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L'Aiglon: Drame en six actes, en vers cover

L'Aiglon: Drame en six actes, en vers

Chapter 22: SCÈNE V
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About This Book

A lyrical six-act verse drama portrays a fragile young duke confined within a ceremonial court and overshadowed by an imperial legacy. Surrounded by guardians, courtiers, and family, he oscillates between yearning for action and resignation to political constraints. Through intimate scenes, masquerades, and public ritual, the play examines identity, the burden of ancestry, illusions of heroism, and the clash between personal desire and duty, building toward a quietly tragic resolution. The language alternates spirited rhetoric and tender intimacy, blending spectacle with psychological nuance.

SCÈNE V

LE DUC, PROKESCH, puis THÉRÈSE.

(Un laquais entre, pose sur la table un plateau avec des lettres, et sort. C’est celui que le duc a désigné tout à l’heure comme le gardant la nuit, l’homme que l’huissier a appelé le Piémontais.)

PROKESCH.

Le courrier qu’on apporte.

(Il montre les lettres au duc.)

Beaucoup de lettres.

LE DUC.

Oui… de femmes. Celles-là,
On les laisse arriver.

PROKESCH.

Que de succès !

LE DUC.

Voilà
Ce que c’est que d’avoir l’auréole fatale !

(Il prend une lettre que Prokesch lui passe, décachetée.)

« Dans votre loge, hier, comme vous étiez pâle !… »
Je déchire.

(Il déchire, et en prend une autre.)

« Oh ! ce front qui… » Je déchire.

(Il déchire, et Prokesch lui en passe une troisième.)

« Hier
Je vous vis, à cheval, passer sur le Prater… »
Je déchire.

(Même jeu.)

PROKESCH.

Toujours ?

LE DUC, prenant encore une lettre.

« Prince, votre jeunesse,
Votre inexpérience… » Ah ! c’est la chanoinesse !
— Je déchire.

(La porte s’ouvre doucement, et Thérèse paraît.)

THÉRÈSE, timidement.

Pardon…

LE DUC, se retournant à sa voix.

Petite Source, vous ?

THÉRÈSE.

Mais pourquoi donc toujours ce surnom ?

LE DUC.

Il est doux.
Il est pur. Il vous va.

THÉRÈSE.

Je pars demain pour Parme.
Votre mère m’emmène.

LE DUC, avec un sourire forcé.

Essuyons une larme !

THÉRÈSE, tristement.

Parme !…

LE DUC.

C’est le pays des violettes.

THÉRÈSE.

Oui…

LE DUC.

Si ma mère ne le sait pas, dites-le-lui !

THÉRÈSE.

Oui, Monseigneur.— Adieu.

(Elle remonte lentement pour sortir.)

LE DUC.

Reprenez votre course,
Petite Source !

THÉRÈSE, s’arrêtant.

Mais… pourquoi « Petite Source » ?

LE DUC.

Mais parce qu’elle m’a rafraîchi bien des fois,
L’eau qui dort dans vos yeux et court dans votre voix.
— Adieu…

THÉRÈSE remonte, puis, sur le seuil, comme attendant, espérant encore.

Vous n’avez pas autre chose à me dire ?

LE DUC.

Pas autre chose.

THÉRÈSE.

Adieu, Monseigneur…

(Elle sort.)

LE DUC.

Je déchire.