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Keetje Trottin cover

Keetje Trottin

Chapter 16: [XV]
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About This Book

A series of episodic sketches follows a young girl's early childhood as she navigates poverty, domestic neglect, and social humiliation. Episodes record small, vivid scenes—family indifference, harsh punishments, street games, odd jobs, and encounters with cruelty and fleeting kindness—that show how labor, hunger, and class prejudice shape daily life. The tone balances tender observations of childish longing and resilient play with stark portrayals of exploitation and exclusion, organized chronologically by age to trace progressive loss of innocence and growing awareness of social injustice.

J’étais là depuis quelques jours. Une petite cousine était venue jouer avec les fillettes. Je monte à l’entresol et ne trouve personne. Mais l’autre alcôve était ouverte. J’y regarde et je vois la petite Betsy et sa cousine, assises à terre, entourées de poupées. Comment ont-elles tant de poupées ? et je ne les avais pas encore vues… Il y en avait d’énormes, assises dans de petits fauteuils, vêtues comme des dames ; d’autres couchées tout habillées dans des voiturettes, et encore des petites, déshabillées, dans des boîtes sous verre, avec leurs vêtements pliés dans des casiers. A terre, il y en avait à tête de bois, de caoutchouc, de porcelaine, sur des corps de coton rose remplis de son ; d’autres en chemise, jetées dans des coins, avec une grande chevelure brune, les yeux à demi-fermés.

Le bébé se réveilla. Je le pris hors de sa berce, j’enjambai l’alcôve et, assise par terre, le bébé entre mes jambes, à qui je donnai une poupée de caoutchouc, je déshabillai plusieurs poupées, que je passais aux petites pour les rhabiller. Puis je commençai à attifer une grande poupée.

J’étais si absorbée que je n’entendis pas entrer Monsieur et Madame. Quand je les vis, je lâchai la poupée.

— Du moment que les enfants s’amusent, tu peux t’amuser aussi, Keetje, dit Madame… Quel dommage ! ajouta-t-elle.

— Oui, quel dommage ! fit Monsieur.

Depuis ce jour, ce fut mon grand truc, pour tenir les enfants tranquilles, de m’asseoir avec eux dans l’alcôve aux poupées, d’en dévêtir une demi-douzaine et de les leur donner à rhabiller. Alors je pouvais, à mon aise, parer de costumes différents une grande poupée qui était ma favorite…