa à plusieurs Salons et écrivit dans divers journaux et revues des articles sur les questions d'art.

[11] Le comte de Rambuteau (1781-1869) avait été préfet de la Seine sous la monarchie de Juillet. Ce fut lui qui commença dans Paris les travaux d'embellissement qui devaient plus tard, sous l'administration du baron Haussmann, transformer la capitale.

[12] Ce tableau, Pieta, fut peint directement sur le mur. (Voir Catalogue Robaut, n° 768.)


2 février.—Dîné avec Mme de Forget.—Chez Mme Cerfbeer ensuite. J'ai fait les deux choses.

Beaucoup causé avec Eugène[13], que j'aime beaucoup.

Chez Cerfbeer[14] ensuite, où l'on étouffait; j'ai causé avec Pontécoulant[15] et avec sa femme. Il me disait assez justement que la prise de Sébastopol serait l'empêchement irrémédiable à la paix; que l'Empereur, en 1812, n'avait pas rétabli le royaume de Pologne pour ne pas fermer tout retour à la paix, bien persuadé que la Russie n'abandonnerait jamais ses prétentions sur la Pologne et en ferait toujours un objet d'amour-propre au premier chef, comme elle en fait un de sa possession de la Crimée, le talisman véritable qui lui ouvre le chemin à la domination de l'Orient.

En sortant, je me suis promené sur le boulevard avec délices: j'aspirais la fraîcheur du soir, comme si c'était chose rare. Je me demandais, avec raison, pourquoi les hommes s'entassent dans des chambres malsaines, au lieu de circuler à l'air pur, qui ne coûte rien. Ils ne causent que de choses insipides qui ne leur apprennent rien et ne les corrigent de rien; ils font avec application des parties de cartes ou bâillent solitairement au milieu de la cohue, quand ils ne trouvent personne à ennuyer.


3 février.—Chez Viardot.—Delangle[16].

*

5 février.—Chez Thiers, le soir: j'y suis resté très longtemps; il m'a accaparé, et nous avons parlé guerre; il a mis en poudre mon système.

En sortant et très tard, chez Halévy: calorifères étouffants. Sa pauvre femme emplit sa maison de vieux pots et de vieux meubles; cette nouvelle folie le mènera à l'hôpital. Il est changé et vieilli: il a l'air d'un homme entraîné malgré lui. Comment peut-il travailler sérieusement au milieu de ce tumulte? Son nouveau poste à l'Académie[17] doit prendre beaucoup sur son temps et l'écarter de plus en plus de la sérénité et de la tranquillité que demande le travail.

Sorti de ce gouffre le plus tôt que j'ai pu. L'air de la rue m'a semblé délicieux.

*

6 février.—Dîné chez la princesse. Elle me plaît toujours: elle avait une robe dont elle ne savait que faire; l'étoffe en était si magnifique qu'elle ressemblait à une cuirasse de vingt aunes; grâce à cette ampleur ridicule, toutes les femmes se ressemblent en ressemblant à des tonneaux.

Après dîner, j'ai été un moment chez Fould et suis revenu pour l'entendre avec Franchomme; mais le plaisir de la soirée avait été deux ou trois morceaux de Chopin qu'elle m'avait joués avant mon départ pour aller chez le ministre.

Grzymala, à dîner, nous a soutenu que Mme Sand avait accepté de Meyerbeer de l'argent pour les articles qu'elle a faits à sa louange. Je ne puis le croire et j'ai protesté. La pauvre femme a bien besoin d'argent: elle écrit trop et pour de l'argent; mais descendre jusqu'au métier des feuilletonistes à gages, c'est ce que je ne puis croire!

Berryer venu chez la princesse.

*

7 février.—Soupe chez la fameuse comtesse de Païva. Ce luxe effrayant me déplaît; on ne rapporte aucun souvenir de semblables soirées: on est plus lourd le lendemain, voilà tout.

Depuis moins de quinze jours, j'ai travaillé énormément: je suis occupé maintenant de Foscari[18]. J'avais auparavant donné aux Lions[19] une tournure que je crois enfin la bonne, et je n'ai plus qu'à terminer en changeant le moins possible.

*

11 février.—Dîner chez Bornot.

*

15 février.—Dîné chez Lefuel avec Arago, Français, etc.

*

19 février.—Berryer m'écrit ce soir pour me demander si j'ai un moyen de trouver une place pour jeudi prochain, jour de son élection. Je lui réponds:

«Mon cher cousin, je m'empresse de vous dire que je n'espère qu'en vous pour trouver place à une séance aussi intéressante pour moi. Je n'ai quasiment bue des ennemis dans le palais Mazarin. Ils me veulent à la porte de toutes les façons; recevez-moi au moins pour ce jour, qui m'est cher à plus d'un titre. Votre mille fois affectionné et dévoué.»

En réponse à cette lettre, Berryer n'a pu m'envoyer qu'un billet dans les amphithéâtres haut perchés de l'Institut. En arrivant à midi et demi par la neige et le froid, j'ai trouvé que la queue remplissait jusqu'à la porte de la rue, c'est-à-dire tous les escaliers et passages qui conduisent audit amphithéâtre, lequel était plein, de sorte que ces bonnes gens, parmi lesquelles il y en avait qui prétendaient que ce côté était excellent, attendaient, ou l'évanouissement de quelque dame, ou je ne sais quel prodige pour se glisser dans l'intérieur; et ils étaient là deux cents!

Je boude un peu Berryer. En pareille situation, j'aurais voulu placer mon cousin. Tous ses amis de Frohsdorf et autres étaient, j'en suis sûr, bien installés, et avaient apporté leurs grandes oreilles pour l'écouter... Je me trompe: ils étaient là pour dire qu'ils y avaient été.


[13] Eugène de Forget.

[14] Alphonse Cerfbeer (1797-1859), auteur dramatique.

[15] Le comte de Pontécoulant (1794-1882), officier et littérateur. Il se battit sous les ordres de Napoléon pendant les Cent-jours et fut blessé en 1830 dans la campagne de Belgique à la tête d'un corps de volontaires parisiens qu'il avait organisé. De retour en France, M. de Pontécoulant s'est occupé de littérature et surtout de musique.

[16] Delangle était alors premier président de la cour de Paris.

[17] Halévy avait été nommé secrétaire perpétuel de l'Académie des beaux-arts le 29 juillet 1854.

[18] C'est la fameuse toile des Deux Foscari, que les admirateurs du maître ont pu voir pour la dernière fois à l'exposition de ses œuvres au palais des Beaux-Arts en 1885, car elle ne figurait pas à l'Exposition universelle de 1889. Elle appartient actuellement au duc d'Aumale et constitue l'un des plus précieux joyaux de sa galerie. (Voir Catalogue Robaut, nos 1272 et 1273.)

[19] Voir Catalogue Robaut, n° 1278.


4 mars.—Symphonie de Gounod[20] à deux heures.

*

5 mars.—Concert de l'aimable princesse. Le concerto de Chopin a produit peu d'effet. Ils s'obstinent à le jouer au lieu de ses délicieux petits morceaux. La pauvre princesse et son piano disparaissent sur ce théâtre. Quand la Viardot a préludé, pour chanter des mazurkas de Chopin arrangées pour la voix, on a senti l'artiste; c'est ce que me disait Delaroche, qui était près de moi, dans cette place où j'avais été relégué, après avoir offert la mienne aux dames de Vautreland.

Ces courts fragments de symphonie d'Haydn entendus hier m'ont ravi autant que le reste m'a rebuté. Je ne puis plus consentir à prêter mes oreilles ou mon attention qu'à ce qui est excellent.

Sur le respect immodéré des maîtres: citer la froideur de certains Titien, le Christ au tombeau, etc., etc.[21].

Oculos habent et non vident veut dire: De la rareté des bons juges en peinture.

—Sur le style... ne pas confondre avec la mode.

*

13 mars.—Dîné chez la princesse, à mon corps défendant... J'ai refusé si souvent que j'y vais par devoir. Bon morceau de Mozart joué par elle avec basse, violon et violoncelle, précédé d'un morceau de Mendelssohn joué par la princesse de Chimay, ennuyeux de tout point.

Je me sauve après le morceau de Mozart et j'évite la Polonaise de Chopin, dont nous étions menacés.

*

14 mars.—J'ai quitté mon travail acharné sur mes Lions, pour aller à une heure voir la salle d'exposition.

En revenant, chez Riesener.

Je suis depuis quelque temps dans un mauvais état de santé: l'estomac est capricieux, et c'est lui pourtant qui conduit tout le reste. À présent, mon malaise me prend au milieu de la journée, et je peux quelquefois faire une séance à la fin du jour. Je me lève très matin.

*

15 mars.—Dîné chez Bertin; ce bon Delsarte m'a dit que Mozart avait outrageusement pillé Galuppi[22], à peu près sans doute comme Molière a pillé partout où il a trouvé. Je lui ai dit que ce qui était Mozart n'avait pas été pris à Galuppi ni à personne. Il met Lulli au-dessus de tout, même de Gluck, qu'il admire pourtant fort.

Il a chanté des chansonnettes anciennes et charmantes, chantées avec le goût qu'il y met. Je lui ai fait remarquer que s'il prenait la peine de chanter avec le même soin la musique des grands musiciens qu'il n'aime pas, elle ferait autant d'effet, et peut-être davantage. Il a chanté le bel air de Telasco, toujours avec le même ravissement pour moi.

On passe à certains artistes leurs excentricités sur un point, sans diminuer de l'estime de leur talent: Delsarte est une espèce de fou dans sa conduite; ses projets pour le bonheur de l'humanité, sa volonté persévérante de se faire pendant quelque temps médecin homéopathe, et enfin sa préférence ridicule et exclusive pour l'ancienne musique, qui est le pendant de son excentricité en manière de se conduire, le classent avec Ingres, par exemple, dont on dit qu'il se conduit comme un enfant, et qui a des préférences et des antipathies également sottes... Il manque quelque chose à ces gens-là. Ni Mozart, ni Molière, ni Racine ne devaient avoir de sottes préférences, ni de sottes antipathies; leur raison, par conséquent, était à la hauteur de leur génie, ou plutôt était leur génie même.

Le stupide public abandonne aujourd'hui Rossini pour Gluck, comme il a abandonné autrefois Gluck pour Rossini; une chansonnette de l'an 1500 est mise au-dessus de tout ce que Cimarosa a produit. Passe pour ce stupide troupeau à qui il faut absolument changer d'engouement, par la raison qu'il n'a de goût et de discernement sur rien! mais des hommes de métier, artistes ou à peu près, qu'on qualifie d'hommes supérieurs, sont inexplicables de se prêter lâchement à toutes ces sottises...

*

16 mars.—C'est à partir de ce jour que j'ai été pris d'indisposition et forcé d'interrompre tout travail pendant un assez long temps.

*

23 mars.—Je remarque ce matin, en examinant des croquis[23] que j'ai faits d'après des figures de la galerie d'Apollon (sculptures sur les corniches) et copiés d'après le livre gravé que Duban m'avait prêté, l'incorrigible froideur de ces morceaux. Je ne peux l'attribuer, malgré la largeur d'exécution, qu'à l'excessive timidité, qui ne permet jamais à l'artiste de s'écarter du modèle, et cela dans des figures accroupies sur des corniches et dans lesquelles la fantaisie était plus que permise.

C'est par amour de la perfection que ces figures sont imparfaites. Il y a un peu du reflet de cette exactitude outrée dans toute l'école qui commence au Poussin et aux Carrache. La sagesse est sans doute une qualité, mais elle n'ajoute pas de charme. Je compare la grâce des figures d'un Corrège, d'un Raphaël, d'un Michel-Ange, d'un Bonasone, d'un Primatice, à celle d'une ravissante femme, qui vous enchante sans qu'on sache pourquoi. Je compare, au contraire, la froide correction des figures du style français à ces grandes femmes bien bâties, mais dépourvues de charme.

*

25 mars.—Hier samedi, continuation du malaise, mais avec quelque mieux. Je lis toujours le roman de Dumas, de Nanon de Lartigues[24]: je dors par intervalles. Ce roman est charmant au commencement; puis, comme à l'ordinaire, viennent des parties ennuyeuses, mal digérées ou emphatiques. Je ne vois pas encore poindre tout à fait dans celui-ci les passages prétendus dramatiques et passionnés, comme il en introduit dans tous ses romans, même les plus comiques.

Ce mélange du comique et du pathétique est décidément de mauvais goût. Il faut que l'esprit sache où il est, et même il faut qu'il sache où on le mené. Nous autres Français, familiarisés depuis longtemps avec cette manière d'envisager les arts, nous aurions de la peine, à moins d'une très grande habitude de l'anglais, par exemple, à nous faire une idée de l'effet contraire dans les pièces de Shakespeare. Nous ne pouvons imaginer ce que serait une bouffonnerie sortant de la bouche du grand prêtre, d'une Athalie, ou seulement la plus petite atteinte vers le style familier. La Comédie ne présente le plus souvent que des passions très sérieuses dans celui qui les éprouve, mais dont l'effet est de provoquer le rire, plutôt que l'émotion tragique.

Je crois que Chasles avait raison quand il me disait dans une conversation sur Shakespeare, dont j'ai parlé dans un de ces calepins: «Ce n'est ni un comique ni un tragique proprement dit; son art est à lui, et cet art est autant psychologique que poétique; il ne peint point l'ambitieux, le jaloux, le scélérat consommé, mais un certain jaloux, un certain ambitieux, qui est moins un type qu'une nature avec ses nuances particulières.» Macbeth, Othello, Iago, ne sont rien moins que des types; les particularités ou plutôt les singularités de ces caractères peuvent les faire ressembler à des individus, mais ne donnent pas l'idée absolue de chacune de leurs passions. Shakespeare possède une telle puissance de réalité qu'il nous fait adopter son personnage comme si c'était le portrait d'un homme que nous eussions connu. Les familiarités qu'il met dans les discours de ses personnages, ne nous choquent pas plus sans doute que celles que nous rencontrerions chez les hommes qui nous entourent, qui ne sont point sur un théâtre, mais tour à tour affligés, exaltés ou même rendus ridicules par les différentes situations que comporte la vie comme elle est; de là des hors-d'œuvre qui ne choquent point dans Shakespeare, comme ils feraient sur notre théâtre. Hamlet, au beau milieu de sa douleur et de ses projets de vengeance, fait mille bouffonneries avec Polonius, avec des étudiants; il s'amuse à instruire les acteurs qu'on lui amène, pour représenter une mauvaise tragédie. Il y a en outre dans toute la pièce un souffle puissant et même une progression et un développement de passions et d'événements qui, bien qu'irréguliers dans nos habitudes, prennent un caractère d'unité qui établit dans le souvenir celle de la pièce. Car, si cette qualité souveraine ne se trouvait pas avec les inconvénients dont nous venons de parler, ces pièces n'auraient pas mérité de conserver l'admiration des siècles. Il y a une logique secrète, un ordre inaperçu dans ces entassements de détails, qui sembleraient devoir être une montagne informe et où l'on trouve des parties distinctes, des repos ménagés, et toujours la suite et la conséquence.

Je remarque ici même, à ma fenêtre, la grande similitude que Shakespeare a en cela avec la nature extérieure, celle par exemple que j'ai sous les yeux, j'entends sous le rapport de cet entassement de détails dont il semble cependant que l'ensemble fasse un tout pour l'esprit. Les montagnes que j'ai parcourues pour venir ici, vues à distance, forment les lignes les plus simples et les plus majestueuses; vues de près, elles ne sont même plus des montagnes, ce sont des parties de rochers, des prairies, des arbres en groupes ou séparés, des ouvrages des hommes, des maisons, des chemins, occupant l'attention tour à tour.

Cette unité, que le génie de Shakespeare établit pour l'esprit à travers ses irrégularités, est encore une qualité qui est propre à lui.

Mon pauvre Dumas, que j'aime beaucoup et qui se croit sans doute un Shakespeare, ne présente à l'esprit ni des détails aussi puissants, ni un ensemble qui constitue dans le souvenir une unité bien marquée. Les parties ne sont point pondérées; son comique, qui est sa meilleure partie, semble parqué dans de certains endroits de ses ouvrages; puis, tout à coup, il vous fait entrer dans le drame sentimental, et ces mêmes personnages qui vous faisaient rire deviennent des pleureurs et des déclamateurs. Qui reconnaîtrait, dans ces joyeux mousquetaires du commencement de l'ouvrage, ces êtres de mélodrame engagés à la fin dans cette histoire d'une certaine milady, que l'on juge en forme et qu'on exécute au milieu de la tempête et de la nuit? C'est le défaut habituel de Mme Sand. Quand vous avez fini de lire son roman, vos idées sur ses personnages sont entièrement brouillées; celui qui vous divertissait par ses saillies ne sait plus que vous faire verser des larmes sur sa vertu, sur son dévouement à ses semblables, ou parle le langage d'un thaumaturge inspiré; je citerais cent exemples de cette déception du lecteur.

—Le jeune Armstrong venu; il m'a parlé de Tuilier[25], qui a laissé cent mille livres sterling pour fonder une retraite pour les artistes pauvres ou infirmes; il vivait avaricieusement avec une vieille servante. Je me rappelle l'avoir reçu chez moi une seule fois, quand je demeurais au quai Voltaire; il me fit une médiocre impression; il avait l'air d'un fermier anglais: habit noir assez grossier, gros souliers et mine dure et froide.

*

31 mars.—Je vais mieux: j'ai repris mon travail. M... venue vers quatre heures voir mes tableaux; elle m'engage à venir lundi pour entendre Gounod. Elle avait un châle vert qui lui nuisait horriblement, et cependant elle conserve son charme. L'esprit fait beaucoup en amour; on pourrait devenir amoureux de cette femme-là, qui n'est plus jeune, qui n'est point jolie et qui est sans fraîcheur. Singulier sentiment que celui-là! Ce qui est au fond de tout cela est toujours la possession, mais la possession de quoi, dans une femme qui n'est pas jolie? Celle de ce corps qui n'a rien d'agréable? Car, si c'est de l'esprit qu'on est amoureux, on en jouit tout autant sans posséder ce corps sans attraits: mille femmes jolies sont là qui ne vous donnent pas une distraction. L'envie de tout avoir d'une personne qui nous a émus, une certaine curiosité, mobile puissant en amour, l'illusion peut-être de pénétrer plus avant dans cette âme et dans cet esprit, tous ces sentiments se réunissent en un seul; et qui nous dit qu'au moment où nos yeux ne croient voir qu'un objet extérieur dépourvu d'attraits, certains charmes sympathiques ne nous poussent pas à notre insu? L'expression des yeux suffit à charmer[26].


[20] Charles Gounod (1818-1893), grand prix de Rome de musique en 1839, n'avait pas encore produit ses œuvres importantes. Faust ne fut joué qu'en 1859.

[21] Delacroix a déjà formulé, en des années antérieures, un jugement analogue à celui que nous trouvons ici et qui parait pour le moins déconcertant. On retrouvera plus loin, dans l'année 1857, une sorte d'amende honorable, présentée par lui-même. Voir sur ce point notre Étude, p. XLVII.

[22] Balthazar Galuppi, compositeur bouffe italien, né en 1706, mort en 1785. De 1729 à 1777, il écrivit cinquante-quatre partitions. Ses œuvres peuvent être citées comme un exemple de la facilité en même temps que de l'inconsistance du style italien.

[23] Ces croquis datent de 1849, époque à laquelle Delacroix fut chargé de peindre la partie centrale de la galerie. (Voir Catalogue Robaut, nos 1107 à 1118.)

[24] Nanon de Lartigues, première partie du roman d'Alexandre Dumas: la Guerre des femmes, publié en 1844 dans la Patrie, et plus tard en deux volumes.

[25] Delacroix, lors de son premier voyage en Angleterre (1825), considérait Turner (1775-1851) comme un véritable réformateur. (Voir t. I, p. 39, en note.)

[26] C'est en des passages comme celui-ci que se fait le mieux apercevoir l'analogie avec Stendhal, cette parenté spirituelle que nous notions dans notre Étude et qui avait frappé plusieurs de ceux qui le connurent.


21 avril.—Dîné chez Legouvé avec Goubaux, Patin, etc., etc.


2 mai.—Ce soir chez l'insipide Païva. Quelle société! Quelles conversations! Des jeunes gens avec barbe et sans barbe; des jeunes premiers de quarante-cinq ans, des barons et des ducs allemands, des journalistes, et tous les jours de nouvelles figures!

Amaury Duval y est venu. Je n'ai commencé à pouvoir ouvrir la bouche qu'avec lui; j'étais pétrifié de tant d'inutilité et d'insipidité. Le bon X... croit être là en société. Comme on ne jure que par lui, qu'il fait là un excellent dîner chaque semaine et qu'il y mène sa donzelle, qu'on le consulte même sur les talents du cuisinier, qu'il décide s'il faut le conserver ou le changer, il est là comme autrefois le Mondor de l'ancien régime dans certains salons; il bâille, il dort pendant qu'on lui parle; au demeurant, c'est un bon garçon.

En sortant de cette peste assoupissante à onze heures et demie et en respirant l'air de la rue, je me suis cru à un régal; j'ai marché une heure avec moi-même, peu satisfait néanmoins, morose, faisant retour sur mille objets désagréables et me plaçant en esprit au milieu de tous ces dilemmes que pose l'existence telle qu'elle est; celui-ci surtout qui est le fond de tous les raisonnements possibles à cet endroit: solitude, ennui, torpeur, société avec et sans liens, rage de tous les moments et surtout aspiration à la solitude. Conclusion: rester dans la solitude, sans traverser d'autre épreuve, puisque le vœu suprême est enfin d'être tranquille, quand la tranquillité devrait être une sorte d'anéantissement.

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4 mai.—Chez Nieuwerkerke le soir; Levassor[27] nous a fait la scène de l'Anglais à Inkermann.

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14 mai.—J'ai eu à dîner Varcollier, Gautier[28] et les aimables hommes qui m'ont été agréables pour mon exposition.

Bonne soirée; Dauzats en était.

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15 mai.—Inauguration de l'Industrie. J'ai été ensuite, et imprudemment, à l'exposition des tableaux, avec Dauzats et revenu avec lui jusque chez moi. J'y ai eu très froid.

J'ai vu l'exposition d'Ingres[29]. Le ridicule, dans cette exhibition, domine à un grand degré; c'est l'expression complète d'une incomplète intelligence; l'effort et la prétention sont partout; il ne s'y trouve pas une étincelle de naturel.

Dauzats, en revenant, me conte l'histoire des travaux de Chenavard.

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22 mai.—Dumas me fait demander le matin si je suis chez moi; je lui réponds que j'y serai à deux heures. Il me demande des notes sur les choses les plus inutiles à savoir pour un public, comment je m'y prends dans ma peinture, mes idées sur la couleur, etc. Il me demande, pour prolonger la séance, à dîner avec moi; je saisis cette occasion de passer quelques bons moments. Il va faire une course et revient à sept heures passées, au moment où j'allais dîner tout seul, mourant de faim.

Après notre dîner, nous allons en fiacre chercher une petite qu'il protège, et nous allons voir la tragédie et la comédie italiennes. Il n'est qu'un motif qui puisse engager à aller à un pareil spectacle: celui de se fortifier dans la connaissance de l'italien. Rien n'est plus ennuyeux.

Dumas me disait qu'il était en train de procès qui devaient assurer son avenir, quelque chose comme 800,000 francs pour commencer, sans compter le reste. Le pauvre garçon commence à s'ennuyer d'écrire jour et nuit et de n'avoir jamais le sou. «Je suis au bout», m'a-t-il dit, «je laisse à moitié faits deux romans... je m'en irai, je voyagerai et je verrai, à mon retour, s'il s'est rencontré un Alcide pour achever ces deux entreprises imparfaites.» Il est persuadé qu'il va laisser, comme Ulysse, un arc que personne ne pourra bander; en attendant, il ne se trouve pas vieilli et agit, sous plusieurs rapports, comme un jeune homme. Il a des maîtresses, les fatigue même; la petite que nous avons été prendre pour aller au spectacle lui a demandé grâce; elle se mourait de la poitrine, au train dont il y allait. Le bon Dumas la voit tons les jours en père, a soin de l'essentiel dans le ménage, et ne s'inquiète pas des délassements de sa protégée! Heureux homme! heureuse insouciance! Il mérite de mourir comme les héros, sur le champ de bataille, sans connaître les angoisses de la fin, la pauvreté sans remède et l'abandon.

Il me disait qu'avec ses deux enfants, il est comme seul. Ils vont l'un et l'autre à leurs affaires et le laissent se faire consoler par son Isabelle. D'un autre côté, Mme Cavé me disait le lendemain que sa fille se plaignait de la société d'un père qui n'était jamais à la maison... Étrange monde!

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25 mai.—Au conseil.—Auparavant, j'ai été avec Jenny voir des seaux à rafraîchir le vin de Champagne.

Les collègues, comme les autres, remarquent mon Salon[30], et me parlent des compliments qu'ils en entendent faire.

Je reste après la séance, par un beau soleil, à lire les journaux.

Je vais chez Gervais le remercier des couleurs qu'il m'a apportées hier, et je rentre, mourant de faim. Je voulais, avant dîner, aller voir la bonne Alberthe: je remets cela.

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26 mai.—Dîné chez Mme Villot; j'y ai trouvé Mme Herbelin, Rodakowski[31], Ferré et Nieuwerkerke. Nouvelle sortie contre les fleurs qui jonchent la table.

Le soir, à neuf heures, Nieuwerkerke me mène chez le prince Napoléon, pour le premier jour de ses soirées... Quelle foule! Quels visages! Le républicain Barye, le républicain Rousseau, le républicain Français, le royaliste Un Tel, l'orléaniste Celui-ci; tout cela se pressant et se coudoyant. Il y avait des femmes charmantes, Mme Barbier entre autres, infiniment à son avantage.

Je suis sorti tard, et ai été prendre une glace au café de Foy: celles du prince étaient détestables.

Ma nuit a été mauvaise dans la première partie; je me suis relevé qu'il faisait petit jour et me suis promené; cela m'a remis... J'ai joui de ce moment solennel où la nature reprend des forces, où royalistes et républicains sont endormis d'un commun sommeil.

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29 mai.—Aujourd'hui j'ai eu à dîner: Mérimée, Nieuwerkerke, Biolay, Halévy, Villot, Viel-Castel[32], Arago, Pelletier et Lefuel; ils ont paru s'amuser et se trouver sans façon. Je redoutais cette corvée, et elle s'est changée en plaisir; je voudrais être logé de manière à renouveler souvent ces parties-là.

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31 mai.—Dîné chez Moreau avec Français[33], Mouilleron[34], les deux Rousseau[35], Martinet[36], etc.