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L'Aiglon: Drame en six actes, en vers cover

L'Aiglon: Drame en six actes, en vers

Chapter 25: SCÈNE VIII
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About This Book

A lyrical six-act verse drama portrays a fragile young duke confined within a ceremonial court and overshadowed by an imperial legacy. Surrounded by guardians, courtiers, and family, he oscillates between yearning for action and resignation to political constraints. Through intimate scenes, masquerades, and public ritual, the play examines identity, the burden of ancestry, illusions of heroism, and the clash between personal desire and duty, building toward a quietly tragic resolution. The language alternates spirited rhetoric and tender intimacy, blending spectacle with psychological nuance.

SCÈNE VIII

LE DUC, MARMONT, un instant METTERNICH et PROKESCH.

MARMONT, s’asseyant sur un signe du duc.

C’est, Monseigneur, ma dernière visite,
Car, sur lui, je n’ai plus à vous apprendre rien.

LE DUC.

C’est vraiment désolant ; vous en parliez si bien !

MARMONT.

J’en ai fait un portrait fidèle à Votre Altesse.

LE DUC.

Fidèle !— Alors, plus rien ?

MARMONT.

Plus rien.

LE DUC.

Sur sa jeunesse,
Plus aucun souvenir ?

MARMONT.

Aucun.

LE DUC.

Résumons-nous :
Il fut très grand.

MARMONT.

Très grand.

LE DUC.

Mais, peut-être, sans vous,
Aurait-il…

MARMONT.

J’ai parfois empêché…

LE DUC.

Le désastre.

MARMONT, encouragé.

Dame ! il avait le tort de trop croire…

LE DUC.

A son astre.

MARMONT, satisfait.

Nous nous rencontrons bien dans nos conclusions.

LE DUC.

Et ce fut, n’est-ce pas ? comme nous le disions…

MARMONT, s’abandonnant tout à fait.

Ce fut un général, certes, considérable ;
Mais enfin on ne peut pas dire…

LE DUC.

Misérable !

MARMONT, se levant.

Hein ?

LE DUC.

Puisque j’ai fini de vous prendre aujourd’hui
Tout ce qui vous restait de souvenirs de lui,
Tout ce qui, malgré vous, en vous, était splendide,—
Je vous jette à présent,— puisque vous êtes vide.

MARMONT, blême.

Mais je…

LE DUC.

L’avoir trahi, duc de Raguse,— toi !
Oui vous vous disiez tous, je sais : « Pourquoi pas moi ? »
En voyant empereur votre ancien camarade.
Mais toi ! toi ! qu’il aima depuis le premier grade !
— Car il t’aimait au point de rendre mécontents
Ses soldats !— toi qu’il fit maréchal à trente ans !…

MARMONT, rectifiant sèchement.

Trente-cinq !

LE DUC.

Et voilà ! c’est le traître d’Essonnes !
Et pour dire : trahir ! le peuple — tu frissonnes !—
Le peuple a fabriqué le verbe raguser !

(Se levant tout d’un coup et marchant sur lui.)

Ne vous laissez donc pas en silence accuser !
Répondez ! Ce n’est plus le prince François-Charle,
C’est Napoléon Deux maintenant qui vous parle !

MARMONT, qui recule, bouleversé.

Mais on vient !… Metternich !… Je reconnais sa voix…

LE DUC, lui montrant la porte qui s’ouvre, fièrement.

Eh bien ! trahissez-nous une seconde fois !

(Les bras croisés, il le brave du regard. Silence. Metternich reparaît avec Prokesch.)

METTERNICH, traversant le fond avec Prokesch.

Ne vous dérangez pas. Causez ! causez !… J’emmène
Prokesch, au fond du parc, voir la Ruine Romaine
Où j’organise un bal.— Dernier représentant
D’un monde qui mourra, dit-on, dans un instant,
J’aime assez que ce soit sur des ruines qu’on danse !
A demain…

(Ils sortent. Un temps.)

MARMONT, d’une voix sourde.

Monseigneur, j’ai gardé le silence.

LE DUC.

Il n’aurait plus manqué que vous ragusassiez !

MARMONT, saisissant une chaise.

Vous pouvez conjuguer ce verbe ; je m’assieds.

LE DUC.

Comment ?

MARMONT.

Je vous permets de conjuguer ce verbe,
Car vous avez été, tout à l’heure, superbe !

LE DUC.

Monsieur !…

MARMONT, haussant les épaules.

J’ai dit du mal de l’Empereur ? j’en dis
Toujours… depuis quinze ans, c’est vrai : je m’étourdis !
Ne comprenez-vous pas que le duc de Raguse
Espère se trouver, à lui-même, une excuse ?
— La vérité… c’est que je ne l’ai pas revu.
Si je l’avais revu, je serais revenu !
Bien d’autres l’ont trahi, croyant servir la France !
Mais ils l’ont tous revu ! Voilà la différence !
Tous ils étaient repris !— et je le suis, ce soir !

LE DUC.

Pourquoi ?

MARMONT, avec une brusque chaleur.

Mais parce que je viens de le revoir !

LE DUC, auquel échappe presque un cri de joie.

Comment ?

MARMONT, tendant la main vers le duc.

Là, dans le front, dans la fureur du geste,
Dans l’œil étincelant !… Insultez-moi. Je reste.

LE DUC.

Ah !… tu réparerais un peu, si c’était vrai !
Et c’est toi, par ton cri, qui m’aurais délivré
De ce doute de moi, si triste, et qu’on exploite.
Quoi ! malgré mon front lourd et ma poitrine étroite ?…

MARMONT.

Je l’ai revu !

LE DUC.

D’espoir je suis réenvahi !
Je voudrais pardonner !— Pourquoi l’as-tu trahi ?

MARMONT.

Ah ! Monseigneur !…

LE DUC.

Pourquoi,— vous autres ?

MARMONT, avec un geste découragé.

La fatigue !

(Depuis un instant, la porte du fond, à droite, s’est entr’ouverte sans bruit, et on a pu apercevoir, dans l’entrebâillement, le laquais qui a emporté les petits soldats, écoutant. A ce mot : la fatigue, il entre et referme doucement la porte derrière lui, pendant que Marmont continue, dans un accès de franchise.)

Que voulez-vous ?… Toujours l’Europe qui se ligue !
Être vainqueur, c’est beau, mais vivre a bien son prix !
Toujours Vienne, toujours Berlin,— jamais Paris !
Tout à recommencer, toujours !… On recommence
Deux fois, trois fois, et puis… C’était de la démence !
A cheval sans jamais desserrer les genoux !
A la fin nous étions trop fatigués !

LE LAQUAIS, d’une voix de tonnerre.

Et nous ?…