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L'Aiglon: Drame en six actes, en vers cover

L'Aiglon: Drame en six actes, en vers

Chapter 36: SCÈNE VI
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About This Book

A lyrical six-act verse drama portrays a fragile young duke confined within a ceremonial court and overshadowed by an imperial legacy. Surrounded by guardians, courtiers, and family, he oscillates between yearning for action and resignation to political constraints. Through intimate scenes, masquerades, and public ritual, the play examines identity, the burden of ancestry, illusions of heroism, and the clash between personal desire and duty, building toward a quietly tragic resolution. The language alternates spirited rhetoric and tender intimacy, blending spectacle with psychological nuance.

SCÈNE VI

FLAMBEAU, puis un domestique et SEDLINSKY.

FLAMBEAU, entrant à droite.

Voici l’heure.

(Il descend en regardant autour de lui.)

Signal ! y es-tu ?… Hum !… Peut-être ?…

(Il répète solennellement, imitant les intonations du duc.)

« Flambeau, tu ne peux pas ne pas le reconnaître ! »

(Il cherche.)

Est-ce en haut ? est-ce en bas ? — Est-ce noir ? est-ce blanc ?
— Est-ce grand ?… ou petit ?…

(En cherchant, il arrive devant la table, aperçoit le chapeau, sursaute.)

Ah ! le…

(Et avec un sourire de ravissement, faisant le salut militaire.)

Petit et grand !

(Il remonte vers la fenêtre.)

Mais la Comtesse, au fait, du fond du parc, me guigne,
Si le signal est là, je dois lui faire signe…

(Il a déjà tiré son mouchoir de sa poche pour l’agiter, mais il le rentre vivement.)

Oh ! non ! un drapeau blanc la fait se trouver mal !

UN DOMESTIQUE, traversant la pièce, une petite lampe à la main, et se dirigeant vers l’appartement du duc.

La lampe de travail du duc…

FLAMBEAU, bondissant et la lui prenant des mains.

Mais, animal,
Elle file !… Il lui faut un peu de brise fraîche !…

(Il sort sur le balcon.)

On lève en l’air trois fois… On arrange la mèche…

(Il tourne soigneusement la petite clef et rend la lampe au domestique.)

Et ça va !… comprends-tu ?

LE DOMESTIQUE, s’éloignant en haussant les épaules.

Ce n’est pas malin ?

FLAMBEAU.

Si.

(Le domestique entre chez le duc, Flambeau redescend en se frottant les mains, et, s’arrêtant devant le petit chapeau, lui dit avec une respectueuse familiarité.)

Tout sera prêt demain !

SEDLINSKY, entrant par la porte du fond, à droite.

Le duc ?

FLAMBEAU, lui montrant la chambre de gauche.

Là.

SEDLINSKY.

Veille ici.
— Poste de confiance.

FLAMBEAU.

Oui, oui.

SEDLINSKY.

Montre-t’en digne.

(Il le regarde.)

C’est toi le Piémontais ?

(Flambeau fait signe que oui.)

Tu connais la consigne ?

FLAMBEAU.

Être là, chaque nuit.— J’y suis.

SEDLINSKY.

Et que fais-tu ?

FLAMBEAU.

Dès que dans le château de Schœnbrunn tout s’est tu,

(Il montre les portes de droite.)

Je donne un double tour de clef à ces deux portes.
Je retire les clefs.

SEDLINSKY.

Bon.— Ces clefs, tu les portes
Toujours sur toi ?

FLAMBEAU.

Toujours.

SEDLINSKY.

Et tu ne dors ?…

FLAMBEAU.

Jamais.

SEDLINSKY.

Et tu montes la garde ?…

FLAMBEAU, montrant le seuil de la chambre du prince.

A cette place.

(Le domestique est ressorti de chez le duc et s’en est allé par la droite.)

SEDLINSKY.

Mais
C’est l’heure. Ferme.

FLAMBEAU, allant fermer à clef la porte du premier plan.

On ferme !

SEDLINSKY.

Ote les clefs.

FLAMBEAU, retirant la clef et la mettant dans sa poche.

On ôte !

SEDLINSKY, sortant par la porte du second plan pour laisser Flambeau s’enfermer.

Nul, hormis l’Empereur, n’a ces clefs !— Pas de faute !
Veille !

FLAMBEAU, refermant la porte sur lui, à double tour, avec un sourire.

Comme toujours !