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Jours de famine et de détresse: roman cover

Jours de famine et de détresse: roman

Chapter 22: AH! VOUS AVIEZ DES «KWARTJES!»[5]
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About This Book

A first-person narrator recalls a childhood shaped by chronic poverty, describing street scenes of ragged children, bullying, and frequent hunger. Family portraits contrast a musical, proud father who remembers better days with a mother who preserves appearances despite destitution; their competing instincts over food, clothing, and respectability intensify domestic strain. Episodic, observational chapters mix intimate memories, neighborhood detail, and small humiliations to trace how economic hardship erodes dignity and alters personalities, while occasional tenderness and irony persist in the narrator's account of survival and familial bonds.

AH! VOUS AVIEZ DES «KWARTJES!»[5]

[5] Kwartje : un quart de florin.

Nous étions très familiarisés avec la faim, et ma mère avait même appris à la manier de façon assez dangereuse.

Un soir, nous étions assis autour d'un bon feu de tourbes : comme nous avions demandé des secours, on nous avait donné des tourbes. De toute la journée, nous n'avions eu d'autre nourriture qu'un petit pain de dix «cents», que ma mère avait partagé en neuf tranches. Elle avait le bébé au sein, et nous causions de ce que nous aurions acheté à manger si nous avions eu un florin.

On frappe à la porte ; je cours ouvrir ; un Monsieur s'arrête à l'entrée.

— Restez donc, petite femme, dit-il gentiment à ma mère ; vous êtes assise avec tous vos enfants autour du feu? Voici…

Il me remet une pièce d'un florin et part. Je voulais tout de suite chercher ce dont nous avions parlé : du pain, du café, et des harengs saurs, quand ma mère me dit :

— Donne le florin.

Je le lui donnai, et elle me passa trois pièces d'un «kwartje». Je regardais, stupéfaite, ces pièces, et levant le regard vers elle :

— Ah! fis-je, vous aviez des «kwartjes»?

Elle baissait les yeux en rougissant.

— Oui, tu sais, ces six aunes d'indienne que j'ai reçues de Madame… Eh bien, il me manque quatre aunes pour faire une robe. Cela coûte un «kwartje» l'aune : on a le même dessin au Nieuwendyk. J'ai épargné pour les acheter ; avec ce florin, j'irai les chercher demain.

Je restais hébétée, en répétant :

— Ah! vous aviez des «kwartjes», des «kwartjes»!

— Allons, morveuse, va chercher du pain.