[258]Le Ouadaï et le Dar Four sont un des derniers centres de la traite des noirs. Lorsque ces régions seront entièrement occupées, la première par la France et la seconde par le gouvernement anglo-égyptien, elles formeront une barrière qui empêchera la sortie des captifs enlevés au bassin du Chari. Ces deux états ne peuvent être que des foyers de révoltes fanatiques contre les puissances européennes, et le Ouadaï, en particulier, a suscité en 1903 bien des inquiétudes. Nous ne croyons pas qu’il soit indispensable d’employer un corps de troupe à l’occupation de cette région. Il serait peut-être possible d’occuper peu à peu ce pays par la pénétration pacifique. C’est surtout à des missions scientifiques qu’il appartient de rechercher dans les contrées éloignées du Ouadaï, du Borkou, du Tibesti, les points où il existe du sel gemme, du natron et des nitrates et d’examiner en outre s’il n’y aurait pas encore d’autres richesses minérales à exploiter.
[259]Nous avons vu de longs convois de porteurs qui venaient, très loin de leurs villages, porter des charges de quelques kilogrammes dans les magasins de l’administration. Il y a là un véritable gaspillage de main-d’œuvre et de force humaine.
MISSION CHARI-LAC
TCHAD
(1902-1904)
L’AFRIQUE CENTRALE FRANÇAISE
APPENDICE
PAR
MM. PELLEGRIN, GERMAIN, COURTET,
PETIT, BOUVIER, LESNES
DU BUYSSON, SURCOUF, Aug. CHEVALIER
POISSONS
PAR
JACQUES
PELLEGRIN
DOCTEUR ÈS SCIENCES, DOCTEUR EN MÉDECINE,
PRÉPARATEUR AU MUSÉUM
POISSONS
Depuis quelques années les connaissances se sont considérablement accrues en ce qui concerne la population ichtyologique des eaux douces de l’Afrique. Les voyages se sont multipliés et ce vaste continent, dont il y a peu de temps encore on n’avait guère étudié d’une façon un peu complète que la zone littorale, commence à être sillonné en tous sens par de nombreux explorateurs qui recueillent dans leurs expéditions une ample moisson de documents zoologiques de grande valeur permettant de se faire maintenant une idée assez exacte de la faune des parties centrales.
En ce qui concerne les Poissons de la région du lac Tchad et du Chari, c’est à la mission dirigée par M. Auguste Chevalier, et particulièrement à mon excellent confrère et ami le Dr Decorse, que revient l’honneur d’avoir rapporté en Europe les premières collections ichtyologiques d’une région jusqu’ici tout à fait inconnue à ce point de vue. Dans plusieurs notes préliminaires les principaux résultats acquis par la mission A. Chevalier ont été déjà signalés[260]. L’étude des matériaux ichtyologiques rassemblés par elle sera ici reprise plus en détail, mais auparavant il n’est pas inutile de jeter un coup d’œil d’ensemble sur la répartition des Poissons dans les eaux douces africaines.
Au point de vue de la distribution géographique des Poissons d’eau douce, M. Günther[261] divise le monde en trois zones, l’une septentrionale, l’autre équatoriale, la troisième méridionale. La première comprend une région nord-américaine et une région paléarctique constituée par l’Europe et tout le nord et le centre de l’Asie, la troisième méridionale ou antarctique comprend seulement la Tasmanie, la Nouvelle-Zélande et la Patagonie. M. Günther distingue dans la zone équatoriale deux sections, l’une qu’il appelle division cyprinoïde, à cause de la présence des Cyprins, ces Poissons malacoptérygiens bien connus dont la Carpe est le type, l’autre acyprinoïde (tropicale-américaine et tropicale-pacifique) où les Poissons de cette famille font défaut.
L’Afrique dans sa presque totalité constitue une région spéciale, la région éthiopienne, de la zone équatoriale cyprinoïde de M. Günther. Seules les parties du Maroc, de l’Algérie, de la Tunisie, situées au Nord de l’Atlas, sont rattachées à la région paléarctique comme présentant les affinités les plus marquées avec la faune du Sud-Ouest de l’Europe. Ce qui caractérise la faune ichtyologique dulcaquicole africaine c’est sa grande homogénéité ; elle offre, en effet, la même physionomie dans son ensemble et ne saurait guère être subdivisée en sous-régions très distinctes, abstraction faite bien entendu de la Mauritanie. Sa perte territoriale, comme le fait justement observer Boulenger[262], est contrebalancée par une pointe poussée par la faune africaine en Asie dans la région du Jourdain qui présente les plus grands rapports comme population ichtyologique avec le Nil dont les espèces tropicales se maintiennent jusqu’au delta.
C’est entre les tropiques, dans la région équatoriale, que les espèces présentent la plus grande variété, que les formes sont les plus nombreuses et les plus abondantes. C’est là que la vie est en pleine floraison, en complet épanouissement, qu’elle se manifeste avec le plus d’intensité. Dans l’Afrique australe, sans que les caractères généraux de la faune ichtyologique soient modifiés, il y a lieu de constater un grand appauvrissement, une notable raréfaction de la plupart des représentants de chaque famille dont quelques-unes viennent à manquer. Il en est de même dans la grande île de Madagascar, où l’on remarque une diminution considérable du nombre des Poissons d’eau douce. C’est donc dans les grands fleuves tropicaux de l’Afrique, dans le Nil, dans le Sénégal, le Niger, l’Ogôoué et le Congo, qu’on trouvera les formes les plus diverses et les plus abondantes, tout en notant toutefois les ressemblances profondes qui existent entre les représentants de la population ichtyologique de tous ces grands cours d’eau, qu’avec MM. Boulenger et Sclater on peut réunir dans une sous-région à laquelle le nom de mégapotamique convient parfaitement[263]. Si, en effet, on ne trouve pas, par exemple, au Congo toujours exactement les mêmes espèces que dans le Sénégal ou dans le Niger, si chaque grand fleuve africain a souvent certaines formes qui lui sont propres, en revanche la plupart des genres principaux ne restent pas localisés à un seul bassin. Cependant dans certains grands lacs comme le Tanganika, le Victoria Nyanza, la population ichtyologique très dense présente, tout en se rapportant à l’ensemble général, un assez grand nombre de types particuliers qui leur donnent une physionomie assez spéciale.
On pouvait se demander s’il en était ainsi pour le Tchad et pour le Chari son tributaire ou si au contraire les Poissons qui les habitaient ne différaient pas sensiblement de ceux des bassins voisins. Il faut reconnaître d’ailleurs que cette dernière hypothèse devait paraître la plus plausible. Depuis fort longtemps déjà les ichtyologistes ont insisté sur les rapports profonds existant entre les Poissons du Sénégal et du Niger et ceux du Nil, où l’on rencontre bon nombre d’espèces communes. Il était donc naturel de penser que le Tchad intermédiaire à ces cours d’eau, et qui avait dû leur servir de trait d’union, participait à ces deux faunes. De plus, au S., le Chari se trouve en relations étroites avec l’Oubangui, affluent de la rive droite du Congo, ce qui pouvait expliquer la présence dans ses eaux de certaines formes du bassin de ce dernier fleuve. Les magnifiques matériaux rapportés par la mission Chevalier-Decorse ont confirmé complètement ces dernières prévisions et ont montré que le Tchad et le Chari ne paraissent pas avoir une faune ichtyologique spéciale, particulière. Ainsi que l’a démontré Ch. Gravier[264], non seulement à une période géologique récente, mais encore actuellement : « les bassins du Nil, du Congo, du Chari et du Niger se pénètrent réciproquement, car ils ne sont pas séparés par des lignes de partage des eaux telles que nous les représentons d’ordinaire. » Le Tchad avec ses tributaires peut donc être considéré comme le carrefour par où s’effectuèrent et s’opèrent, même peut-être encore aujourd’hui, les divers échanges de faune entre les grands réseaux fluviaux de l’Afrique équatoriale.
Depuis l’année 1904 où j’ai publié les principaux résultats des récoltes ichtyologiques de la mission Chevalier, les connaissances se sont légèrement accrues en ce qui concerne les Poissons du Tchad et du Chari. C’est ainsi qu’en 1905, M. Foureau[265], dans les documents scientifiques relatifs à la mission saharienne Foureau-Lamy, a consigné un certain nombre d’observations au sujet de la faune ichtyologique de ces intéressantes régions. Les documents relatifs aux Poissons recueillis par la mission Foureau, et qui m’ont été soumis, consistaient en quelques photographies et en descriptions et dessins dus au Dr H. Fournial, d’exemplaires récoltés dans la rivière Komadougou-Yobé, affluent du Tchad et dans le bas Chari. C’étaient là des données insuffisantes, on le comprendra, en l’absence de toute pièce matérielle, pour faire une détermination exacte des espèces rencontrées. Les quelques assimilations suivantes m’ont paru néanmoins présenter assez de certitude.
Polypteridæ : Polypterus bichir Geoffr. ?
Mormyridæ : Mormyrus caschive Hasselq. ?, Hyperopisus sp. ?
Osteoglossidæ : Heterotis niloticus Cuv.
Pantodontidæ : Pantodon Buchholzi Peters ?
Characinidæ : Hydrocyon Forskali Cuv. ?, Citharinus citharinus Geoffroy ?, Citharinus sp. ?
Cyprinidæ : Barbus ?
Serranidæ : Lates niloticus L.
Cichlidæ : Tilapia sp. ?
Tetrodontidæ : Tetrodon fahaka Hasselq.
Les espèces les plus intéressantes sont une sorte de Poisson volant. « Ce dernier, écrit M. Foureau, s’élance hors du liquide et parcourt à fleur d’eau, en battant l’eau de ses nageoires pectorales et en y traçant un petit sillon rectiligne, une distance qui d’ordinaire est de 4 à 5 mètres, mais que j’ai vu parfois atteindre une quinzaine de mètres[266]. » Il s’agit là très certainement d’un Pantodon et très probablement du Pantodon Buchholzi Peters, du bas Niger et du bassin du Congo, la seule espèce du genre connue jusqu’ici. M. Foureau signale en outre « un Poisson pourvu d’une énorme poche qu’il gonfle d’air à volonté si bien qu’il prend l’aspect d’une outre. Ce Poisson est entièrement recouvert de petites épines courtes et disposées régulièrement, sa coloration est jaune et changeante. » C’est sans aucun doute le Tetrodon fahaka Hasselquist, espèce d’ailleurs recueillie par la mission Chevalier.
M. G. A. Boulenger a donné en 1905[267] la liste d’une collection de Poissons récoltés dans le lac Tchad et le Chari par le capitaine G. B. Gosling et offerts au British Museum de Londres ; elle comprend les 23 espèces suivantes, réparties en 7 familles.
Mormyridæ : Petrocephalus bane Lacep., Mormyrus caschive Hasselq., Hyperopisus bebe Lacep., Gymnarchus niloticus L.
Characinidæ : Hydrocyon brevis Gthr., Alestes baremose Joannis, A. dentex L., A. nurse Rüpp., Distichodus rostratus Gthr., D. brevipinnis Gthr., Citharinus citharinus Geoffr.
Cyprinidæ : Labeo horie Heckel.
Siluridæ : Clarias lazera C. V., Heterobranchus senegalensis C. V., Schilbe mystus L., Clarotes laticeps Rüpp., Bagrus bayad Forsk., Synodontis clarias L., S. batensoda Rüpp., S. serratus Rüpp.
Serranidæ : Lates niloticus Hasselq.
Cichlidæ : Tilapia nilotica L.
Tetrodontidæ : Tetrodon fahaka Hasselq.
Près de la moitié, ainsi qu’on pourra s’en rendre compte plus loin, c’est-à-dire une dizaine d’espèces, se retrouvent également dans la liste des Poissons rapportés par la mission Chevalier.
Enfin le Dr Decorse a fourni dans son carnet de route publié en 1906[268] quelques intéressants détails sur la pêche dans les régions traversées par la mission, et particulièrement sur les procédés employés par les indigènes des bords du Chari.
Les poissons récoltés par la mission Chevalier-Decorse proviennent principalement du lac Tchad même, de Kousri dans le bas cours du Chari, à son confluent avec le Logone et de Fort-Archambault, localité située bien plus en amont, à l’endroit où le fleuve reçoit la rivière Boungoul.
Quarante espèces réparties en onze familles ont été rencontrées. Trois formes sont nouvelles : un Cyprinidé du genre Labeo, un curieux Mormyridé du genre Hyperopisus, enfin un Siluridé appartenant au genre Synodontis.
Autant qu’on en peut juger sur des photographies communiquées par le Dr Decorse et reproduites dans le Bulletin de la Société d’Acclimatation[269], deux espèces peuvent être jointes à celles recueillies par la mission dans la région du Tchad et du Chari, un Serranidé le Lates niloticus L., représenté par un énorme spécimen de 1 mètre 20 de longueur et un Ostéoglossidé aussi de grande taille l’Heterotis niloticus Cuvier. Il y a lieu de remarquer que ces deux espèces se retrouvent également sur les dessins et photographies de la mission Foureau et qu’elles font partie des récoltes du capitaine G. B. Gosling, signalées par M. G. A. Boulenger.
La mission n’a pas capturé seulement des Poissons dans la région du lac Tchad et du Chari. Un accident, d’après les renseignements communiqués par le Dr Decorse, a causé la perte de la presque totalité des pêches effectuées dans le bassin du Congo, principalement à Krebedjé, sur la rivière Tomi, sous-affluent de l’Oubangui. Seuls quelques spécimens minuscules provenant les uns de Bessou sur l’Oubangui, les autres de Brazzaville sur le Congo, ont pu échapper ; ce sont des Cyprinodontidés appartenant au genre Haplochilus et représentant deux espèces nouvelles dont la description sera donnée à la fin de ce mémoire, et un Cichlidé, l’Hemichromis bimaculatus Gill, extrêmement commun dans toute l’Afrique occidentale.
On trouvera ci-dessous la liste de toutes les espèces recueillies par la Mission, avec l’indication du nombre des spécimens rapportés, leur provenance exacte et la description des formes nouvelles dont la connaissance est due à la mission.
La distribution géographique générale de chaque espèce est mentionnée également. Elle fournit des indications intéressantes et montre les affinités de la faune ichtyologique du bassin du Chari et du lac Tchad avec celle des bassins voisins. C’est ainsi que sur les 40 espèces rencontrées dans ces régions 3 seulement paraissent spéciales au Tchad, 26 habitent aussi dans le Niger, 22 dans le Sénégal, 21 dans le Nil, 16 dans le bassin du Congo et 3 dans celui du Zambèze. Il ressort de là clairement que la faune ichtyologique du Chari et du Tchad, par sa physionomie, se rapproche surtout de celle du Niger. Plus de la moitié des espèces citées ici se retrouvent en effet dans les deux bassins. Elle présente ensuite à peu près d’égales affinités avec celle du Sénégal et celle du Nil, elle offre des rapports bien marqués quoique moins accentués avec celle du Congo. Enfin le nombre des formes particulières à la région du Tchad est tout à fait minime et prouve qu’elle n’a pas une faune ichtyologique propre, très spéciale, très différenciée, comme celle du lac Tanganika par exemple.
POISSONS DU BASSIN DU CHARI
Polypteridæ.
1. Polypterus bichir Geoffroy, 1802. — 1 spécimen, Kousri.
Ce spécimen de 550 millimètres de longueur a 17 pinnules dorsales. L’espèce appartient au bassin du Nil.
2. Polypterus Delhezi Boulenger 1899. — 3 spécimens, Fort-Archambault.
Ce Poisson habite le Congo.
Lepidosirenidæ.
3. Protopterus annectens Owen, 1839. — 3 spécimens, Kousri.
Ce Poisson a été signalé, au Sénégal, en Gambie, dans le Niger et le Zambèze.
Mormyridæ.
4. Mormyrops engystoma, Boulenger, 1898. — 1 jeune spécimen, Fort-Archambault.
Espèce du Congo.
5. Petrocephalus bane Lacépède, 1803. — 2 spécimens, Kousri.
Espèce connue du Nil et du Niger.
6. Marcusenius Lhuysi Steindachner, 1870. — 2 jeunes spécimens, Fort-Archambault.
Espèce sénégalienne.
7. Gnathonemus cyprinoides Linné, 1766. — 1 spécimen, Kousri.
Espèce du Nil, du Niger et du Congo.
8. Gnathonemus senegalensis Steindachner, 1870. — 3 spécimens, Fort-Archambault.
Du Sénégal et de la Gambie.
9. Gnathonemus tamandua Günther, 1864. — 1 spécimen, Kousri.
Cet exemplaire avait d’abord été rapporté par moi[270] au G. elephas Boulenger, espèce extrêmement voisine, mais après nouvel examen il doit rentrer dans l’espèce de Günther, signalée déjà dans le Niger, au Calabar et au Congo.
10. Hyperopisus tenuicauda Pellegrin, 1904[271].
La hauteur du corps égale environ la longueur de la tête et est comprise cinq fois dans la longueur sans la caudale. La tête plus longue que haute a le profil supérieur courbé. Le museau est égal à la moitié de la région post-oculaire de la tête. L’œil fait la moitié ou un peu plus de la moitié de la longueur du museau. La largeur de la bouche représente 1/5 de la longueur de la tête. Les dents aux mâchoires sont échancrées, au nombre de 3 à 5 en haut, de 6 en bas. Il existe au menton un renflement globuleux assez marqué. L’origine de la dorsale est deux fois 1/2 à trois fois plus éloignée de l’extrémité du museau que du début de la caudale. L’origine de l’anale est à égale distance du bout du museau et du début de la caudale. La pectorale arrondie fait les trois quarts de la tête ou presque. La ventrale représente la moitié de la longueur de la pectorale. Le pédicule caudal est deux fois 1/2 à deux fois 3/4, aussi long que haut, mesurant les deux tiers de la longueur de la tête. On compte seize écailles autour du pédicule caudal. La caudale échancrée est écailleuse, à lobes obtusément pointus.
La coloration est ardoisée au-dessus, violacée sur les côtés et sur le ventre.
D. 13-14 ; A. 64 ; P. 11 ; V. 6 ; Ec. 18 | 105 | 20-23.
No 04. 111-112. Coll. Mus. Fort-Archambault : Mission Chari-Lac Tchad (Chevalier-Decorse) Types.
Longueur : 270 + 35 = 305 et 150 + 10 = 160 millimètres. Un troisième spécimen de Kousri doit également être rapporté à cette espèce.
Ces poissons sont assez voisins d’Hyperopisus bebe Lacépède, du Nil, du Sénégal, de la Gambie et du Niger, la seule espèce du genre auparavant connue. Ils s’en distinguent principalement par la plus grande longueur du pédicule caudal et, en conséquence, le moindre nombre d’écailles autour de celui-ci, par le menton plus globuleux, la livrée plus sombre.
11. Mormyrus Jubelini Cuvier et Valenciennes, 1846. — 2 spécimens, Kousri et Fort-Archambault.
Cette espèce que M. Boulenger[272] ramène au M. caschive Hasselquist du Nil, du Gabon et du Congo, habite le Sénégal et le Niger.
12. Gymnarchus niloticus Cuvier, 1826. — 1 spécimen, Fort-Archambault.
Du Nil Blanc, du Sénégal et du Niger.
Characinidæ.
13. Sarcodaces odoë Bloch, 1794. — 1 spécimen, Fort-Archambault.
Du Sénégal au Congo et du lac Ngami.
14. Hydrocyon Forskali Cuvier, 1817. — 1 spécimen, Kousri.
Du Nil, du Sénégal et du Niger.
15. Alestes baremose Joannis, 1835. — 1 spécimen, Kousri.
Cette espèce à laquelle il faut ramener l’A. Kotschyi Heckel, habite le Nil, le lac Rodolphe et du Sénégal au Niger.
16. Alestes macrolepidotus Cuvier et Valenciennes, 1849. — 1 spécimen jeune, Fort-Archambault.
Espèce signalée dans le Nil, du Sénégal à l’Ogôoué, et dans le lac Tanganika.
17. Ichthyoborus besse Joannis, 1835. — 1 spécimen, Fort-Archambault.
Cette espèce, à laquelle il faut ramener l’I. microlepis Günther, habite le Nil.
18. Distichodus altus Boulenger, 1899. — 1 spécimen, Fort-Archambault.
Espèce du Congo.
19. Citharinus citharinus Geoffroy, 1809. — 1 spécimen de Fort-Archambault et 2 jeunes du lac Tchad.
Cette espèce à laquelle on doit rapporter le C. Geoffroyi Cuvier, est connue du Nil, du Sénégal, de la Gambie, du Niger et du Congo.
Cyprinidæ.
20. Labeo coubie Rüppell, 1832. — 2 spécimens, Kousri et Fort-Archambault.
Espèce du Nil, du Sénégal, de la Gambie et du Niger.
21. Labeo selti Cuvier et Valenciennes, 1842. — 1 spécimen, Kousri.
Cette espèce du Sénégal est extrêmement voisine de la précédente à laquelle elle est ramenée par M. Boulenger[273].
22. Labeo senegalensis Cuvier et Valenciennes, 1842. — 1 spécimen, Fort-Archambault, 4 spécimens, lac Tchad.
Cette espèce du Sénégal, de la Gambie et du Niger est rapprochée par M. Boulenger du Labeo horie Heckel du Nil et de l’Albert Nyanza[274].
23. Labeo chariensis Pellegrin, 1904[275].
La hauteur du corps égale la longueur de la tête et est comprise quatre fois dans la longueur sans la caudale. La largeur de la tête fait les trois quarts de sa longueur. Le museau est très proéminent, recouvert de nombreux tubercules. Des tubercules s’étendent sur les côtés de la tête jusqu’à l’œil. L’espace interorbitaire est plan, aplati. L’œil supéro-latéral, entièrement dans la seconde moitié de la tête, est contenu 6 fois dans la longueur de la tête, près de 3 fois dans la longueur interorbitaire. La surface interne des lèvres possède de nombreux plis transversaux. Un tout petit barbillon complètement caché dans le pli latéral existe de chaque côté. Les écailles du ventre en avant et entre les pectorales sont fort petites. On compte 3 écailles entre la ligne latérale et la ventrale. La dorsale à 10 rayons branchus, est falciforme ; son bord est échancré profondément ; les rayons antérieurs extrêmement prolongés mesurent une fois 3/4 la longueur de la tête, 3 fois 1/2 celle du dernier rayon. L’anale possède 7 rayons dont 5 branchus. La pectorale un peu plus courte que la tête n’atteint pas la ventrale qui finit à l’anus. Le pédicule caudal est un peu plus long que haut. Il y a 12 écailles autour du pédicule caudal. La caudale est fourchue, à lobes pointus.
La coloration est uniformément brun-olivâtre, claire en dessous. La tête est violacée.
D. 12 ; A. 7 ; P. 18 ; V. 9 ; Ec. 4 1/2 | 34 | 6 1/2.
No 04-92. Coll. Mus. — Fort-Archambault : Chari-Lac Tchad (Chevalier-Decorse) Type.
Longueur : 240 + 60 = 300 millimètres.
Cette espèce vient se placer auprès de Labeo Lukulæ Boulenger et de L. parvus Boulenger, du bassin du Congo, qui possèdent aussi seulement 12 écailles autour du pédicule caudal. La forme tout à fait particulière de sa dorsale la rapproche de Labeo falcifer Boulenger.
Siluridæ.
24. Eutropius Grenfelli Boulenger, 1900. — 1 spécimen, Kousri.
Espèce du Congo.
25. Schilbe mystus Linné, 1766. — 2 spécimens, Kousri.
Espèce du Nil, du Niger au Congo, des lacs Moero et Rukwa.
26. Clarotes laticeps Rüppell, 1829. — 1 spécimen, Kousri.
Espèce du Haut-Nil, du Nil blanc, du Bahr-el-Gebel.
27. Chrysichthys auratus I. Geoffroy, 1829. — 2 spécimens, Fort-Archambault.
Cette espèce à laquelle il faut ramener, semble-il, le C. macrops Günther est connue du Nil, du Niger et de la Côte de l’Or.
28. Synodontis schall Bloch Schneider, 1801. — 1 spécimen, Kousri. 4 spécimens jeunes, Fort-Archambault.
Du Nil, du Sénégal, des lacs Rodolphe et Stéphanie.
29. Synodontis membranaceus Geoffroy, 1809. — 2 spécimens, Kousri et Fort-Archambault.
Du Nil blanc, du Sénégal et du Niger.
30. Synodontis Courteti Pellegrin, 1906[276].
La hauteur du corps est contenue 4 fois 1/4 dans la longueur, celle de la tête 3 fois. Le museau très allongé, subacuminé, dilaté à la région buccale, fait le double de la région postoculaire de la tête. L’œil situé dans la seconde moitié de la tête est supère, son diamètre est contenu 5 fois 1/2 dans la longueur de la tête, 1 fois 1/2 dans l’espace interorbitaire. La bouche est entourée de lèvres très développées, papilleuses. Les barbillons maxillaires simples, non membraneux, s’étendent seulement jusqu’à l’origine de la pectorale, les barbillons mandibulaires externes, avec 3 filaments simples, environ jusqu’au même point. Les barbillons mandibulaires internes avec 5 ou 6 filaments non ramifiés finissent à peu près sous le bord antérieur de l’œil. Les dents mandibulaires courtes, crochues sont au nombre de 15. La fente operculaire ne s’étend pas au-dessous de la base de la pectorale. Les plaques céphaliques sont presque complètement recouvertes par la peau pustuleuse. Le bouclier occipito-nuchal ne s’étend pas en arrière au delà de la base de l’épine de la dorsale. Le prolongement huméral peu élevé, non armé d’épines, se termine en arrière en pointe aiguë n’atteignant pas tout à fait aussi loin que le bouclier occipito-nuchal. La dorsale a 7 rayons branchus, son épine sans serratures antérieures fait la moitié de la tête. La base de l’adipeuse égale 2 fois la longueur de celle de la dorsale rayonnée. La distance qui sépare les deux nageoires est un peu inférieure à la base de la dorsale rayonnée. L’anale a 13 rayons dont 9 branchus[277]. L’épine de la pectorale est plus forte et plus longue que celle de la dorsale, avec une douzaine de dents réclinées au bord postérieur, environ le double au bord antérieur. La ventrale n’atteint pas tout à fait l’anale. La caudale est médiocrement fourchue.
La coloration est grisâtre avec de très nombreux petits points sur la tête, de plus grandes taches noires sur les nageoires et sur le ventre s’agrandissant encore sur le corps où elles atteignent les dimensions de l’œil et forment 4 ou 5 rangées longitudinales plus ou moins régulières.
D. I 7 ; A. III 9 ; P. 10 ; V. 7.
No 04-83. Coll. Mus. — Fort-Archambault : Mission Chari-Lac Tchad (Chevalier-Decorse) Type.
Longueur : 85 + 20 = 105 millimètres.
Cette espèce que je dédie bien volontiers à M. Courtet, membre de la mission Chari-Lac Tchad, n’est représentée que par un petit spécimen, ce qui m’avait fait hésiter d’abord à la décrire. Elle est remarquable par la longueur de son museau qui la rapproche de Synodontis Vaillanti Boulenger[278] de Bangi sur le Haut Oubangui ; elle présente également des affinités avec S. longirostris Boulenger, de la rivière Yembe à Banzyville (Oubangui)[279], ces deux régions assez voisines comme l’on sait du bassin du Chari.
Ophiocephalidæ.
31. Ophiocephalus obscurus Günther, 1861. — 2 spécimens, Fort-Archambault.
Du Nil blanc, du Bahr-el-Jebel, de la Gambie au Congo.
Anabantidæ.
32. Anabas Weeksi Boulenger, 1896. — 2 spécimens, Fort-Archambault.
Espèce du Congo.
Cichlidæ.
33. Hemichromis fasciatus Peters, 1857. — 2 spécimens, Fort-Archambault.
Espèce de l’Ouest de l’Afrique, du Sénégal, du Niger, de l’Ogôoué et du Congo.
34. Hemichromis bimaculatus Gill, 1862. — 3 spécimens, Fort-Archambault.
Espèce s’étendant du Sahara et du Nil à toute l’Afrique occidentale jusqu’au Cap.
35. Tilapia nilotica Linné, 1766. — 3 spécimens, Fort-Achambault.
Espèce répandue en Syrie, dans le bassin du Nil, le lac Kivu, le Gallaland, le Soudan, le Sénégal, la Gambie, le Niger.
36. Tilapia Heudeloti A. Duméril, 1859. — 3 spécimens, Fort-Archambault.
Du Sénégal au Congo.
37. Tilapia Zillii Gervais, 1848. — 1 spécimen, Fort-Archambault.
Espèce de Palestine, d’Egypte, du Sahara et du Niger.
38. Tilapia melanopleura A. Duméril, 1859. — 3 spécimens, Fort-Archambault.
Du Sénégal au Congo et au Chiré.
Mastacembelidæ.
39. Mastacembelus Loennbergi Boulenger, 1898. — 5 spécimens, Fort-Archambault (Flaques du Ba-Kiré).
Du Niger et du Cameroun.
Tetrodontidæ.
40. Tetrodon fahaka, Hasselquist, 1757. — 1 spécimen, Fort-Archambault.
Espèce du Nil, du Sénégal et du Niger.
POISSONS DU BASSIN DU CONGO
Cyprinodontidæ.
41. Haplochilus Chevalieri Pellegrin, 1904[280].
La hauteur du corps est contenue 4 fois à 4 fois 1/2 dans la longueur sans la caudale, celle de la tête 3 fois 1/2. La tête est très aplatie au-dessus. La mâchoire inférieure est proéminente ; les dents de la série externe fines et aiguës sont plus volumineuses et assez espacées. Le diamètre de l’œil est égal ou un peu inférieur à la longueur du museau et est contenu 3 fois dans la longueur de la tête, 1 fois 1/2 dans l’espace interorbitaire. Il existe de grandes écailles sur la tête et sur l’opercule. Les écailles cycloïdes sont au nombre de 27 ou 28 en ligne longitudinale, de 8 en ligne transversale. La ligne latérale est représentée par une série de petits points. La dorsale à 7 ou 8 rayons commence au-dessus de l’antépénultième rayon de l’anale, 3 fois plus près de l’origine de la caudale que du bord antérieur de l’œil, au niveau de la 19e ou 20e écaille longitudinale. L’anale a 13 ou 14 rayons, les postérieurs égalant environ ceux de la dorsale. La pectorale atteint la ventrale et fait les 2/3 de la tête. La ventrale arrive à l’anale ou presque. Le pédicule caudal est au moins aussi haut que long. La caudale est en pointe, les rayons médians sont très prolongés et dépassent la longueur de la tête.
La coloration est des plus brillantes. Le dos est olivâtre, les côtés et le ventre sont jaunes. Une ligne foncée court sur le bas des flancs et du pédicule caudal. Chaque écaille sur les côtés porte un large point rouge carmin. Les nageoires sont jaunes ; la dorsale, l’anale et la caudale finement ponctuées de carmin. Les mâchoires sont bordées de carmin. Une ligne semicirculaire brune s’étend, à la face inférieure, d’un angle de la bouche à l’autre.
D. 7-8 ; A. 13-14 ; P. 14 ; V. 5 ; L. long. 27-28 ; L. transv. 8.
No 04-62. Coll. Mus. — 3 exemplaires. Brazzaville : Mission Chari-Lac Tchad (Chevalier-Decorse) Types.
Longueur totale : 48, 48, 47 mm.
Cette jolie espèce, que je dédie bien volontiers au Chef de la mission Chari-Tchad, se rapproche surtout d’Haplochilus singa Boulenger, espèce décrite[281] il y a quelques années d’après un exemplaire mâle des marais de Boma à l’embouchure du Congo. Elle s’en distingue surtout par la forme de sa caudale dont les rayons médians sont prolongés en pointe accentuée, tandis qu’au contraire cette nageoire est « échancrée, quelques-uns des rayons supérieurs et inférieurs étant prolongés », dans l’espèce de Boulenger.
H. Chevalieri présente aussi certains caractères communs avec H. cameronensis Boulenger[282] de la rivière Kribi, mais dans cette espèce la dorsale commence bien plus en avant.
42. Haplochilus Decorsei Pellegrin, 1904[283].
La hauteur du corps est contenue 3 fois 2/3 à 4 fois dans la longueur, sans la caudale, la longueur de la tête 3 fois 1/2. La tête est plate en dessus. La mâchoire inférieure est proéminente ; les dents coniques sont fines et aiguës. Le diamètre de l’œil est au moins égal à la longueur du museau et est contenu 1 fois 1/2 dans l’espace interorbitaire, près de 4 fois dans la longueur de la tête. Il y a de grandes écailles sur l’opercule. Les écailles cycloïdes, sont au nombre de 25 à 28 en ligne longitudinale, 11 ou 12 en ligne transversale. La dorsale à 8 ou 9 rayons commence au-dessus du milieu ou du début du 3e tiers de l’anale, 2 fois plus près de l’origine de la caudale que du bord antérieur de l’œil, au niveau de la 16e ou 17e écaille longitudinale. L’anale a 13 ou 14 rayons égalant environ ceux de la dorsale. La pectorale fait les 2/3 de la tête. Les ventrales petites n’atteignent pas l’anale. Le pédicule caudal est 1 fois 1/2 aussi long que haut. La caudale est arrondie, acuminée, les rayons médians plus ou moins prolongés en pointe égalant parfois la longueur de la tête.
La coloration est uniformément jaunâtre avec le bord de chaque écaille très foncé. Le ventre est clair. Une ligne sombre s’étend de la tête à l’origine de la dorsale. Chez les femelles, les nageoires sont grisâtres, la dorsale, l’anale et les ventrales avec de petits points carmins plus ou moins nombreux. Chez les mâles (?) quelques lignes longitudinales de petits points de même couleur se voient en outre sur les écailles de l’opercule et des flancs ; des points carmins existent aussi sur la caudale qui est finement bordée de carmin.