WeRead Powered by ReaderPub
L'Aiglon: Drame en six actes, en vers cover

L'Aiglon: Drame en six actes, en vers

Chapter 8: SCÈNE VI
Open in WeRead

Explore more books like this:

About This Book

A lyrical six-act verse drama portrays a fragile young duke confined within a ceremonial court and overshadowed by an imperial legacy. Surrounded by guardians, courtiers, and family, he oscillates between yearning for action and resignation to political constraints. Through intimate scenes, masquerades, and public ritual, the play examines identity, the burden of ancestry, illusions of heroism, and the clash between personal desire and duty, building toward a quietly tragic resolution. The language alternates spirited rhetoric and tender intimacy, blending spectacle with psychological nuance.

SCÈNE VI

Les Mêmes, MARIE-LOUISE, puis un soldat autrichien.

MARIE-LOUISE, d’une voix entrecoupée.

Avez-vous entendu ? Ho ! c’est épouvantable !
Ça me rappelle — un jour — la foule s’amassa
Autour de ma voiture — à Parme —

(Elle tombe défaillante sur la chaise longue.)

en criant ça !
On veut troubler ma vie !

METTERNICH, nerveux, à Tiburce.

Enfin, ce cri, qu’était-ce ?

TIBURCE.

Servant tous deux au régiment de Son Altesse,
Deux hommes en congé, marchaient d’un pas distrait,
Quand ils ont vu le duc de Reichstadt qui rentrait ;
Vous savez qu’un fossé profond longe la rue :
Le duc veut le franchir ; son cheval pointe, rue,
Se dérobe ; le duc le ramène… et, hop là !
Alors, pour l’applaudir, ils ont crié. Voilà.

METTERNICH.

Faites-m’en monter un, vite !

(Tiburce, du perron, fait un signe au dehors.)

MARIE-LOUISE, à qui on fait respirer des sels.

On veut que je meure !

(Entre un sergent du régiment du duc. Il salue gauchement, intimidé par tout ce beau monde.)

METTERNICH, avec indignation.

Un sergent !— Pourquoi donc avez-vous, tout à l’heure,
Poussé ce cri ?

LE SERGENT.

Je ne sais pas.

METTERNICH.

Tu ne sais pas ?

LE SERGENT.

Le caporal non plus, avec lequel, en bas,
J’ai crié, ne sait pas. Ça nous a pris. Le prince
Était si jeune sur son cheval, et si mince !…
Et puis on est flatté d’avoir pour colonel
Le fils de…

METTERNICH, vivement.

Bien, c’est bien !

LE SERGENT.

Ce calme avec lequel
Il a franchi l’obstacle ! Et blond comme un saint George !…
Alors, ça nous a pris, tous les deux, à la gorge,
Un attendrissement… une admiration…
Et nous avons crié : « Vive… »

METTERNICH, précipitamment.

C’est bon ! c’est bon !
— Et : « Vive le duc de Reichstadt ! », triple imbécile,
C’est donc plus difficile à crier ?

LE SERGENT, naïvement.

Moins facile.

METTERNICH.

Hein ?

LE SERGENT, essayant.

« Vive le duc de Reichstadt ! »… Ça fait moins bien
Que : « Vive… »

METTERNICH, hors de lui, le congédiant du geste.

Allons, c’est bon, va-t’en ! ne criez rien !

TIBURCE, au soldat quand il passe près de lui pour sortir.

Idiot !