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L'Aiglon: Drame en six actes, en vers cover

L'Aiglon: Drame en six actes, en vers

Chapter 39: SCÈNE IX
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About This Book

A lyrical six-act verse drama portrays a fragile young duke confined within a ceremonial court and overshadowed by an imperial legacy. Surrounded by guardians, courtiers, and family, he oscillates between yearning for action and resignation to political constraints. Through intimate scenes, masquerades, and public ritual, the play examines identity, the burden of ancestry, illusions of heroism, and the clash between personal desire and duty, building toward a quietly tragic resolution. The language alternates spirited rhetoric and tender intimacy, blending spectacle with psychological nuance.

SCÈNE IX

Les Mêmes, LE DUC, puis des Laquais.

METTERNICH, se précipitant vers lui avec un rire nerveux.

Ah ! ah ! c’est vous ! c’est vous ! c’est vous ! C’est Votre Altesse !
Ah ! que je suis heureux !

LE DUC, ironiquement.

D’où vient cette tendresse ?

METTERNICH.

Non ! vraiment, je croyais — tant c’était réussi !—
Qu’un autre allait sortir !

FLAMBEAU, comme sortant du rêve auquel il s’est pris lui-même.

Je le croyais aussi !

LE DUC, se retournant vers lui, et apercevant avec épouvante son uniforme.

Dieu ! qu’as-tu fait ?

FLAMBEAU.

Du luxe !

METTERNICH, qui a gagné la sonnette, sonnant et appelant.

A moi !

LE DUC, à Flambeau.

Fuis !

FLAMBEAU, courant vers le fond.

La fenêtre !

LE DUC, voulant le retenir.

La sentinelle va tirer sur toi !

FLAMBEAU.

Peut-être !

LE DUC.

C’est long, d’ici les bois !

METTERNICH.

Et si, pendant qu’il court,
On lui tire dessus…

FLAMBEAU.

Ça me semblera court !

LE DUC, vivement, apercevant la livrée de Flambeau à terre.

Mets ta livrée !

METTERNICH, courant et posant son pied dessus.

Ah ! non !

FLAMBEAU, dédaigneusement.

Gardez cette guenille !
Est-ce qu’un papillon se remet en chenille ?

(Et le fusil en bandoulière, gardant, par défi, tout son attirail, il s’élance sur le balcon.)

Au revoir !

LE DUC, le suivant.

Mais c’est fou !

FLAMBEAU, vite et bas au duc.

Chut ! Je gagne le trou
De Robinson !— Au bal de demain !

(Il enjambe la balustrade.)

LE DUC.

Mais c’est fou !

FLAMBEAU, disparaissant.

J’y serai !

LE DUC, lui criant à voix basse.

Pas de bruit !

METTERNICH, en le voyant disparaître.

Oh ! pourvu qu’il se luxe
Quelque chose !…

(On entend la voix de Flambeau entonner tranquillement dans la nuit le Chant du départ : La victoire en chantant…)

LE DUC, terrifié.

Hein ?

METTERNICH, stupéfait.

Il chante ?

LE DUC, se penchant au balcon avec angoisse.

Oh ! que fais-tu ?

LA VOIX DE FLAMBEAU, dans le parc.

Du luxe !

(Il continue : … nous ouvre la carrière…

Une détonation. La chanson s’interrompt. Seconde de silence et d’attente. Puis, la voix reprend gaiement, plus lointaine : La liberté…)

LE DUC, avec un cri de joie.

Manqué !…

(Metternich se précipite derrière lui sur le balcon et suit des yeux, dans le parc, la fuite de Flambeau.)

METTERNICH, avec dépit.

Comme il s’est bien, dans l’ombre, reconnu !

LE DUC, fièrement.

Il connaît le pays : il est déjà venu.

METTERNICH, à plusieurs laquais qui viennent d’entrer par la droite, les congédiant du geste.

Trop tard ! Retirez-vous ! Plus rien pour mon service !

(Les laquais sortent.)