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L'Aiglon: Drame en six actes, en vers cover

L'Aiglon: Drame en six actes, en vers

Chapter 59: SCÈNE III
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About This Book

A lyrical six-act verse drama portrays a fragile young duke confined within a ceremonial court and overshadowed by an imperial legacy. Surrounded by guardians, courtiers, and family, he oscillates between yearning for action and resignation to political constraints. Through intimate scenes, masquerades, and public ritual, the play examines identity, the burden of ancestry, illusions of heroism, and the clash between personal desire and duty, building toward a quietly tragic resolution. The language alternates spirited rhetoric and tender intimacy, blending spectacle with psychological nuance.

SCÈNE III

Les Mêmes, LA COMTESSE.

LE DUC, éperdu.

Vous !… Mais on m’avait dit !… Pouvais-je fuir ?

LA COMTESSE, rageusement.

Oui, certe !

LE DUC.

Une femme…

LA COMTESSE, avec mépris.

Une femme ! eh bien, la grande perte !

LE DUC, balbutiant.

Mais je…

LA COMTESSE.

Mais vous deviez m’abandonner !

LE DUC.

Songez…

LA COMTESSE, furieuse.

Je songe au temps perdu !

LE DUC.

Vos dangers…

LA COMTESSE.

Quels dangers ?

LE DUC.

Nos alarmes pour vous étaient…

LA COMTESSE, fièrement.

Quelles alarmes ?
— Flambeau n’a-t-il donc pas été mon maître d’armes ?

LE DUC.

Mais cet homme ?…

LA COMTESSE.

Partez !

LE DUC.

Qu’avez-vous fait ?

LA COMTESSE.

Oh rien !
Il a tiré son sabre — et j’ai tiré le mien !

LE DUC.

Pour moi !… tu t’es battue ?

LA COMTESSE.

« Oh ! oh ! le fils du Corse »
Grondait-il, « j’ignorais qu’il fût de cette force ! »
— « Il ne s’en doutait pas lui-même ! »… Mais ma voix…

LE DUC, voyant du sang à la main de la Comtesse.

Ah ! vous êtes blessée !

LA COMTESSE, secouant dédaigneusement le sang.

Oh ! ce n’est rien,— les doigts !…
… Mais ma voix me trahit : « Une femme ? » Il recule.
— « Défends-toi donc ! » — « Je ne peux pas, c’est ridicule !
Cette femme n’est pas le chevalier d’Éon ! »
— « Défends-toi ! cette femme est un Napoléon ! »
Sentant sa lame, alors, par la mienne rejointe,
Il fonce !… et je lui fais…

FLAMBEAU.

Le coup de contre-pointe !

LA COMTESSE, mimant le coup.

Un ! deux !

FLAMBEAU.

Vous avez dû l’étonner rudement !

LA COMTESSE.

Il ne reviendra pas de son étonnement !

LE DUC, se rapprochant, à voix basse.

Dieu !— mais la jeune fille, alors ?

LA COMTESSE, haussant les épaules, à voix haute.

Que vous importe ?

LE DUC.

Chut !— Est-elle venue ?

LA COMTESSE, après une seconde d’hésitation.

Eh bien… non ! Quand la porte
S’écroula tout à coup sous un poing furieux,
J’étais seule !

LE DUC.

Elle n’est pas venue !— Ah ?…

(Et avec un léger dépit mélancolique.)

Tant mieux !

LA COMTESSE.

Mais des gens arrivaient au bruit. Si l’on m’arrête
Le plan est découvert trop tôt ! Je perds la tête.
Je sors en tâtonnant. J’entends je ne sais qui
Crier d’aller chercher Monsieur de Sedlinsky…
Et je fuis en prenant votre cheval de selle !
— Je l’ai crevé !— je n’en peux plus !…

LE DUC.

Elle chancelle !

(Prokesch et Marmont la soutiennent.)

LA COMTESSE, défaillante.

Après ce que j’ai fait, ah ! j’espérais au moins
Apprendre son départ, ici, par les témoins !…

UN DES CONSPIRATEURS, qui faisait le guet sur la route, accourant, à la Comtesse.

Vous êtes poursuivie ! et dans une minute…

(Mouvement de tous pour fuir.)

LE DUC, criant.

Soignez-la ! cachez-la ! là, dans cette cahute !

(Il montre la cabane que le paysan leur ouvre vivement.)

LA COMTESSE, qu’on emporte à moitié évanouie vers la cabane.

Partez !

LE DUC, interrogeant anxieusement ceux qui l’emportent.

Elle n’a rien ?

LA COMTESSE.

Mais partez donc ! ah ! si
Votre père, Monsieur, pouvait vous voir ici,
Faible, attendri, nerveux, flottant comme vous l’êtes…
Mais cela lui ferait hausser les épaulettes !

LE DUC, s’élançant pour fuir.

Adieu !