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L'Aiglon: Drame en six actes, en vers cover

L'Aiglon: Drame en six actes, en vers

Chapter 43: SCÈNE II
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About This Book

A lyrical six-act verse drama portrays a fragile young duke confined within a ceremonial court and overshadowed by an imperial legacy. Surrounded by guardians, courtiers, and family, he oscillates between yearning for action and resignation to political constraints. Through intimate scenes, masquerades, and public ritual, the play examines identity, the burden of ancestry, illusions of heroism, and the clash between personal desire and duty, building toward a quietly tragic resolution. The language alternates spirited rhetoric and tender intimacy, blending spectacle with psychological nuance.

SCÈNE II

LES DOMINOS MAUVES,— METTERNICH et SEDLINSKY, cachés.

PREMIER DOMINO, à un autre.

Ma chère,
Que c’est doux de courir pour lui quelque danger !

DEUXIÈME DOMINO, avec délice.

Conspirons !

TROISIÈME DOMINO.

Ses cheveux sont d’un or si léger !

(Ces conspiratrices ont toutes un petit accent grec ou polonais.)

LA PREMIÈRE.

Oui, ma chère, on dirait que son front s’environne
D’un halo… dans lequel commence une couronne !

UNE AUTRE.

Oh ! et son double charme inattendu, troublant,
De Bonaparte blond, ma chère, et d’Hamlet blanc !

PLUSIEURS, avec volupté.

Conspirons !

LA PREMIÈRE, gravement.

Mais, d’abord, à Vienne, je conseille
De faire faire, en or, chez Stieger, une abeille !

LA DEUXIÈME, impétueusement.

A Vienne ?… Ce serait tout à fait idiot !
Faisons faire à Paris cela, chez Odiot !

UNE AUTRE, solennellement.

Et je propose, moi, sur toutes nos toilettes,
D’avoir toujours un gros bouquet de violettes !

TOUTES, avec enthousiasme.

Oh ! c’est cela, Princesse !

UNE QUI N’A ENCORE RIEN DIT, inspirée.

Et risquons un retour
Vers les modes Empire !

LA PREMIÈRE, vivement.

Oh ! le soir ! pas le jour !

UNE AUTRE.

Ah ! ma chère, ces tailles courtes sont infâmes !

TOUTES A LA FOIS.

Les ruchés !… les bouillons !… Mais, ma chère !…

METTERNICH, qui surgit en riant.

Ah ! Mesdames !

TOUTES, avec un cri d’effroi.

Ah ! Dieu !

METTERNICH, riant aux éclats.

Continuez ce complot étonnant !
Conspirez !… conspirez !… ah ! ah !…

(Il sort en riant toujours, suivi de Sedlinsky. Son rire se perd. Aussitôt les conspiratrices, dispersées comme pour une fuite, se rapprochent sur la pointe du pied, se mettent en bouquet autour de celle qu’on a appelée Princesse.)

LA PRINCESSE.

Et maintenant
Que grâce à ce petit papotage frivole
Le soupçon éveillé par Sedlinsky s’envole,
Prouvons-leur qu’auprès des Machiavels féminins
Les Metternich les plus Metternich sont des nains !

TOUTES.

Oui…

LA PRINCESSE.

Chacune sait bien, ce soir, quel est son rôle ?

TOUTES.

Oui…

LA PRINCESSE.

Disséminons-nous dans le bal !

(Les dominos mauves s’éparpillent.)