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Journal des Goncourt (Troisième série, troisième volume) / Mémoires de la vie littéraire cover

Journal des Goncourt (Troisième série, troisième volume) / Mémoires de la vie littéraire

Chapter 9: D
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About This Book

A late-career diary offers a close chronicle of literary life through concise daily entries that mix social observation, theatre and book criticism, and practical notes about publishing and health. The author sketches salon conversations, dinners, rehearsals, and encounters with peers, delivering candid portraits and evaluative judgments of fellow writers and artists. Recurring concerns about artistic temperament, reputation, and the business of letters run through anecdotal reportage, producing a textured, episodic memoir that illuminates the habits, rivalries, and aesthetic debates of a professional literary circle.

Elle me parle d'un roman intitulé: SARAH GRAND, qui a abordé la question sexuelle dans le mariage, et qui est beaucoup plus érotico-médical, que ne le sont mes romans, et elle m'affirme que sur les théâtres de Londres, le baiser, la caresse, le pelotage, vont plus loin, qu'on ne l'oserait sur un théâtre, en France.

Enfin elle termine, en disant que toute l'hypocrisie, apportée là-bas par la Réforme, l'Angleterre est en train de la rejeter, de la vomir.

* * * * *

Jeudi 13 juin.—Ce soir, Mme Adam, confessant sa foi de charbonnier au surnaturel, conte les choses invraisemblables dont elle a été témoin, disant qu'à dix-huit ans, ayant été consulter une sorcière pour le chien perdu d'une amie, au moment de s'en aller, la sorcière l'avait presque retenue de force, et lui avait prédit sa vie, mais tout, tout, depuis le livre qu'elle allait écrire sur Proudhon, jusqu'à… Là, elle s'interrompt. En sorte, que la malheureuse Mme Adam est emprisonnée dans sa bonne aventure: ce qui fait dire à l'un de nous, qu'il y aurait à faire une belle chose littéraire d'un homme ou d'une femme, dont toutes les actions seraient sues d'avance, sans que cet homme ou cette femme puissent se dérober à leur fatalité.

Mme Adam raconte encore, que son père n'avait pas voulu qu'on la baptisât, et que sa mère l'avait fait baptiser, dans une promenade, par un curé de sa connaissance, et, comme elle criait beaucoup, le curé avait dû la calmer, en lui disant: «Si tu continues, je vais t'ouvrir la tête et j'y mettrai le sel et l'huile, que voilà!»

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Lundi 17 juin.—Sarcey me traite de «névrosé qu'il faut plaindre!» Si vraiment c'est lui, en littérature, qui représente la santé, je me félicite de représenter la maladie.

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Mercredi 19 juin.—Rue de Berri, le prince Louis Napoléon parle des usages et des superstitions russes, nous apprenant que là, donner la main gantée, donner la main, dans un entre-deux de porte, c'est regardé comme une impolitesse.

Puis revenant au Caucase, où il a son commandement, il nous effraie de la force musculaire des gens du pays, citant, un Tartare ayant pris à la gorge un Arménien, et de ses trois doigts enfoncés dans la chair, lui ayant arraché la gorge, au bout de laquelle était venue la langue.

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Jeudi 20 juin.—Au cimetière… Dire qu'il y a vingt-cinq ans, un quart de siècle déjà, que nous sommes séparés.

Au retour, je trouve le bateau plein, et pas un bout de banc pour m'asseoir, quand un monsieur me fait une place à côté de lui. Sur mon merci, il me répond, avec un aimable sourire: «C'est moi, qui vous remercie de m'avoir ouvert les yeux, d'en avoir fait tomber les écailles… j'étais tout à l'art ancien… c'est vous qui m'avez fait aimer le XVIIIe siècle.»

Il se refuse à me donner son nom, et cause jusqu'à Passy, d'une façon originale, en homme du métier, du bâtiment, déclarant qu'il n'y a que les époques ignorantes et pas éclectiques, pour produire de bonnes choses, des choses passionnées, tandis que dans les époques connaisseuses de tout, il y a une indifférence pour tout.

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Samedi 22 juin.—Au fond, sous sa forme légère et badinante, il y a autant de philosophie dans la tirade parlée de Beaumarchais, que dans la tirade livresque du Scandinave Ibsen.

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Jeudi 27 juin.—Dîner avec Rodenbach, chez Voisin. Il me dit avoir été élevé dans une école de jésuites, dont on avait voulu le renvoyer, pour avoir écrit, tout jeunet, quelque chose sur l'amour, puis être venu à dix-neuf ans à Paris, où, pauvre petit garçon de lettres, très admirateur de Leconte de Lisle, il avait eu à subir ses brutalités.

Puis, il me raconte avoir assisté à un traité entre Verlaine et l'éditeur Vanier, où l'éditeur ne voulait donner que vingt-cinq francs, de quelques pièces de poésie qu'il venait d'écrire, et dit que Verlaine tenait à avoir trente francs. Et cela se terminait par Verlaine, tenant d'une main son reçu, et ne le lâchant, que lorsqu'il tenait, dans l'autre main, un napoléon et deux pièces de cent sous, s'écriant: «Un sale Badinguet et deux pièces suisses!»

Et comme Rodenbach le complimentait de sa victoire: «Non, non, s'écriait-il, je n'aurais jamais cédé, j'aurais eu une scène!» faisant allusion à l'autorité de la femme, avec laquelle il vivait.

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Samedi 6 juillet.—À la gare Saint-Lazare, je trouve Léon Daudet, de Régnier, et aussitôt en route pour Carrières-sous-Poissy.

Nous voici en cette maison de Mirbeau, recouverte d'un treillage vert tendre, en cette maison aux larges terrasses, et trouée de nombreuses fenêtres, en cette maison inondée de jour et de soleil.

Maintenant dans le jardin, dans le petit parc, des plantes venues de chez tous les horticulteurs de l'Angleterre, de la Hollande, de la France, des plantes admirables, des plantes amusant la vue par leurs ramifications artistes, par leurs nuances rares, et surtout des iris du Japon, aux fleurs grandes comme des fleurs de magnolia, et aux colorations brisées et fondues des plus beaux flambés. Et c'est un plaisir de voir Mirbeau, parlant de ces plantes, avoir dans le vide, des caresses de la main, comme s'il en tenait une.

Une longue promenade dans cinq hectares de plantes, puis la visite aux poules exotiques, dans leur installation princière, avec leurs loges grillagées, au beau sable, d'où s'élèvent quelques arbustes,—et renfermant ces poules cochinchinoises, ces poules toutes noires avec leurs houppes blanches, et les petits combattants britanniques, et ces poules, dans l'embarras des plumes de leurs pattes, courant avec la gêne des gens, dont la culotte serait tombée sur les pieds.

Arrivent pour dîner Pol Neveux, Arthur Meyer, Rodin; et à dîner, et le soir, une conversation amusante qui peint, qui juge, qui calomnie peut-être pas mal de gens.

À onze heures, dans la petite voiture de la maison, Mme Mirbeau, comme cocher, me ramène au chemin de fer, pendant que les valides nous accompagnent à pied.

En chemin de fer, Rodin, que je trouve vraiment changé, et très mélancolieux de son état d'affaissement, de la fatigue qu'il éprouve à travailler dans le moment, se plaint, presque douloureusement, des contrariétés que, dans le métier de peintre et de sculpteur, infligent aux artistes, les commissions d'art, qui, au lieu d'être des aides de leur travail, par les sollicitations, les démarches, les courses, leur font perdre un temps, que lui aimerait mieux employer à faire de l'eau-forte.

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Mercredi 17 juillet.—Je reviens de Saint-Gratien, avec l'oculiste Landolt, qui cause ironiquement du confort, si vanté des grands hôtels d'Amérique. Ce sont ces deux fameux robinets d'eau froide et d'eau chaude, dans une cuvette d'un coin de la chambre, qu'on est dans l'impossibilité de déplacer, et qui est de la plus grande incommodité, pour se laver; et c'est cet éclairage au gaz, placé au milieu de la pièce, qui ne vous permet pas de lire au lit, près duquel il n'y a ni bougeoir, ni allumettes; et c'est le service des domestiques, qui ne brossent jamais les habits.

Il raconte, qu'ayant été appelé pour examiner les yeux d'un Américain très riche, qui occupait tout le premier d'un hôtel, et demandant une lampe, l'Américain lui avait dit que bien certainement, il n'en trouverait pas, et qu'il n'était pas bien sûr s'il pourrait se procurer des bougies.

Nous causons des yeux de Maupassant, qu'il dit avoir été de très bons yeux, mais semblables à deux chevaux, qu'on ne pourrait mener et conduire ensemble—et que le mal était derrière les yeux.

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Jeudi 18 juillet.—Ce soir, à sept heures et demie, un ciel ressemblant à ces papiers marbrés, que font les Anglais, au fond doucement bleuâtre, et dont des filets de nuages roses divisent l'infini en grands morceaux polyédriques, et là-dessous une perspective de maisons noires, se détachant d'une chaussée pâle. Un effet vraiment original.

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Dimanche 21 juillet.—Aujourd'hui, l'enterrement du jeune Charpentier, ce garçon de vingt ans.

Les heures, où l'on va à un enterrement, où on le suit, me semblent des heures, où l'activité de votre esprit est engourdie par du néant.

En voiture, Mme Daudet s'élève, avec des paroles colères, contre ce militariat universel, qui est le tourment de la pensée de toutes les mères, envoyant leur malédiction à Bismarck.

À l'église, le pauvre père, dont les arrangements avec Fasquelle, me disait Zola, avaient été faits en vue de la continuation de la dynastie des Charpentier, dans l'affaissement de sa douleur, a l'aspect d'un vieillard.

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Mardi 23 juillet.—Dîner donné à la Maison d'Or, par l'Écho de Paris, pour les décorations d'Anatole France et de Paul Margueritte.

J'ai la surprise de l'aimable toast d'Anatole France, qui veut bien se dire fier, de tenir sa décoration du ministre qui m'a décoré.

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Dimanche 28 juillet.—Hayashi vient déjeuner.

Je lui demande qu'est-ce qui l'a poussé à apprendre le français au Japon, et ce qui l'a amené à venir en France. Il me répond que c'est la popularité, au Japon, de l'histoire de Napoléon. Et cette connaissance de l'histoire de l'Empereur, lui est arrivée par des livres en langue hollandaise, que son père avait apprise de son maître, un médecin hollandais.

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Lundi 5 août.—Sur de tristes détails donnés sur les démêlés de Nadar avec son fils, et sur sa ruine, visite avec les Daudet à l'Ermitage.

Nadar nous parle du besoin qu'il a de vendre l'Ermitage, de la vente qu'il a manqué d'en faire aux hôpitaux de Paris, nous dit qu'il est décidé à fonder une maison de photographie à Marseille.

Lorsqu'il nous remet en voiture, un moment, arrêté à la portière, il s'ouvre sur le chagrin que lui cause la brouille avec son fils: «Quant à moi, fait-il, il ne me parle plus, ne me salue plus… Dans ma jeunesse, j'étais violent, prêt à frapper, et cependant lui—il lève le doigt en l'air, et le laisse retomber—je ne lui ai jamais même fait cela… je ne l'ai jamais puni!» Et sur l'invitation, que les Daudet lui font d'amener, un jour, sa pauvre paralysée de femme à dîner, ses yeux se mouillent, comme de reconnaissance.

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Jeudi 8 août.—On cause ce matin des livres d'éducation à l'usage des enfants, maintenant écrits pour des grands garçons, pour des grandes filles, et tout à fait incompréhensibles pour de jeunes cervelles. Là-dessus Mme Daudet dit—et elle est dans le vrai—que cela vient de ce que, lorsqu'un républicain rouge ou un juif a fabriqué un de ces petits traités, le gouvernement veut, aussitôt, lui faire cadeau de la vente d'une dizaine de mille d'exemplaires.

Je tombe, cet après-midi, dans une conversation de Daudet avec Finot, le directeur de la Revue des Revues, dans une conversation sur l'agonie des races, sur la mort d'un peuple, et sur le décès de sa langue, dont il ne reste plus, comme l'a dit Chateaubriand, que les mots répétés par les perroquets, sur la cime des arbres, et Finot parle de l'extinction d'une peuplade en Russie, dont il ne reste plus qu'un individu, et sur lequel un philologue a fait un gros volume.

Puis Finot saute à Tolstoï, et affirme qu'il est seulement le vulgarisateur et le développeur de beaucoup d'idées, appartenant à des sectes: ainsi l'idée de la résistance au militariat, prêchée par un ancien maçon, passé apôtre, et habillé de blanc, sur le besoin, que les théories ont de parler, pour ainsi dire, physiquement à l'imagination des peuples.

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Vendredi 9 août.—Le Sanctus de Beethoven, chanté aujourd'hui, après déjeuner, me donne une émotion nerveuse, qui me met des larmes dans les yeux. Ces chants d'église balancent en moi, tout le douloureux de mon passé, et moi, le sceptique, l'incrédule, sur lequel l'éloquence de la chaire ne pourrait mordre, je sens que je serais convertissable par du plain-chant, ou de la musique qui en descend.

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Samedi 10 août.—On disait aujourd'hui, que l'être préféré dans la famille, et aimé d'une manière trop injuste, par une revanche de la Providence, cet être, en dépit de toute la chaleur de la tendresse, sous lequel il était couvé, avortait, ne réussissait pas.

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Mercredi 14 août.—Mme Daudet parle d'une vieille tante, qui couchait dans la chambre à côté d'elle, et qui, tous les soirs, racontait au portrait de son mari, défunt depuis des années, toute sa journée.

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Jeudi 15 août.—Il est vraiment amusant, intéressant, ce Montesquiou, avec sa parole verveuse, son magasin d'anecdotes, son érudition des cocasseries, tout cela mêlé au désir de plaire. Il nous parle de son jardinier japonais, parlant le français par axiomes, axiomes choisis dans l'idiome le plus moderne. Ainsi il s'est présenté à lui, avec cette phrase: «Jamais canaille… c'est épatant!» Et il dit du jardin japonais, à l'opposite du jardin français: «Jardin japonais, jamais d'agglomération!»

Puis, comme il est question de son volume futur sur les pierres précieuses, et que Daudet dit superstitieusement, que la pierre précieuse est dangereuse, maléficiante, Montesquiou conte, que lord Lytton, qui avait un culte pour la comtesse Greffulhe, lui avait laissé une pierre gravée, admirable. Mais sur cette pierre, il y avait des caractères qui intriguaient la comtesse. Elle la faisait porter à un mage, qui l'avertissait de se défaire au plus tôt de cette pierre, sous peine de mort subite, ce qui était arrivé à lord Lytton. Là-dessus, la comtesse montait en voiture, se faisait conduire au bord de la Seine, et jetait la pierre à l'eau. C'est depuis ce temps, dit Montesquiou, en riant, que le fleuve est si mauvais pour la santé parisienne.

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Mardi 20 août.—Toute la soirée, passée à lire de la Desbordes-Valmore, une vraie poétesse, qui a très souvent dans ses vers, de la langue de vérité des prosateurs, et pas du ronron vide des poètes ordinaires, et souvent extraordinaires.

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Dimanche 25 août.—Holmès vient dîner, aujourd'hui, à Champrosay.

Et presque aussitôt le dîner, elle se met à chanter. Et dans les morceaux qu'elle chante, il y a une légende intitulée: Saint-Amour, vraiment originale: une légende—c'est curieux—qui lui a été fournie par une marchande de vins du Midi, rencontrée par hasard, chez un éditeur de musique. Voici le libretto: l'Amour se trouve tout à fait dans la dèche; des châtelaines du Midi, qui lui doivent beaucoup, s'adressent au Saint-Père, pour qu'il soit canonisé, et elles obtiennent sa canonisation, et une chapelle pour lui, dans l'église de Saint-Amour, où une ancienne statue d'un petit amour, enguirlandé de chapelets, serait la figuration du nouveau petit saint.

Parolière et musicienne—ce qui est une faculté toute particulière—Holmès disserte sur la qualité des vers, qu'il faut mettre dans ce qu'elle fait: des vers, dit-elle, «légèrement à l'état de squelette, et dont la chair est faite de sa musique».

Un moment, elle nous entretient de Wagner, qu'elle a vu, toute jeunette, et qui dans la visite qu'elle lui a faite, joua du piano d'une manière assez peu satisfaisante, pour faire jouer ses créations par Richter, et qui chantait faux, si faux, qu'en dépit de son admiration enthousiaste, elle fut surprise.

Ce que sa conversation signale surtout de curieux: c'est l'engouement de la France, dans le moment, pour les oeuvres étrangères. À l'heure présente, on joue à l'Opéra, du Wagner, quatre fois par semaine, et il y a soixante-cinq opéras français qui attendent, et qui ne seront peut-être jamais joués.

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Lundi 26 août.—Riesener, le peintre du temps de Louis-Philippe, le petit-fils du célèbre ébéniste, était un gourmet, avec des aptitudes de cuisinier très remarquables, et l'on conte, que le lendemain de son mariage, sa joie d'avoir réussi à déjeuner la cuisson de poissons quelconques, s'était témoignée par une danse, qui avait fait tomber du plafond le lustre de l'appartement, au-dessous du sien.

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Vendredi 30 août.—Déjeuner chez les Brisson, l'aimable et charmante fille de Sarcey, ayant témoigné le désir de m'avoir avec les Daudet: déjeuner, toutefois, où je me rends avec une certaine crainte de rencontrer Sarcey, après les choses désagréables, que nous nous sommes dites réciproquement.

Une habitation où s'est ruiné un sculpteur, et où il y a énormément de bâtiments, quelques-uns joliment rustiques, sous leur couverte de vigne vierge; un grand jardin un peu à l'abandon; et une jolie serre, où se voient, en fait de fleurs, de vieilles poupées des petites filles.

On déjeune dans une salle à manger, en laquelle, à la suite d'un dîner végétarien, a été peint un Sarcey énorme, dans une épouvantable peinture décorative, le représentant au milieu de tous les légumes de la terre.

Flammarion, l'astronome, déjeune avec nous, et après déjeuner, se livre à une célébration enthousiaste de l'aérostation, célébration qui me fait lui dire, en riant:

—Auriez-vous passé votre lune de miel, en ballon?

—Ça a dû se faire… ça ne s'est pas fait… mais tenez, vraiment c'est assez curieux… J'avais un ami, l'abbé Pioger, qui aussitôt que j'avais fait un livre, le refaisait au point de vue clérical… ainsi LA PLURALITÉ DES MONDES, refaite par lui à l'usage des écoles chrétiennes… et sans trop me citer… Mais, il était mon ami… Quand j'ai dû me marier, il m'a dit: «—Vous devriez vous marier à l'église?—Je ne sais pas… peut-être», lui ai-je répondu…Enfin, il me demande à me marier, quoiqu'il ne fût pas prêtre de la paroisse.

—Soit, mais pas de billet de confession.

—C'est grave, j'en référerai à l'Archevêché! «Flammarion? eh bien, oui», lui répond l'archevêque.

Et quand il me rapporte la réponse, il me dit:—«Vous voyez, j'ai fait tout ce que vous avez désiré… Eh bien, vous devez faire une ascension, le jour de votre mariage, je voudrais bien en être.—C'est convenu, à une heure à la mairie, puis le déjeuner, et rendez-vous à trois heures à la Villette.»

Il me marie et me dit:

—N'est-ce pas, c'est toujours convenu?

—Non, Godard a eu un coup de sang, et l'ascension est remise.»

Et, au déjeuner, Mme Godard lui annonce, que ce sera seulement un retard de quelques jours… Au bout d'une semaine, le départ est décidé… Je passe chez l'abbé, l'avertir que c'est le lendemain, je ne le trouve pas, on me dit qu'il est à sa campagne de Saint-Maur-la-Varenne. Je laisse un mot, en lui disant de se trouver le lendemain, à la Villette, à six heures juste… Il ne vient pas, il n'était pas rentré à Paris. Un ami, qui était là, part à sa place… Mais voici le curieux: le vent nous pousse juste sur la Varenne, et là un calme nous y arrête… Nous étions à huit cents mètres… j'entends une voix, qui m'appelle par mon nom… nous étions juste au-dessus du jardin de l'abbé… nous ne le voyons pas, mais nous voyons très bien sa maison… Un moment l'idée de descendre et de le reprendre, mon ami en ayant assez… mais le vent revient… Le lendemain, nous étions à cinq heures à Spa.

—Et votre femme?

—Elle ne voulait pas redescendre!

Cet intérieur des Brisson, un intérieur plaisant, aimable, où l'on sent du vrai bonheur conjugal, et animé et égayé par les jeux de deux rondelettes petites filles, dont la plus petite, âgée de trois ans, qui s'est grisée avec le champagne d'une compote de fruits glacés, fait les plus extravagants sauts de carpe, sur l'immense canapé tenant une partie du salon.

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Samedi 7 septembre.—Ah! le facile esprit de ces critiques, comme M. Brunetière, qui ne trouve rien de mieux, pour vous désigner au mépris public, que de vous appeler un romancier japonais, quand tous les romans japonais sont des romans d'aventures, et que les romans de mon frère et de moi, ont cherché, avant tout, à tuer l'aventure, dans le roman.

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Lundi 9 septembre.—Je trouve, que la jeunesse littéraire actuelle, avec son mépris des grondantes colères de la chair, et son culte de la psychiatrie, de cette beauté, lui défendant de chanter la brutale nature et le sensuel amour, a quelque chose de l'hypocrisie protestante.

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Mardi 17 septembre.—Ce soir, à Jeand'Heurs, en revenant le long de la rivière, au crépuscule, ce bord de l'eau, près duquel j'ai passé, et je passe, matin et soir, dans tous les séjours que j'ai faits ici, et qui ne m'avait rien rappelé, soudainement s'est fait reconnaître à moi, comme un endroit, où tout enfant, dans un séjour à Bar-le-Duc, on m'avait mené promener, on m'avait mené visiter le Jeand'Heurs, du temps du maréchal Oudinot.

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Mercredi 18 septembre.—La duchesse de Luynes disait à quelqu'un admirant la richesse, le luxe des fleurs à Dampierre: «Mes jardiniers remuent, dans l'année, 600 000 pots de fleurs!»

Il est question du vieux marquis d'Andlau, qui possédait dans le Perche, l'ancienne propriété d'Helvétius, grossie et agrandie par deux générations de propriétaires, et qui compte 42 fermes et 10 moulins. Les moulins, c'est d'un rapport médiocre aujourd'hui, et encore quand on arrive à les louer: eh bien, lorsqu'un moulin n'allait pas, et qu'un usinier se présentait pour remplacer le meunier, le marquis se refusait à établir une usine, disant que l'industrie amenait la corruption des moeurs dans les campagnes.

Ce détail vous dit, que c'était un noble représentant de la propriété d'autrefois, un représentant aux larges aumônes, à la bienfaisance active.

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Dimanche 22 septembre.—Rattier parle d'un médecin de Châlons, nommé Titon, qui l'a soigné, et qui est mort, il y a une dizaine d'années, en laissant une grande réputation dans les départements de l'Est.

C'est peut-être l'unique médecin, qui a eu l'idée de demander à ses malades, un journal, heure par heure, de leurs souffrances et de leurs malaises du jour et de la nuit. Et pour moi, ce serait un renseignement des plus sérieux pour un traitement. Il y a tant de diagnostiqueurs qui se trompent, et dans la confiance absolue de leur diagnostic, n'écoutent rien, dans une visite, de ce que leur racontent les malades.

L'histoire de ce Titon est curieuse. Petit paysan, il était pris en affection par un vieux médecin du pays, sur l'intelligence de sa figure, et ce médecin faisait les frais de ses études de médecine à Paris. Mais lorsque celui-ci avait fini son internat, et était au moment de devenir une illustration, dans la capitale, le vieux médecin lui disait: «J'ai fait de vous un médecin, un médecin qui en sait plus que moi, un médecin tout à fait supérieur: je l'ai fait, je dois vous l'avouer, pour que vous donniez tous vos soins à ma fille, dont vous connaissez la santé maladive, et qui ne peut continuer à vivre, que sous une surveillance tout à fait aimante.» Et Titon épousait la fille du vieux médecin, et passait toute sa vie à être l'intelligent garde-malade de sa femme, à laquelle il ne survivait que six mois.

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Lundi 23 septembre.—Un vieux braconnier d'ici disait: «Avant de mourir, je voudrais avoir encore une belle p'tiote

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Jeudi 26 septembre.—L'homme d'affaires français ne veut rien risquer, tandis que l'homme d'affaires anglais, est bien plus aventureux. C'est ainsi que les mines d'or, offertes il y a dix ans à des maisons française, ont été refusées par toutes ces maisons. Et l'un des grands banquiers de Paris, auquel mon cousin reprochait amicalement sa bêtise, lui répondait: «Nous sommes tous des c… et ce qu'il y a de beau, c'est que dans toutes les circonstances, c'est toujours comme cela!» Le curieux, c'est que le premier rapport présenté à la maison Mirabaud, et dont M. Wendel, qui en a eu connaissance, assure qu'il n'y avait pas un mot, dont la réalisation ne soit arrivée, eh bien, ce rapport avait été refusé, peut-être un peu, parce que l'auteur était catholique et surtout parce qu'il était revenu de là-bas, avec la réputation de se piquer le nez.

Il y avait peut-être un peu de vrai dans ce dernier reproche, mais c'est justement ce piquage de nez qui faisait la valeur du rapport. Oui, l'auteur du rapport avait passé, tout son temps, au Cap, dans les cercles, les cafés, les lieux de plaisir, et n'avait fait qu'une apparition d'une quinzaine, aux mines, mais, dans son séjour au Cap, de ses conversations avec les ingénieurs des compagnies, les employés venant là, faire la fête quelques jours, de ces confidences des uns et des autres, dans une griserie générale, il avait soutiré tous les documents, dont il avait besoin, et n'avait eu qu'à les contrôler, qu'à les vérifier aux mines.

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Mardi 1er octobre.—L'eau, cette matière de miroir liquide, je ne me rassasie jamais de la regarder, et je passe de longs moments, devant cette cascade de Jeand'Heurs, où, le courant morne de la rivière fait tout à coup une rampe de lumière, et où, la mousse verdâtre des rochers se couronne d'un bouillonnement d'argent, d'où jaillissent en forme de tridents de cristal, ces ruissellements de perle et diamant, se déversant en bas dans la grande nappe d'eau tranquille, d'eau bleuâtre, sur laquelle viennent mourir, en éclatant, les bulles du grand bouillonnement.

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Jeudi 3 octobre.—Je disais dernièrement à quelqu'un: «Oui, dans mon JOURNAL, j'ai voulu recueillir tout ce qui se perd de curieux dans la conversation.»

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Samedi 5 octobre.—J'ai l'intime conviction, et même les preuves, que les femmes de quarante ans, qui n'ont ni mari ni amant, sont folles, par moments, dans le secret de leur intérieur.

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Dimanche 6 octobre.—Les honneurs rendus aux grands hommes—tout Pasteur qu'ils peuvent être—deviennent, il me semble, un peu excessifs: ils héritent peut-être trop, de ce qui appartenait à Dieu, autrefois.

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Samedi 12 octobre.—Je suis en butte à une vraie persécution de la part d'un banquier de Barcelone, nommé Daniel Grant. Il a commencé, dans une première lettre, à m'inviter à une exposition à Barcelone, en mettant à ma disposition un yacht, qui viendrait me prendre dans tel port, que je désignerais. Dans une seconde lettre, il m'a fait spontanément, et sans que rien au monde pût l'y engager, l'offre de 75 000 francs, pour arranger mes affaires ou celles de ma famille; enfin dans une troisième, il m'annonce l'envoi d'un encrier d'argent pesant 1 000 grammes, avec une plume d'or. Est-ce un fou ou un mystificateur, le banquier de Barcelone? Toutefois je me crois obligé de lui adresser cette lettre.

«Monsieur,

«À la lettre, où vous mettez à ma disposition la somme de 75 000 francs, je n'ai pas répondu, parce qu'on n'accepte pas de l'argent d'un monsieur qu'on ne connaît pas—et même d'un monsieur qu'on connaît.

«Aujourd'hui, que vous m'annoncez l'envoi d'un encrier d'argent, voté par le casino de Barcelone, j'ai le regret de le refuser, craignant que ce soit un cadeau, que je devrai à vous seul.

«Agréez…»

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Mardi 15 octobre.—Une conversation, dans une maison anti-catholique, où l'on prétend que le lavage est incomplet chez les dévotes, et où la maîtresse de la maison, connaissant à fond Saint-Denis, Écouen, Picpus, déclare que le bidet y est inconnu. Elle est appuyée, en son dire, par une amie affirmant avoir eu chez elle des ouvrières, auxquelles le confesseur interdisait l'usage dudit meuble. Sur quoi, une jeune et élégante catholique, s'écrie: «Mais, mon Dieu! c'est possible, vous savez qu'il y a dans le clergé, des inintelligents… Puis, il y a des prêtres qui ont l'horreur de la femme, et de tout ce qui en fait, comme ils disent, un être de concupiscence… Vous avez connu cet abbé, qui se vantait de n'avoir jamais parlé à la femme, qui le servait… C'était comme ce vieux prêtre de campagne, qu'ont connu mes parents, qui ne rencontrait jamais une femme, sans dire presque tout haut: «Passe, peste

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Jeudi 17 octobre.—Mariage de Régnier avec Mlle Hérédia.

Une église pleine de monde, comme pour le mariage d'un personnage officiel. À ce sujet le jeune Houssaye dit intelligemment que «dans l'effondrement des hommes politiques,» c'est nous, les littérateurs et peintres, qui sommes en vedette, qui sommes tout!» ajoutant, que c'est au fond la fin d'un pays.

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Dimanche 20 octobre.—Aujourd'hui, Paul Margueritte, accompagné de son frère, est venu prendre congé de moi, avant de partir pour le Midi. Il va à Nice, cette fois, et espère, dans ce dernier hivernage, clôturer la série de ses hivers, loin de Paris, qu'il a la tentation de réhabiter, depuis qu'il est mieux portant.

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Mardi 29 octobre.—De tous les livres du passé, LE NEVEU DE RAMEAU est le livre le plus moderne, le livre semblant écrit par une cervelle et une plume d'aujourd'hui.

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Mercredi 30 octobre.—Je dîne, rue de Berri, avec un Russe qui me parle de Tolstoï, avec lequel sa famille était liée.

Il me dit que c'est un fou, dont les variations d'opinions sont extraordinaires, et me raconte qu'un jour, trouvant un numéro de la REVUE DES DEUX MONDES, chez sa belle-mère il s'écriait: «C'est une mauvaise lecture, cette revue… il ne faut pas que votre fille la lise!» À quelque temps de là, demandant à la même femme, si sa fille avait lu ANNA KARENINE, et celle-ci répondant, que ce n'était pas une lecture pour une jeune fille, il lui soutenait qu'une jeune fille devait être instruite de tout, pour se conduire dans la vie.

Un autre jour, toujours au dire de ce Russe, Tolstoï, après une longue anathémisation de l'eau-de-vie, ayant retenu à déjeuner le monsieur avec lequel il causait, il lui faisait servir de l'eau-de-vie. Sur quoi, l'autre lui rappelant sa conversation d'une heure avant, Tolstoï lui disait «qu'il n'avait pas de mission pour empêcher le mal». Alors pourquoi cette prédication?

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Lundi 4 novembre.—J'ai reçu, cet automne, une lettre d'Angleterre, d'un enthousiaste de LA MAISON D'UN ARTISTE, contenant, dans une enveloppe, une certaine poudre rapportée du Japon, par un parent de l'auteur de la lettre, qui était médecin. La traduction de la lettre m'apprenait que cette poudre, vendue très cher là-bas par les prêtres, était de la poudre qui, prise avant de mourir, empêchait la rigidité du cadavre après la mort. Le pourquoi de l'emploi de cette poudre, que toutefois je ne supposais pas offerte pour mon usage, m'intriguait, quand aujourd'hui, Hayashi me donne l'explication de ladite poudre, appelée au Japon: dosha.

Là-bas, on met en bière les morts, comme ils sont venus au monde, dans le ramassement, où on les empote au Pérou, dans une jarre.

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Jeudi 7 novembre.—On parle chez Daudet, de cette maison Callias, de cette maison des Batignolles, où toute la littérature a passé, de cette maison, dont il y aurait à faire une originale monographie. Georges Lefèvre, qui a beaucoup fréquenté la maison, conte qu'il y avait dans la cuisine, à toute heure du soir, une provision inépuisable d'oeufs et de beurre, qui permettait aux retardataires du dîner, dont beaucoup n'avaient pas déjeuné le matin, et quelques-uns pas dîné la veille, de se faire deux oeufs sur le plat.

Et la conversation sur ce monde, amène Daudet à rappeler la blague de Castagnary, disant un jour plaisamment à Vallès: «Je te joue contre ce que tu voudras, dix-sept mots de ton répertoire, comme: travailleur, miséreux, pognon, etc., etc., que tu ne pourras plus employer… et tu sais, si tu perds, tu n'est plus fichu d'écrire!»

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Dimanche 10 novembre.—Réouverture du Grenier. Jean Lorrain, Primoli, Rodenbach, Raffaëlli, Roger Marx, Descaves, Toudouze, Daudet et sa femme.

Lorrain est en train de parler en physiologiste, de la narine, retroussée, respirante, aphrodisiaque de Lina Munte, dans la pièce d'Otway, quand Primoli entre, nous jetant: «Je viens d'assister à une chose… oh mais!… qui a été tout à fait émotionnante pour moi… Vous savez, ou vous ne savez pas, qu'il y avait une légende, en Italie, sur le bateau de Tibère, attaché à la rive, le bateau de fleurs, où il prenait le frais… oui, une légende, qui le disait au fond du lac de Nemi… Les archéologues s'étaient moqués de la légende… En dépit d'eux, il y avait eu cependant quelques tentatives pour vérifier la légende, mais sans succès. Or, tout récemment, un antiquaire de Rome a été trouver le prince Orsini, le possesseur du lac, et fit un arrangement avec lui, par lequel il aurait le tiers, et le prince les deux tiers des objets qu'on trouverait.

L'arrangement accepté, voici un plongeur, sous son scaphandre, au fond du lac, un plongeur qui reste sous l'eau cinq heures, s'il vous plaît… J'avais été convoqué, et j'ai pu le photographier, au moment où il sortait de l'eau, avec des objets détachés du bateau. L'effet de cet homme au scaphandre, avec cet appareil sur la figure, ressemblant à un masque antique: ç'a été comme une apparition dans une vision, dans le rêve d'un buveur d'opium… et cet homme vous parlant la tête au-dessus de l'eau, de ce bateau au fond de l'eau, grand comme un navire de ligne, avec un revêtement entier d'émail à l'extérieur, et à l'intérieur de plaques de marbre vert, de marbre rouge… J'ai vu, une fois, le plongeur rapporter une tête de lion avec un anneau dans la gueule—l'attache des barques qui s'accotaient au navire… mais la merveille, jusqu'à ce jour retrouvée, est une tête de Méduse.»

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Jeudi 14 novembre.—Ce soir, chez Daudet, Larroumet cause curieusement du Maroc, qui est comme le dernier asile du vieil islamisme, et où les supplices auraient une qualité de férocité, dégotant ceux de la Chine. Il parle de cinq incisions faites au rasoir dans la main d'un supplicié: incisions dans lesquelles on fait entrer les cinq doigts, dont les ongles repoussant et entrant dans la chair, font mourir l'homme du tétanos, au bout de quinze jours, quand il ne se casse pas avant la tête contre un mur.

Mais un supplice d'une imagination diabolique, est celui-ci: on endort un homme avec du chloroforme, puis on lui ouvre le ventre, et on le remplit de cailloux, et on le recoud. Alors ses tortureurs ont la jouissance de l'étonnement de l'homme à son réveil, et son ignorance amusante des horribles douleurs qu'il éprouve.

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Mercredi 20 novembre.—La princesse et Primoli ont été aujourd'hui à Marly, voir Dumas qui est malade. Le jour de l'érection de la statue d'Augier, déjà un peu souffrant, il a tenu à y assister, pour mettre à néant la légende de son antagonisme, avec l'auteur du MARIAGE D'OLYMPE. À son retour, pris de douleurs cérébrales, il avait la malheureuse idée de s'entourer la tête de linge imbibé d'eau froide, à la suite de quoi il lui venait une névralgie, lui amenant un enflement de la tête, avec des taches de sang à la peau, et des rages de dents et des lancinements des tempes, à se jeter par la fenêtre.

À l'entrée de la princesse, dans la chambre où l'avait précédé Primoli, qui avait été frappé de son changement, de son affaissement, se reprenant, se raidissant, Dumas s'écriait: «Ah! vous êtes d'une famille qui ne craint pas d'entrer dans la chambre d'un pestiféré!» Puis la princesse, lui disant qu'elle lui enverrait Dieulafoy, il jetait sur une note enfantine: «Et je serai obligé de faire ce qu'il m'ordonnera?»

Mais bientôt, retombant dans le noir, où l'avait trouvé Primoli, comme la princesse lui faisait compliment de l'arrangement de sa maison, du confort qu'y avait apporté sa femme, il murmurait tristement, faisant allusion à son mariage: «Je ne l'aurais pas fait, si j'avais cru que c'était pour un temps si court!»

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Jeudi 21 novembre.—Le notaire d'un de mes amis, lui disait ces jours-ci, qu'en présence des lois financières qui se préparaient, la plus grande partie des gens qui avaient de l'argent, le plaçaient à l'étranger, et qu'il regardait de son devoir d'avertir ses clients de l'effroi du capital français, devant l'avenir que lui préparait le gouvernement.

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Mercredi 27 novembre.—Tout le temps du dîner, on parle du mieux, de la résurrection de Dumas, de mots brutalement spirituels, prononcés par lui, dans son retour à la vie.

Après dîner, Coppée, Porto-Riche et moi, nous causions dans le hall, de la pièce de Bornier, quand Primoli vient à nous et nous dit: «Dumas est mort… la princesse vient de recevoir une dépêche!».

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Vendredi 29 novembre.—C'est positif, en fouillant mes souvenirs, je ne trouve chez moi, pendant toute ma jeunesse, aucun désir de devenir une personnalité de premier plan, je n'avais que l'ambition d'une vie indépendante, où je m'occuperais paresseusement d'art et de littérature, mais en amateur, et non, ainsi que cela a été, en forçat de la gloire.

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Samedi 30 novembre.—CENTENAIRE DE LA LITHOGRAPHIE. Exposition curieuse pour les origines de l'Art. On y voit le «Mercure dessiné pour l'imprimerie lithographique de la rue Saint-Sébastien, nº23» qui doit être considérée comme la première lithographie artistique française. Une «jeune fille lisant», de Denon, dans le travail naïf de la pierre, se montre comme la jeune Parisienne de 1810, sous son air ingénu, sous sa coiffure vieillotte, sous son costume provincial. Une curieuse planche: «La galerie de bois du Palais-Royal» avec la boutique du vieux libraire Dentu. Et voici dans «la Famille Pajou» les types, et la mode presque rustique, de la bourgeoisie jeune et vieille de la fin de l'Empire. Henriquel-Dupont fait revivre l'assassin Louvel, à l'homicide enfoncement des yeux. Le vieil Isabey a une série de délicates et romantiques femmes, en l'envolement aérien d'un voile dans les cheveux. Gigoux se révèle dans quelques portraits, entre autres, dans un portrait de Delacroix, comme un lithographe de premier ordre, et Achille Devéria, parmi de nombreux portraits, offre à nos regards deux très curieux et très remarquables portraits de Mérimée et de Dumas père. Et ce sont des Delacroix et des Raffet, des Raffet, où se trouve une épreuve d'un tirage exceptionnel, avec une poésie de Dumas père l'encadrant.

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Mercredi 4 décembre.—De la salle à manger de la rue de Berri, dont la baie ressemble à un petit théâtre, Primoli nous régale dans le hall, de projections d'après ses instantanés. C'est vraiment très intéressant cet agrandissement, qui, de ces images d'un pouce de hauteur, fait des décors, qui vous donnent l'illusion de la grandeur des hommes, des animaux, des arbres, des constructions. Et vraiment Primoli a un certain talent, ainsi que disent les peintres, pour piger le motif—un motif faisant tableau.

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Lundi 9 décembre.—Le fils de Bleichröder, le banquier allemand, protégé par Bismarck, a été refusé en mariage par une jeune fille sans fortune, et comme la mère de la jeune fille lui demandait de réfléchir, et lui disait que la différence de religion n'avait pas l'importance qu'elle lui attribuait, la jeune fille répondait à sa mère: «Les juifs, ce n'est pas une religion, c'est une race!»

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Mercredi 11 décembre.—Ces jours-ci, des interviews, où je suis obligé d'affirmer ma non-ambition de l'Académie.

Ce soir Gyp, qui vient de passer deux mois au lit, Gyp, à l'élégance ondulante du corps, dans un fourreau de satin blanc, cause avec moi de sa maladie, sur une note comique, disant qu'elle entendait le médecin dire, derrière un paravent, à sa garde: «Voilà une petite dame qui est en train de se laisser couler!» Et s'élevant presque contre son mari, contre ses enfants qui l'ont fait opérer, malgré elle, dans la perte de connaissance du chloroforme, elle laisse percer le regret de ne pas s'en être allée, et d'avoir à recommencer une autre fois:—la souffrance l'ayant abandonnée, et se trouvant dans cet espèce d'état, doucement vague, qui précède l'évanouissement.

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Mercredi 18 décembre.—Visite de Bracquemond, en train de se livrer à des impressions artistiques d'étoffes, m'annonçant que la gravure est complètement tuée par la photographie: mort qu'il prédisait dans deux articles, publiés par lui en 1886, mais qu'il croyait être plus tardive, et ne pas le toucher.

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Jeudi 26 décembre.—Je reçois une curieuse lettre du docteur Barié. Il me remercie d'un client belge, que je lui ai donné, et qui s'est présenté à lui, en lui disant: «Je crois avoir une maladie de coeur, je voulais consulter un médecin de Paris, mais je ne savais lequel, quand j'ai lu le dernier volume du JOURNAL DES GONCOURT, où j'ai vu que vous aviez donné vos soins à M. Edmond de Goncourt. Là dessus, je me suis décidé à m'adresser à vous: me voilà… examinez-moi!»

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Vendredi 27 décembre.—Dans ce volume, le dernier volume imprimé de mon vivant, je ne veux pas finir le JOURNAL DES GONCOURT, sans faire l'historique de notre collaboration, sans en raconter les origines, en décrire les phases, indiquer dans ce travail commun, année par année, tantôt la prédominance de l'aîné sur le cadet, tantôt la prédominance du cadet sur l'aîné:

Tout d'abord, deux tempéraments absolument divers: mon frère, une nature gaie, verveuse, expansive; moi, une nature mélancolique, songeuse, concentrée—et fait curieux, deux cervelles recevant du contact du monde extérieur, des impressions identiques.

Or le jour, où, après avoir fait tous deux de la peinture, nous passions à la littérature, mon frère, je l'avoue, était un styliste plus exercé, plus maître de sa phrase, enfin plus écrivain que moi, qui alors, n'avais guère l'avantage sur lui, que d'être un meilleur voyant autour de nous, et dans le commun des choses et des êtres, non encore mis en lumière, de ce qui pouvait devenir de la matière à de la littérature, à des romans, à des nouvelles, à des pièces de théâtre.

Et voici que nous débutions, mon frère sous l'influence de Jules Janin, moi sous l'influence de Théophile Gautier, et l'on peut reconnaître dans EN 18.. ces deux inspirations mal mariées, et donnant à notre premier livre, le caractère d'une oeuvre à deux voix, à deux plumes.

Viennent après, les HOMMES DE LETTRES (reparus sous le titre de CHARLES DEMAILLY), livre appartenant plus à mon frère qu'à moi, par l'esprit mis dans le livre par lui, et ces brillants morceaux de bravoure, qu'il recommencera plus tard dans MANETTE SALOMON—moi, ayant surtout travaillé dans ce livre, à l'architecture et aux gros ouvrages de l'oeuvre.

Alors succédaient les biographies d'art et les livres historiques, écrits un peu sous ma pression, et la tendance naturelle de mon esprit vers la vérité du passé ou du présent: oeuvres, où il y avait peut-être un peu plus d'appoint de moi, que de mon frère. Dans cette suite de travaux, se faisait la fusion, l'amalgame de nos deux styles, qui s'unissaient dans la facture d'un seul style, bien personnel, bien Goncourt…

Dans cette concurrence fraternelle à bien écrire, il était arrivé que mon frère et moi, avions cherché à nous débarrasser de ce que nous devions à nos aînés: mon frère à rejeter le papillotage du style de Janin, moi la matérialité du style de Gautier. Et nous étions à la recherche, tout en le voulant très moderne, à la recherche d'un style mâle, concret, concis, à la carcasse latine, se rapprochant de la langue de Tacite, que nous lisions alors beaucoup. Et surtout, il nous venait une horreur des grosses colorations, auxquelles j'avais un peu trop sacrifié, et nous cherchions dans la peinture des choses matérielles, à les spiritualiser par des détails moraux.

Ainsi cette description du bois de Vincennes, dans: GERMINIE LACERTEUX.

… «D'étroits sentiers, à la terre piétinée, talée, durcie, pleins de traces, se croisaient dans tous les sens. Dans l'intervalle de tous ces petits chemins, il s'étendait par places, de l'herbe, mais une herbe écrasée, desséchée et morte, éparpillée comme une litière jaune, et dont les brins, couleur de paille, s'emmêlaient de tous côtés aux broussailles, entre le vert triste des orties… Des arbres s'espaçaient tordus et mal venus, de petits ormes au tronc gris, tachés d'une lèpre jaunâtre, des chênes malingres mangés de chenilles, et n'ayant plus que la dentelle de leurs feuilles… De volantes poussières de grandes routes enveloppaient de gris les fonds… Tout avait la misère et la maigreur d'une végétation foulée, la tristesse de la verdure de la barrière… Point de chants d'oiseaux dans les branches, point de parcours d'insectes sur le sol battu… Un bois à la façon de l'ancien bois de Boulogne, poudreux et grillé, une promenade banale et violée, un de ces endroits d'ombre avare, où le peuple va se ballader à la porte des capitales: parodies de forêts, pleines de bouchons, où l'on trouve dans les taillis des côtes de melons et des pendus!»

Maintenant il arrivait, peu à peu, dans cette fabrication de nos volumes, que mon frère avait pris plus spécialement la direction du style, et moi la direction de la création de l'oeuvre. Il lui était venu une paresse un peu dédaigneuse à chercher, à retrouver, à inventer—tout en imaginant un détail plus distingué que moi, quand il voulait s'en donner la peine. Peut-être déjà souffrant du foie, et buveur d'eau de Vichy, était-ce un commencement de fatigue cérébrale? Du reste il avait eu, de tout temps, une répugnance pour la trop nombreuse production, pour la foison des bouquins, comme il disait. Et on l'entendait répéter: «Moi j'étais né pour écrire, dans toute ma vie, un petit volume in-douze, dans le genre de La Bruyère, et rien que ce petit in-douze!»

C'est donc uniquement, par tendresse pour moi, qu'il m'a apporté le concours de son travail jusqu'au bout, jetant dans un soupir douloureux: «Comment, encore un volume?… Mais vraiment n'en avons-nous pas fait assez d'in-quarto, d'in-octavo, d'in-dix-huit!»—et parfois, pensant à cette vie abominable de travail, que je lui ai imposée, j'ai comme des remords, et la crainte d'avoir hâté sa fin.

Mais tout en se déchargeant sur moi de la composition de nos livres, mon frère était resté un passionné de style, et j'ai raconté dans une lettre à Zola, écrite au lendemain de sa mort, le soin amoureux qu'il mettait à l'élaboration de la forme, à la ciselure des phrases, au choix des mots, reprenant des morceaux écrits en commun, et qui nous avaient satisfaits tout d'abord, les retravaillant des heures, des demi-journées, avec une opiniâtreté presque colère, ici, changeant une épithète, là, faisant entrer dans une période, un rythme, plus loin, refaçonnant un tour de phrase, fatiguant, usant sa cervelle, à la poursuite de cette perfection, si difficile, parfois impossible à la langue française, dans l'expression des sensations modernes… et après ce labeur restant de longs moments, brisé sur un canapé, silencieux, dans la fumée d'un cigare opiacé.

Et cet effort du style, jamais il ne s'y livra avec plus d'acharnement, que dans le dernier roman qu'il devait écrire, dans MADAME GERVAISAIS, où peut-être la maladie, qui était en train de le tuer, lui donnait, dans certains fragments, je le croirais, comme l'ivresse religieuse d'un ravissement.

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Lundi 30 décembre.—Exposition Bing. Je ne fais pas le procès à l'idée de l'exposition, je le fais seulement à l'exposition du jour, d'aujourd'hui.

Quoi, ce pays qui a eu le coquet et rondissant mobilier de paresse du XVIIIe siècle, est sous la menace de ce dur et anguleux mobilier, qui semble fait pour les membres frustes d'une humanité des cavernes et des lacustres. La France serait condamnée à des formes, comme couronnées dans un concours du laid, à des coupes de baies, de fenêtres, de dressoirs, empruntées aux hublots d'un navire, à des dossiers de canapés, de fauteuils, de chaises, cherchant les rigides platitudes de feuilles de tôle, et recouverts d'étoffes, où des oiseaux, couleur caca d'oie, volent sur le bleu pisseux d'un savonnage, à des toilettes et autres meubles, ayant une parenté avec les lavabos d'un dentiste, des environs de la Morgue. Et le Parisien mangerait dans cette salle à manger, au milieu de ces panneaux en faux acajou, agrémentés de ces arabesques en poudre d'or, près de cette cheminée, jouant le chauffoir pour les serviettes d'un établissement de bains; et le Parisien coucherait dans cette chambre à coucher, entre ces deux chaises épouvantant le goût, dans ce lit, qui est un matelas posé sur une pierre tombale!

Vraiment, est-ce que nous serions dénationalisés, conquis moralement par une conquête pire, que la guerre, en ce temps où il n'y a plus de place en France, que pour la littérature moscovite, scandinave, italienne, et peut-être bientôt portugaise, en ce temps où il semble aussi n'y avoir plus de place en France que pour le mobilier anglo-saxon ou hollandais.

Non, ça, le mobilier futur de la France, non! non!

En sortant de cette exposition, comme je ne pouvais m'empêcher de répéter tout haut dans la rue: «Le délire… le délire de la laideur!» un jeune homme s'approchant de moi, me dit: «Vous me parlez, monsieur?»

FIN DU NEUVIÈME ET DERNIER VOLUME.

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TABLE ALPHABÉTIQUE DES NOMS CITÉS DANS LE TOME NEUVIÈME

A

About, 115, 299.

Adam (Mme), 255, 346, 347.

Adélaïde (Mme), 33.

Ajalbert, 42, 52, 53, 226, 262, 264, 287, 303, 326.

Albert, 160.

Alexis (Paul), 61, 77, 88, 89, 90, 91, 161, 162, 163.

Allard (Mme), 3.

Allard (Les), 149, 150.

Allorto, 147.

Annam (Le prince d'), 136.

Antoine, 6, 42, 52, 53, 93, 98, 100, 226.

Artois (Le comte d'), 117.

Arton, 108.

Asselineau, 145.

Aubernon (Mme), 338.

Audiger, 207, 208, 209, 210, 211, 213, 214.

Augier (Émile), 373.

Aupick (Mme), 343.

Aurévilly (Barbey d'), 46, 275.

Aussandon, 62.

Avellan (L'amiral), 167, 337.

B

Balzac, 255, 275, 332.

Banville (Théodore de), 118, 145, 276, 286.

Barbès, 160.

Baretta (Mlle), 198.

Barié, 111, 377.

Barrès (Maurice), 177, 323.

Baudelaire, 145, 343, 344.

Baudouin, 207.

Bauër (Henry), 104, 123, 164, 165, 167.

Beaubourg, 202.

Beaumarchais, 348.

Beaurepaire (Quesnay de), 197.

Beauvois (Maître), 227.

Beethoven, 171, 355.

Bégis (M.), 42.

Béhaine (Lefebvre de), 30, 35, 290, 328.

Bernhardt (Sarah), 163, 164, 165, 166, 167, 168, 172, 185, 189, 196, 325.

Bernhardt (Maurice), 170.

Berthelot (Mme), 64.

Bertin, 36.

Besnard, 288.

Besnard (Les), 298.

Bing (M.), 34, 52, 270, 330, 382.

Biot, 26.

Biron (La comtesse de), 193.

Bismarck, 352, 376.

Bisson, 130.

Blanc (Hippolyte), 25.

Blanche (Le dr), 48, 62, 81, 103, 113, 157.

Blanche (Jacques), 157, 287, 288.

Blanche, 193, 303.

Blanqui, 160.

Bleichröder, 376.

Bohme, 232.

Boisbaudran (Lecoq de), 310.

Bonaventure (Saint), 81.

Bonnet, 265.

Bonnetain, 191.

Bonington, 283.

Bontems, 206.

Bornier (Henry de), 127, 374.

Bouchardon, 279.

Boucher (François), 278, 279.

Bouchor (Joseph-Félix), 287.

Boucicaut, 27, 28.

Boulanger (Le général), 29.

Boulanger (Le peintre), 50.

Bousquet (Georges), 331.

Bracquemond, 115, 257, 288, 377.

Bracquemond fils, 301.

Braine (Le fils), 202.

Brandès (Georges), 318.

Brisson (Les), 358.

Brown-Séquard, 55.

Bruneau (Alfred), 318.

Bruneau (Le curé), 248.

Brunet (Le commandant), 27, 28.

Brunetière, 361.

Buhot, 80.

Bukowics, 239.

Bulher, 252.

Buntchô, 274.

Burguet, 9.

Burnouf, 199.

Burns (John), 248.

Burty, 288.

C

Caffieri, 55.

Callias (Les), 370.

Callou, 129.

Camargo, 124, 126.

Cameroni (Félice), 318.

Capé, 277.

Carlier, 201.

Carnot, 238.

Carpeaux, 227.

Carraby, avocat à la Cour, 330.

Carré (Albert), 323, 327.

Carrière, 44, 45, 46, 47, 48, 53, 54, 106, 107, 128, 180, 187, 262, 264, 268, 286, 287, 288, 289, 297.

Caruchet, 325.

Castagnary, 370.

Cavelier, 233.

Céard (Henry), 146, 148, 322.

Cécile (Sainte), 235.

Cerny (Mlle), 78.

César (Jules), 225.

Césarin, 76.

Cham, 224.

Chamfort, 49.

Chandon, 253.

Chappey, 94.

Chardin, 193, 284, 285.

Charles IX, 108.

Charpentier, le graveur du XVIIIe siècle, 276.

Charpentier (Georges), 131.

Charpentier (Paul), 352.

Charpentier (Jane), 185.

Charpentier (Les) 9, 14, 57, 185, 201, 224, 308, 324.

Charpentier (Alexandre), 232, 258.

Charpentier (Armand), 341.

Chateaubriand, 117, 137, 169.

Chavannes (Puvis de), 311.

Chéret (Jules), 288.

Chéret (Joseph), 290.

Chomel (Le docteur), 258.

Cicéron, 35.

Cladel, 57, 127.

Clairin, 166.

Claretie (Jules), 198, 312.

Clemenceau (Georges), 262, 263, 312, 321, 324.

Clérambaud (Mme), 155, 156.

Clodion, 290.

Colbert, 208.

Collin (Raphaël), 286.

Colombey, 89, 318.

Commanville (Mme), 142, 275.

Conantre (La baronne de), 285.

Constans, 29.

Coppée, 4, 5, 55, 56, 175, 199, 286, 312, 315, 374.

Coppée (Mlle), 56.

Corday (Charlotte), 144.

Corot, 35, 36, 49, 60, 258.

Courbet, 13.

Courmont (Nephtalie de), 21, 63, 64, 65, 66, 67, 68, 69, 70, 71, 72.

Courteline, 190.

Couture, 17, 60.

Cranach, 44.

Crébillon père, 186.

Créqui (Le duc de), 207.

Courboin, 287.

Curel (François de), 318.

D

Darras, 218.

Darzens, 323.

Daubigny, 49.

Daudet (Alphonse), 5, 8, 9, 13, 55, 57, 59, 61, 80, 97, 100, 104, 110, 111, 112, 117, 121, 123, 127, 143, 144, 146, 148, 149, 154, 172, 180, 181, 193, 200, 217, 219, 224, 225, 228, 242, 265, 268, 275, 286, 292, 306, 308, 309, 312, 314, 315, 317, 322, 324, 327, 341, 351, 356, 370.

Daudet (Mme), 9, 82, 87, 145, 185, 289, 352, 354, 355.

Daudet (Léon), 28, 42, 144, 149, 150, 170, 171, 179, 202, 224, 225, 260, 299, 315, 323, 326, 349.

Daudet (Lucien), 315, 323.

Daudet (Edmée), 155, 185.

Daudet (Les), 3, 4, 11, 82, 169, 175, 185, 201, 224, 230, 264, 266, 331, 333, 353, 354, 370, 371, 372.

Daumier, 156, 257.

Decaisne, 137.

Decan, 35, 36.

Deflorenne, 42.

Degas, 201.

Delacroix (Eugène), 17, 137, 143, 270, 375.

Delaroche, 137.

Delaroque (Le libraire), 190.

Delizy, 83.

Delizy (Mme), 83.

Delzant (Alidor), 114, 115, 124,173.

Demarsay (Mme), 227.

Demoget (M.), 250.

Denain (Mlle), 124.

Denon, 375.

Dentu père, 375.

Déroulède, 318.

Desbordes-Valmore (Mme), 98, 189, 356.

Descaves, 123, 176, 287, 343, 371.

Detaille, 14.

Devéria (Achille), 375.

Dharma, 30.

Diaz, 17, 60.

Dickens, 300.

Diderot, 42.

Didot (Les), 277.

Diez (Les), 161.

Doistau, 83.

Doré, 115.

Dorian (Dora), 181, 303, 325.

Doucet (Camille), 223.

Doucet (Lucien), 103, 289.

Doucet (Le couturier), 63.

Dreyfus, 297.

Drumont (Edouard), 316.

Ducamp (Maxime), 202

Duez, 203.

Duflos, 89, 90, 91, 93.

Dumas père, 60, 375.

Dumas fils, 60, 165, 373, 374.

Dumas (Adolphe), 291, 293.

Dumény, 119, 282.

Dupont (Henriquel), 375.

Dupré (Jules), 49.

Durand-Ruel, 328.

Duret, 220.

Duse (La), 264.

E

Ebner, 117.

Eckermann, 59.

Eisen père, 310.

Erckmann-Chatrian, 130.

Eschyle, 170.

Eudes (Le général), 202.

Eyraud, 148.

F

Fasquelle, 307, 308, 352.