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L'Alfabet européen appliqué aux langues asiatiques / OEuvres de C.-F. Volney, tome VIII cover

L'Alfabet européen appliqué aux langues asiatiques / OEuvres de C.-F. Volney, tome VIII

Chapter 70: DEUXIÈME CONJUGAISON ACTIVE.
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About This Book

This work presents a systematic approach to applying the European alphabet to Asian languages, aiming to simplify their complexities for better understanding and communication. It discusses the challenges and methodologies involved in transcribing various Asian languages, including Hebrew, into a more accessible format. The author reflects on previous attempts and the evolution of his ideas, emphasizing the need for a unified alphabet that can accommodate the diverse sounds of these languages. The text serves as both an elementary guide for travelers in Asia and a scholarly exploration of linguistic principles, advocating for a more efficient means of literacy and education across cultures.

CHAPITRE VI.


Du Verbe en général.

Jusqu’ici cette première partie de la grammaire ne nous a offert que des mots isolés, mis l’un à côté de l’autre pour exprimer des objets peu ou point liés entre eux: on peut dire qu’il n’y a eu dans l’entendement que des images, successives comme dans une lanterne magique; maintenant le verbe va tout changer. Comme cet élément du discours exprime l’action compliquée des personnes et des choses avec des circonstances de temps, de lieu, de nombre, de genre, les idées vont devenir des scènes dramatiques; la phrase va être un tableau complet dont l’esprit doit saisir toutes les parties à la fois.

Dans la nomenclature première que je viens d’exposer, les auteurs du langage hébreu ou phénicien n’ont pas développé un grand talent d’invention: beaucoup de langues sauvages offrent plus de fécondité en combinaisons grammaticales. Cette simplicité, vantée par quelques écrivains, ressemble beaucoup à la grossièreté du jargon nègre dans nos colonies, du petit franc, usité sur la côte de Barbarie, et surtout de l’idiome Berbère que parlent de temps immémorial les tribus Libyennes répandues depuis Maroc jusqu’à l’Abissinie[187]. Il y a lieu de croire que les inventeurs du langage phénicien-hébreu ont eux-mêmes été des sauvages placés dans les marais de la Chaldée, où la fécondité du pays les multiplia, tandis que les difficultés d’un sol aquatique les protégèrent contre l’étranger. Quoi qu’il en soit des hypothèses historiques, voyons comment ils ont organisé le verbe, cet élément si difficile et si compliqué de l’art de parler.

[187] Voyez la note[F7] à ce sujet parmi les autres.

On ne saurait douter qu’en des temps postérieurs les peuples civilisés et savans qui nous sont connus sous le nom d’Égyptiens, de Chaldéens, d’Assyriens et Syriens, de Tyriens, de Sidoniens, etc., n’aient cultivé l’art de la grammaire, n’aient eu des livres traitant de cette science. Les auteurs grecs et latins nous en fourniraient au besoin des témoignages positifs: quelque isolés que les Hébreux fussent dans leurs montagnes, leurs prêtres, leurs poètes, sous le nom de Prophètes, n’ont pu manquer d’avoir quelque participation à cette branche de connaissances, et de posséder quelque grammaire composée dans les grandes cités des empires voisins, de la même manière que les Druzes de nos jours possèdent des grammaires arabes composées hors de leur pauvre et ignorante société; mais, lors même que l’on voudrait supposer qu’il n’y eût eu dans Jérusalem aucune grammaire avant la captivité de Babylone, l’on ne pourrait nier qu’au retour de cet exil, les riches et les prêtres, élevés dans les sciences chaldéennes, n’aient connu et apporté les grammaires d’une langue si cultivée par un peuple puissant.

Lorsque ensuite les Grecs et les Romains, maîtres de la Syrie et de l’Égypte, firent dominer leur langage, les docteurs juifs ne purent manquer de connaître les grammaires de ces conquérans; mais, en examinant la différence notable que nous allons voir entre les uns et les autres dans la manière d’envisager le verbe, on finit par être convaincu que les Orientaux ont tiré de leur propre fonds, sur ce sujet subtil, une doctrine qui leur est propre et qui leur est venue de leurs ancêtres.

D’abord, il est remarquable que ce qui porte le nom de verbe chez tous les Occidentaux, est nommé acte et action par les Orientaux, qui, en cela, se montrent meilleurs analystes que nous et nos maîtres, car tout verbe quelconque bien analysé est une action; ainsi aimer, penser, parler, voir, frapper, grossir, etc., présentent toujours l’idée d’un acte quelconque: il n’y a pas jusqu’au verbe être, quoi qu’on en ait dit, qui ne soit un acte, une action; car être, avoir existence porte l’idée d’apparaître où d’avoir apparu hors du néant.

Par opposition à ceci, voyez combien est impropre l’expression latine verbum, c’est-à-dire le mot; est-ce que toutes les parties de la phrase, le nom, la particule, le pronom, l’adjectif, ne méritent pas aussi le nom de mot?

J’avoue, pour mon compte, que, plus je scrute cette grammaire latine dont on a pris soin, dès le berceau, d’emmailloter mon esprit comme de tant d’autres maillots, plus je m’étonne de l’ignorance de ses inventeurs. Que sont ces prétendues définitions, de pronom, ou mot au lieu de nom? d’adjectif, ou mot ajouté au nom? de préposition, ou mot mis devant un autre? de subjonctif, ou mot joint dessous, etc.? n’a-t-on pas droit de penser que la fortuite coalition des bannis[188] qui fondèrent la langue et la puissance de Rome, n’eut d’abord aucune idée de la science grammaticale; et que, lorsqu’elle vint à s’en occuper tardivement, ses sauvages guerriers, novices dans l’art, tirèrent de leur fonds unique ces dénominations vagues et presque ridicules?

[188] En italien Banditi.

Quoi qu’il en soit, il y a entre les deux doctrines cette première différence, que l’une nomme acte et action ce que l’autre nomme mot ou verbe.

Ensuite vient une seconde différence, savoir, que l’Asiatique-hébreu-arabe, etc., en énonçant l’acte ou verbe, spécifie le temps et la personne, tandis que l’Européen latin, grec, etc., laisse tout dans le vague de ce qu’il appelle infinitif; car, lorsqu’on dit aimer, regarder, frapper, visiter, on ne sait ni qui est l’agent, ni quand se fait l’action; au contraire l’hébreu et l’arabe, quand ils énoncent un verbe, disent le verbe il a aimé, le verbe il a regardé, le verbe il a visité; de manière que, chez eux, le type fondamental du verbe est à la troisième personne masculine du prétérit ou temps passé.

Cette méthode me semble plus dans la nature de l’entendement humain à son premier degré de culture, où tout est image physique; tandis que l’autre est une abstraction qui n’a dû être imaginée que postérieurement dans un état social déjà avancé.

Le mot qui exprime cette troisième personne est ce qu’en hébreu on nomme racine ou mot radical, duquel dérivent tous les mots qui ensuite apparaissent dans la conjugaison.

Rien de plus simple que cette conjugaison, puisque les verbes hébreux n’ont d’autres temps que le passé ou prétérit, le futur, l’impératif, avec un participe déclinable et un substantif, qu’il a plu d’appeler infinitif, sans aucun de ces modes subjonctifs, conditionnels, imparfaits, plus que parfaits du latin et du grec.

Quand l’hébreu, l’arabe, etc., veulent appeler le verbe en général, ils disent le -FăL-, comme si nous disions l’acte, ou plus littéralement le il a fait, il a agi, car c’est ce que signifie -FăL-: cela choque nos habitudes, mais chacun s’entend dans les siennes et prétend y avoir raison.

Or comme ce mot -FăL- est devenu le modèle radical de toutes les conjugaisons, soit actives et passives, soit factitives, c’est-à-dire transmissives d’action, ses diverses combinaisons sont devenues chez les grammairiens orientaux le terme apellatif de chacune.

De là sont nés ces mots phaal, niphal, phiel, phual, hiphil, hophal, hithphael, qui, assaisonnés de phatach, kamets, schourec, kibbus, etc., forment un jargon vraiment barbare et rebutant pour tout novice; jargon d’autant plus ridicule, d’autant plus vicieux, que l’instituteur prétend expliquer l’hébreu par de l’hébreu, et qu’il emploie une orthographe qui, masquant les lettres radicales, ôte le moyen de les reconnaître.

Ma méthode a du moins l’avantage de balayer tout cet imbroglio: parlant à des Européens, j’emploie le langage qui leur est connu; j’applique aux grammaires d’Orient les termes de nos habitudes; le disciple n’est pas effarouché par une nomenclature baroque à laquelle il n’entend rien, et de plus il retrouve dans toutes les formes de la conjugaison les lettres radicales soigneusement conservées.

Cette barbare nomenclature n’est pas la seule maladresse qu’aient commise nos hébraïsans d’Europe; dès le principe, ils en ont commis une autre plus grave en adoptant la vieille méthode des Orientaux qui déraisonnablement ont pris le mot FăL pour type de conjugaison: je dis déraisonnablement, je dois expliquer pourquoi.

Dans la structure du verbe hébreu, arabe, etc., il y a ce mécanisme remarquable, que le verbe n’est considéré comme sain et régulier que quand son mot radical est composé de trois lettres alfabétiques: les grammairiens disent trois lettres; moi, je dis trois syllabes, en priant qu’il me soit accordé d’appeler syllabe une portée de voix, un son entier, soit voyelle simple, soit voyelle vêtue d’une consonne, puisqu’en l’un et l’autre cas, il n’y a qu’un seul temps de voix, une seule prononciation.

Nous disons donc que le mot radical, est composé de trois lettres ou syllabes radicales; maintenant un principe constitutif de la langue veut que ces syllabes soient toujours prononcées en a bref.

Par exemple, le radical étant DBR (il a parlé), ou FQD (il a visité), ces trois lettres doivent être prononcées en a, DaBaRa, FaQaDa: ceci veut une explication.

Les grammairiens hébreux et syriens déclarent que les deux premières lettres seulement se prononcent en a, et que la troisième reste muette (DaBaR, FaQaD); je n’ai rien à leur objecter; ils ont pour eux un usage qui paraît immémorial, et qui existe encore dans l’arabe vulgaire; mais, dans l’arabe ancien, appelé littéral ou Naɦou, la chose se trouve comme je viens de l’établir, c’est-à-dire que la troisième lettre radicale prend toujours une voyelle, d’autant plus nécessaire qu’elle a servi à caractériser divers états du mot, non-seulement dans le verbe, mais encore dans le nom; car, selon que l’on ajoute à un nom l’une des trois petites voyelles a, i, o, ou u, ou l’une des nasales an, on, in, on leur imprime ou on leur confirme un état nominatif, ou génitif, datif, accusatif, etc.

Par exemple:

ARABE ANCIEN ou NAHOU.
NOM. al ou el malek u le   Roi.
GÉN. el malek i du
DAT. l’el malek i au
ACC. el malek a le
VOC. ïa malek a ô
ABL. men el malek i du

On voit ici quelque chose de semblable au latin et encore plus au grec; en ce que, outre les articles le, du, au, qui précèdent le nom (comme font ὁ, τοῦ, τὸν), ce nom reçoit encore les finales ù, i, a, qui, comme ος, ου, ω, ον, ε, servent, pour ainsi dire, par surabondance, à spécifier son cas. Dans le vieil arabe, comme dans le grec et le latin, cette addition suit des règles fixes, tant au singulier et pluriel du nom, qu’aux cas et nombres de son ou de ses adjectifs. Laquelle de ces deux races d’hommes, lequel de ces deux systèmes, le scythique-sanskrit ou l’arabique-chaldéen, doit-on considérer comme inventeur ou comme imitateur d’une telle méthode? C’est une question intéressante et profonde, dont la recherche appartient à d’habiles étymologistes.

Les inventeurs ne se sont pas bornés à qualifier ainsi les noms et les adjectifs: ils ont appliqué aux verbes ces mêmes petites voyelles finales: là elles prennent également un emploi caractéristique des personnes, des genres, des temps; elles y sont affectées l’une au temps passé, l’autre au temps présent, et leur apparition sert à éviter des équivoques qui autrement existeraient; cette méthode est plus scientifique que celle de l’arabe vulgaire, ainsi que de l’hébreu et du syriaque. Laquelle faut-il croire la plus ancienne, la primitive et originelle? Si cette méthode du naɦou est la plus ancienne, l’hébreu est un dialecte populaire dégénéré; si elle est de seconde main et d’invention scientifique, l’hébreu est donc resté dans son état sauvage originel. Mais revenons à notre sujet, à l’examen du mot Radical, composé de trois syllabes dans l’arabe naɦou (DaBaRa, FaQaDa), et de deux seulement dans l’hébreu et le syrien, DaBaR, FaQaD, encore que les grammairiens y déclarent trois lettres[189]. Quand ces trois lettres sont des consonnes ou aspirations, il n’y a pas de difficulté à les construire en a, mais, si elles se trouvent être des voyelles alfabétiques telles que A, i, ω, et ăïn, il y survient nécessairement de l’embarras: or, voilà le cas du mot FăL pris pour modèle des conjugaisons; je répète qu’en ce choix, il y a eu maladresse, malhabileté des grammairiens.

[189] N’est-il pas singulier que cette seconde syllabe QaD et BaR, au lieu d’être ouverte, de se terminer en voyelle, comme il semblerait naturel, soit au contraire fermée par une consonne qui ne sert qu’à étouffer le son, et cela, non pas dans quelques exemples rares, mais dans la grande majorité des verbes hébreux? Un tel mécanisme a-t-il pu être le primitif et originel dont se soient avisés les inventeurs? Cela est d’autant plus difficile à croire, qu’aujourd’hui, par la connaissance acquise d’un très-grand nombre de langues, il paraît que le monosyllabisme a été le plus ancien système; qu’il doit être considéré comme le plus naturel, et comme celui sur lequel se seraient entés les systèmes polysyllabiques par des opérations graduelles provenues du mélange de divers peuples et de leurs langues. Il résulterait de cette idée que tout le système arabico-phénicien serait de formation secondaire, et supposerait une souche de langue et de nation antérieure.

En effet, lorsqu’à ces trois lettres radicales il faut ajouter les petites voyelles, il en résulte cet hiatus choquant, FaăaL: les rabbins disent que, pour l’éviter, ils ont une règle qui à l’ăïn incorpore le petit a et le fait être FaăL; mais d’abord, voilà une règle inutile, puisque, sans cet a (faa), ăïn seul serait ă. Ensuite cet expédient ne purge pas un autre embarras, qui renaît quand le mot passe du prétérit au futur, car alors FaQaD, replié sur lui-même, devient ïaFQoD (il visitera); c’est-à-dire que, plaçant devant lui la lettre ï, l’on attache à cet ï le a de la première consonne F, qui devient muette, et le Q prend un o à la place de a[190]: or comment construire sur ce modèle le mot ïaFăoL? Ici les rabbins disent encore qu’ils ont une règle par laquelle ăïn, affecté de o, devient une voyelle unique prononcée guttural, que je peins ŏ (ïaFŏL); mais c’est une nouvelle complication qui ne sert qu’à masquer la règle générale, et qui laisse le grand inconvénient d’attribuer le rôle de consonne à une voyelle; il est donc constant que ce vieux type du verbe hébreu et arabe est vicieux, et l’on doit savoir gré à ceux de nos modernes qui l’ont écarté et lui ont substitué des types réguliers, tels que FaQaD, dont je vais aussi me servir.

[190] Le Nahou dit iaFQDᴏ ou iaFQŭDŭ.

Note pour les Infinitifs latins.

Quelques grammairiens, en décomposant les infinitifs latins, ont prouvé qu’ils n’étaient pas des mots aussi simples qu’on le croit, mais qu’au contraire ils étaient très-généralement un composé de deux expressions réunies, fondues l’une dans l’autre. Prenant pour exemple les infinitifs, amare, dormire, transire, perire, ridere, agere, etc., ils ont trouvé que la finale re, armée d’une voyelle antérieure qui varie en a, i, e, était primitivement le verbe ire, exprimant l’action d’aller et de marcher, de manière que cette syllabe étant liée à un radical tel que am, dorm, trans, per, rid, ag, il en résultait le sens de aller ou être aimant, aller ou être riant, aller ou être passant, etc.

Dans cet état, il se trouve que le mot de chaque action est un monosyllabe, et qu’il ne devient dissyllabe que par son union à l’instrument commun ire.

Le monosyllabe am offre ici une remarque singulière: comment am signifie-t-il aimer? d’où cette action, cette idée abstraite a-t-elle pu tirer son nom, quand il est de fait que toute idée a pour origine un objet physique qui a reçu son nom, la plupart du temps, par onomatopée? Voici ma conjecture.—Dans tous les idiomes arabiques, le mot écrit am, quoique prononcé om, signifie une mère; cette syllabe est généralement celle qu’énonce l’enfant tendant les bras vers sa mère qu’il désire; cette mère étant devenue l’objet physique désigné par am, ses actions, ses sentimens sont devenus aussi ceux du personnage am; or, comme le plus saillant de ces sentimens est l’affection et la tendresse, il s’ensuit que l’ensemble des actes qui en sont l’effet a dû prendre le nom de agir en mère, avoir les sentimens d’une mère: am-ire ou amare.

Dans le mot rid-ere, rid est le radical, et à certains égards on peut le considérer comme le bruit imitant l’acte de rire.

Per-ire est une idée plus abstraite; aller par, ou aller dans, pris dans le sens de notre mot périr, ne laisse pas d’être vague; ici les idiomes arabiques m’offrent un moyen de solution très-spécieux.

Dans ces idiomes, le verbe ABaD signifie spécialement, il a disparu comme une fumée dans l’air, et il s’est anéanti dans le vague; il est allé dans le néant: n’est-ce pas là précisément le mot latin ire per vacuum? ire per (inane), en inversion, per-ire, il a péri, il a disparu. L’hébreu dit ABaDω BaITiM; on l’a mal traduit en disant, les maisons ont été détruites. Le terme destruere, déconstruire, ne signifie que démolir; l’autre signifie rasées sans traces. Le mot evanuit, il s’est évanoui, trouve ici sa solution, car il n’est que le composé in vanum ivit, il est allé dans le vide, dans le vague (les palais ont péri, les grandeurs se sont évanouies): van-um, jadis uan-um, est ici un radical qui exprime un souffle de la bouche, un vent sans corps, sans réalité; il trouve un analogue remarquable dans le mot arabe FaNi, qui a exactement le même sens. (EL DuNia FaNi), le monde est une vanité, une chose passagère comme le souffle, le vent.

(Dans le radical latin -DRm-ire-, les trois consonnes se trouvent les mêmes que dans le radical hébreu -RDm, sommeil, dormition; cette confusion de rodm avec dorm a d’autres exemples. Aller est l’acte physique et palpable, le plus propre à être pris pour le type de toute action en général: c’est le mouvement personnifié; et le mouvement est la base, l’essence de toute action.)


CHAPITRE VII.


Conjugaisons des Verbes.

Les grammairiens s’accordent à compter au verbe hébreu quatre conjugaisons régulières, au mode actif; trois desquelles ont un mode passif: au total, sept formes régulières[191].

[191] Le savant Albert Schultens en a voulu trouver presque autant que dans l’arabe (qui en a treize); mais ce sont là des subtilités.

Pour première conjugaison, l’on a établi celle où le mot radical se compose de la manière la plus simple et la plus régulière; les anciens prenaient pour type le mot FăL (il a fait); nous prenons FaQaD (il a visité):

Le tableau ci-joint offre sous un coup-d’œil facile tout le jeu de cette conjugaison, qui est aussi la première en arabe et en syriaque.

PREMIÈRE CONJUGAISON ACTIVE.

(Première aussi en arabe.)

TEMPS PRÉTÉRIT.

Répétez FaQaD à chaque ligne.

FaQaD     il a   visité.
id. -ah. elle a
id. -ta. tu as, toi, masc.
id. -te. tu as, toi, fém.
id. -ti. j’ai (de commun genre)
id. -ω. ils ou elles ont
id. -tem. vous avez, masc.
id. -t’en. vous avez, fém.
id. -nω. nous avons (de com. genre)
TEMPS FUTUR.
ia- Fqod     il visitera.
Te-
  elle id.
Te-
  toi, masc. visiteras.
Te-
-i. toi, fém. id.
A-
  je (de commun genre) visiterai.
ie-
-ω. ils visiteront.
Te-
-Neh. elles id.
Te-
-ω. vous, masc. visiterez.
Te-
-Neh. vous, fém. visiterez.
Ne-
  nous (de commun genre) visiterons.
IMPÉRATIF.
Fiqod toi, masc. visite.
Fiqid-i toi, fém. id.
Fiqid-ω vous, masc. visitez.
Fiqod-Neh vous, fém. id.
INFINITIF.
Fiqod
ou
Foqωd
  visiter
ou
visitement.
PARTICIPE.
Foqid masc. visitant.
 
Foqid-ah
ou
Foq’d-at
  fém. visitante.
 
Foqid-im masc. visitans.
Foqid-ωt fém. visitantes.

Le lecteur voit, 1o que l’hébreu commence par la troisième personne singulière masculine du passé et non par la première du présent comme nous faisons;

2o Que c’est sur cette troisième personne que se construisent les autres;

3o Que leur radical -FaQaD- reste le même pour tout, mais que chacune ensuite se caractérise par des lettres ou syllabes, j’ose dire postiches, ajoutées à la fin de FaQaD. Ce mécanisme est d’une grande simplicité.

Il a plu aux rabbins d’ajouter à la deuxième personne singulière un a et un e final pour en caractériser le genre ou sexe: FaQaDTa (toi homme), FaQeDTe (toi femme) as visité: c’est une de leurs imitations de l’arabe nahou; mais, comme l’arabe usuel ignore ou néglige cette perfection, nous pouvons compter que l’hébreu n’a pas été plus recherché.

Pour former le futur, le radical se replie sur lui-même d’une manière particulière; mais, une fois établi, il ne change pas plus qu’au prétérit; il y a entre eux cette différence, qu’au prétérit les lettres qui caractérisent les personnes sont à la fin du mot, tandis qu’au futur elles sont au commencement.

Nous venons de voir qu’au prétérit le radical se construit ou se prononce généralement en a; néanmoins, il y a, comme en toutes choses, des cas d’exception où la seconde voyelle se trouve être un e: par exemple, Hafes, il a voulu, il a désiré; iakol, il a pu; iagor, il a craint: c’est au dictionnaire à faire connaître ces exceptions, qui d’ailleurs jettent un verbe dans la classe des irréguliers.

Les lettres ou syllabes mobiles qui roulent autour du mot, demeuré fixe, sont appelées lettres serviles ou plutôt serviables, parce qu’elles rendent le service d’exprimer les modifications de l’action, et de désigner le genre, le sexe, le nombre, la qualité de l’agent.

Ces lettres serviles sont au nombre de onze, savoir: mšh ω KLB Tn. Leur réunion en ces quatre mots a le mérite de les rendre plus faciles à retenir, à raison du sens qui en résulte: ce sens est moušah (Moyse), et kaleb (le) vaillant.

Il importe de les noter en sa mémoire, afin que l’on puisse, quand les mots se montrent surchargés de lettres, s’assurer de celles qui ne sont point serviles, et qui dès-lors deviennent un moyen de découvrir les radicales: cette opération est une des véritables difficultés de ce langage; mais l’habitude en donne le tact; par exemple, dans le mot ωhŠTҤωh (et il s’est prosterné) Ҥ seul n’est pas servile, et il n’est pas d’abord facile de démêler le radical ŠҤh šaɦah, incliner, courber une chose.

L’hébreu n’a pas d’autres temps que ce prétérit et ce futur: ainsi, lorsque, dans les traductions quelconques, l’on nous donne des imparfaits, des conditionnels, des présens, ce sont des déviations, des altérations réelles du texte.

Les interprètes disent que c’est pour mieux nous le faire entendre; qu’autrement le style roide et rompu de l’original choquerait nos oreilles et nos habitudes: ces excuses ne sont pas recevables; du moment qu’il a plu d’attacher la plus haute importance possible au sens des écritures, l’on n’a pas le droit de modifier le littéral pour nos convenances; on nous ôte le moyen d’apprécier l’intelligence de ces hommes du temps passé, et d’en mesurer la finesse ou la grossièreté, par l’instrument le plus fidèle qu’ils nous en aient laissé.

Dans le futur, il y a équivoque entre les deux termes, toi, homme, visiteras, et elle, femme, visitera, exprimés par le même mot TeFQoD: c’est un défaut de la langue;—le vieil arabe la corrige par ses finales;—il dit:

Tefqod-ŭ toi, homme, visiteras.
Tefqod-i, elle, femme, visitera.

Après le prétérit et le futur, vient le mode impératif qui, à vrai dire, n’est pas un temps. Le lecteur doit remarquer que ses trois radicales F, Q, D, sont précisément les mêmes que dans l’infinitif: leurs petites voyelles, même rabbiniques, ne diffèrent point essentiellement; d’ailleurs l’authenticité de ces voyelles rabbiniques est plus que douteuse, surtout pour la première: jamais, dans l’arabe, la consonne première de l’impératif n’en reçoit, elle est muette; et, pour la prononcer, on place devant elle une voyelle: on dit EFQoD (visite), ou plutôt OFQoD; car par euphonie, le o de QoD convertit en o l’E ou Alef qui est devant F[192].

[192] Dans le syriaque, cette première radicale est muette: on dit FQoD comme d’une syllabe; mais parce que le système rabbinique n’admet point de consonne muette, il attribue ici à l’F un e brévissime, qui n’est que l’équivalent du djazm arabe, ou privation de voyelle, FQoD.

Ne peut-on pas considérer le mot de l’impératif comme un vrai substantif, dont l’énoncé provoque l’acte que l’on demande ou commande?

Ce qu’il y a de sûr, c’est qu’ici, comme dans l’arabe, l’infinitif (selon notre style) n’est qu’une vraie forme de substantif, qui se caractérise plus spécialement dans le second terme FoQωD; il ne reste que le participe, qui est toujours déclinable, et qui, pour l’hébreu comme pour le syrien, est le seul moyen d’exprimer nettement le temps présent.

Les rabbins écrivent le pluriel de visitant FoQiDiIM; mais en DiIM, le petit i est superflu; il suffit de prolonger le grand i pour caractériser l’état. Voyons le passif de cette première conjugaison.

PASSIF DE LA PREMIÈRE CONJUGAISON ACTIVE.

(Répondant à la septième arabe.)

TEMPS PRÉTÉRIT.
Ni- FQed       il a été visité.
Ni-
ha elle a été visitée.
Ni-
Ta tu as été, masc. visité.
Ni-
Te tu as été, fém. visitée.
Ni-
Ti j’ai été visité.
Ni-
ω ils ou elles ont été visités ou visitées.
Ni-
tem vous avez été, m. visités.
Ni-
ten id. f. visitées.
Ni-
nous avons été visités ou visitées.
TEMPS FUTUR.
i- FFaQed       il sera visité.
Ti-
  elle sera visitée.
Ti-
  tu seras, masc. visité.
Ti-
i tu seras, fém. visitée.
a-
ou
ɐ-
 
  je serai visité.
i-
ω ils seront visités.
Ti-
nah elles seront visitées.
Ti-
ω vous serez, m. visités.
T-
nah vous serez, f. visitées.
Ni-
  nous serons visités.
IMPÉRATIF.
he- FFaqed       sois, masc. visité.
he-
i id., f. visitée.
he-
ω soyez, m. visités.
he-
nah id., f. visitées.
INFINITIF.
he- FFaqed       l’être visité
ou
visitation reçue.
PARTICIPE.
Ni- F’qad     masc. visité.
Ni-
  ah
ou
at
fém. visitée.
Ni-
im m. visités.
Ni-
ωt f. visitées.
(Ou bien),
  Foqωd     étant visité.
 
eh id. visitée.
 
im id. visités.
 
ωt id. visitées.

La première conjugaison active a un passif qui répond à la septième conjugaison arabe: ce passif se forme très-simplement, en mettant la lettre N ou syllabe Ni devant les trois radicales que les rabbins veulent écrire FeQaD; mais, parce que le petit e se trouve brévissime, l’on doit regarder le F comme muet, et dire NiFQaD: ainsi établi, ce mot reste le même à toutes les personnes du prétérit, qui ne se caractérise qu’en y ajoutant les lettres finales que l’on voit posées dans la colonne qui le suit: NiFQaD-ah, elle a été visitée.

NiFQaD-Ta, masc. tu as été visité; NiFQaD-Te, fém. tu as été visitée, etc., etc.

Je répète ici mon observation que ces deux finales a, e sont de l’invention des rabbins, imitées de l’arabe; je n’en ferai plus mention.

Pour le futur, l’on nous donne le mot IFFaQeD ou IaFFaQeD; il y a ici une irrégularité digne de remarque: la lettre N étant le signe propre du passif, son prétérit NiFQaD devrait faire Tan-FaQeD au futur; pourquoi l’N est-il supprimé et l’F redoublé? dira-t-on que c’est par une règle semblable à celle du latin dans les mots irruere, irrumpere, irradiare, irrigare, qui sont réellement in-ruere, in-rumpere, in-radiare, in-rigare? mais si, dans l’hébreu, le redoublement des lettres F, F, n’a d’autre autorité que le bon plaisir des rabbins, et le petit point furtivement et tardivement inséré dans la lettre; si le doublement de lettres n’a point eu lieu dans l’idiome syriaque plus ancien et plus répandu, si enfin, dans plusieurs cas, l’hébreu ne craint pas d’écrire double une même lettre, comme on le voit dans saBaB, GaLaL, etc., l’on a droit de croire que c’est encore ici une règle factice et posthume imitée des Arabes ou autres étrangers.

Quoi qu’il en soit, iaFFaQeD nous étant donné pour troisième personne, les autres se caractérisent toutes par les lettres antécédentes que l’on voit dans la colonne première, et quelques-unes par des lettres finales placées dans la troisième.

L’impératif et le participe n’offrent rien de particulier digne de remarque.

DEUXIÈME CONJUGAISON ACTIVE.

(Répondant à la deuxième arabe, signifiant je ferai faire.)

TEMPS PASSÉ.
  Fiqqed     il a   visité fréquemm.

ah elle a

ta tu as, masc.

te tu as, fém.

ti j’ai

ω ils ou elles ont

tem vous avez, masc.

ten vous avez, fém.

nous avons
FUTUR.
ie- Faqqed     il   visitera fréquemm.
te-
  elle id.id.
te-
  tu, masc. visiteras fréq.
te-
-i tu, fém. id.id.
a-
  je visiterai fréq.
ie-
ils visiteront id.
te-
-nah elles id.id.
te-
vous, masc. visiterez fréq.
te-
-nah vous, fém. id.id.
ne-
  nous visiterons fréq.
IMPÉRATIF.
  Faqqed     masc.   visite fréquemm.

-i fém. id.id.

masc. visitez fréq.

-nah fém. id.id.
INFINITIF.
  Faqqed         le visiter fréq.
ou
le visitement.
PARTICIPE.
me- Faqqed     masc.   le visiteur.
me-
  ah
ou
at
fém.   la visiteuse.
me-
-im masc.   les visiteurs.
me-
-ωt fém.   les visiteuses.
TEMPS PRÉTÉRIT.

Nos trois radicales prennent ici la forme de FiqqeD, en redoublant la lettre du milieu par une règle dont je viens de contester l’authenticité: il appartient aux savans professeurs allemands de prononcer sur cette question, sur laquelle j’appelle leur impartialité; provisoirement je laisse subsister la forme usitée.

On voit ici le temps prétérit caractérisé dans ses diverses personnes par les lettres finales qui lui sont ajoutées.

Le futur donne IFFaQQeD ou ïaFaQQeD qui, pour caractériser ses diverses personnes, place pour chacune, une lettre ou syllabe avant le mot, et qui pour quelques-unes ajoute encore une syllabe après le mot.

L’impératif, le participe et l’infinitif n’ont rien de particulier: mais il est utile de remarquer qu’à dater de cette seconde conjugaison inclusivement, toutes les autre actives et passives placent une M devant le participe, ou, si l’on veut, caractérisent le participe par un m qui le précède.

PASSIF DE LA DEUXIÈME CONJUGAISON ACTIVE.

(En arabe, elle répond à la forme passive de Faqad, Foqad il a été visité.)

TEMPS PASSÉ.
  Foqqad     il a été   revisité.
Foqqed -ah elle a été revisitée.

-ta tu as été, m. revisité.

-te tu as été, f. revisitée.

-ti j’ai été revisité ou ée.
Foqqed ils ou elles ont été   revisités.
ou
revisitées.

-tem nous avons été, m.   revisités.

-ten vous avez été, f. revisitées.
Foqqed -nω nous avons été revisités ou ées.
FUTUR.
ie- Foqqad     il sera   revisité.
Te-
elle sera revisitée.
Te-
tu seras, m. revisité.
Te-
-i tu seras, f. revisitée.
A-
  je serai revisité ou ée.
ie-
  ils seront revisités.
Te-
-nah elles seront revisitées.
Te-
vous serez, m. revisités.
Te-
-nah vous serez, f. revisitées.
Ne-
  nous serons revisités ou ées.
IMPÉRATIF.
(N’existe pas.)
INFINITIF.
  Foqqod     l’être revisité
ou
revisitation.
PARTICIPE.
me- Foqqod     masc.   le revisité.
me-
-ah fém. la revisitée.
me-
-im masc. les revisités.
me-
-ωt fém. les revisitées.
TEMPS PRÉTÉRIT.

Ici notre radical prend la forme de Foqqad; les rabbins veulent qu’au féminin de la troisième personne il devienne Foqqed: cela est sans utilité comme sans autorité: le lecteur qui s’habitue à cette marche du verbe, n’a pas besoin de nouvelles explications pour ce tableau; les conjugaisons III et IV qui suivent ne demandent également que d’être étudiées chacune sur son tableau; la quatrième n’a point de passif.

Sur la troisième il est nécessaire de remarquer une irrégularité capable d’embarrasser tout novice: on voit que cette conjugaison se caractérise par le h ou par le hi attaché devant le radical (hi FQID). Le participe devrait être M’hiFQiD, et cela n’est pas. Le h s’est éclipsé sous l’M, pour éviter le hiatus, et l’on dit MeFQiD; voilà pour ce qui concerne les verbes réguliers: avec des formes simples dans leurs bases, il y a néanmoins un art d’invention ingénieux dans les combinaisons; maintenant le lecteur dont la mémoire souple a pu retenir les mots radicaux des sept formes de verbes que je viens d’exposer, entendra facilement la méthode usuelle de les désigner, en disant la conjugaison-FaQaD, au lieu de première active et son passif NiFQaD; la conjugaison FiqqeD, au lieu de la deuxième active et son passif FoqqaD, etc. Ces mots lui rappelleront comment les trois lettres radicales se combinent avec les petites voyelles et deviennent ainsi les modèles de tout autre verbe qui leur ressemble; alors seulement il comprendra ce qu’a voulu dire la formule ordinaire de FaăL, Fiel, HiFiL, HiFaeL, etc., en même temps qu’il apercevra combien elle est vicieuse, puisqu’elle masque entièrement le rôle que joue ou doit jouer la seconde radicale aïn que l’on n’aperçoit plus nulle part. On dirait que les adeptes de cette science ont pris à tâche de la rendre obscure et d’en faire une branche de la science cabalistique.

TROISIÈME CONJUGAISON ACTIVE.

(En arabe afqad, il a fait désirer.)

TEMPS PASSÉ.
hi- FQîD -ah   il a   fait visiter.
hi- id. -ta elle a
hi- FQaD -te tu as, m.
hi- FQaD   tu as, f.
hi- id.   j’ai
hi- id. ils ou elles ont
hi- FQîD -tem vous avez, m.
hi- FQaD -ten vous avez, f.
hi- id. -nω nous avons
FUTUR.
ia- FQîD     il fera   visiter.
ta-
  elle id.
ta-
-i tu, m. feras
ta-
  tu, f. feras
a-
  je ferai
ïa-
-nah ils feront
ta- FQeD elles id.
ta-
-nah vous, m. ferez
ta- FQeD   vous, f. id.
na-
  nous ferons
IMPÉRATIF.
ha- FQeD     masc. fais visiter.
ha- FQîD -i fém. id.
ha- FQîD masc. faites visiter.
ha- FQeD -nah fém. id.
ha- FQîD
le faire visiter.
PARTICIPE.
ma- FQîD   masc. faisant visiter
ma-   FîQD
ou
FQeD
  -ah.
ou
at
  fém. id.
ma-
-im m. les faisant visiter.
ma-
  f. id.

PASSIF DE LA TROISIÈME CONJUGAISON ACTIVE.

TEMPS PASSÉ.
ho- FQaD     il a été   fait visiter.
ho- FQeD -ah elle a été
ho-
-ta tu as été, m.
ho-
-te tu as été, f.
ho-
-ti j’ai été
ho-
ils ou elles ont été
ho-
-tem vous avez été, m.
ho-
-ten vous avez été, f.
ho-
-nω nous avons été
FUTUR.
io- FQaD     il sera   fait visiter.
to-
  elle sera
to-
  tu seras, m.
to- FQeD -i tu seras, f.
ao-
  je serai
io-
ils seront
to-
-nah elles seront
to- FQeD vous serez, m.
to-
-nah vous serez, f.
no-
  nous serons
IMPÉRATIF.
(N’existe pas.)
INFINITIF.
ho- FQeD
être fait visiter.
PARTICIPE.
mo- FQaD     masc.   étant fait visiter.
mo-
-ah fém.   id.
mo-
-im masc.   les étant-fait
  ou
mo-
-ωt fém. les fait-visiter.

QUATRIÈME CONJUGAISON ACTIVE.

(Équivalant au passif j’ai été visité, analogue à l’arabe toFaqqad.)

TEMPS PASSÉ.
hit- FaQQeD     il s’est   visité (soi-même).
hit-
-ah elle s’est
hit-
-ta tu t’es, m.
hit- FaQQaD -te tu t’es, f.
hit-
-ti je me suis
hit-
ils ou elles se sont
hit-
-tem vous vous êtes, m.
hit-
-ten vous vous êtes, f.
hit-
-nω nous nous somm.
FUTUR
it- FAQQeD     il se   visitera.
Tit-
  elle se id.
Tit-
  tu te, m. visiteras.
Tit-
-i tu te, f. id.
at-
  je me visiterai.
it-
ils se visiteront.
Ti-
-nah elles se id.
Tit-
vous vous, m. visiterez.
Tit-
-nah vous vous, f. id.
Nit-
  nous nous visiterons.
IMPÉRATIF.
hit- FaQQeD     masc.   visite-toi.
hit-
-i fém. id.
hit-
masc. visitez-vous.
hit-
-neh fém. id.
INFINITIF.
hit- FaQQeD
  se visiter
ou
le visitement
de soi-même.
PARTICIPE ADJECTIVÉ.
mit ou met- FaQQeD     masc. se visitant.
mit ou met
-ah fém. id.
mit ou met-
-im masc. les se visitant.
mit ou met-
-ωt fém. id.

§ VII.
Observations et remarques générales.

Les grammairiens ajoutent à ces conjugaisons plusieurs remarques dont quelques-unes sont nécessaires, d’autres tout-à-fait inutiles.

J’appelle inutiles la plupart de celles qui donnent des règles pour les changemens des petites voyelles ou points-voyelles; par exemple, ils ordonnent dans le cours d’une phrase de prononcer TiGNeBω (vous déroberez); mais à la fin du verset et devant toute pause, ils veulent que l’on dise TiGNoBω.

Si la langue était parlée, il y aurait à cela utilité et autorité; mais comme elle est morte, qu’ils ne savent rien du fait et que le sens reste le même, cette règle et ses semblables doivent tomber nulles. Ajoutez que, pour la clarté du précepte, ils vous disent de substituer Kibuts devant athNak.

En hébreu, comme en arabe et syriaque, on ajoute quelquefois par emphase une N à la fin du verbe, terminé en ω; par exemple, au lieu de ïedăω (ils ont connu), on dit ïedăωn; au lieu de TaKrotω (vous couperez), on dit Takrotωn: le sens est le même avec plus d’affirmation.

Il arrive aussi que l’on ajoute un H final, par exemple, au lieu de BagaDt, on dit Bagadtah, tu as prévariqué; au lieu de mer, on dit merah, j’observerai.

L’emploi de ce h final ne me semble pas le même dans ce qui suit: par ex., au lieu de LMoŠeH, valant en français pour oindre (en latin ad unguendum), on dit LMoŠeHah; mais ici le h final n’est-il pas le signe d’un féminin substantif, et ne signifie-t-il pas proprement pour onction?

Dans la première conjugaison, lorsque la troisième radicale du verbe est un T comme KaRaT (il a coupé), la première et la deuxième personne exigent l’addition d’un autre T qui les caractérise: on doit dire KaRaTTi, j’ai coupé; KaRatt, tu as coupé; KaRaTTom, vous avez coupé: l’Hébreu n’écrit pas cette lettre double, mais les rabbins l’indiquent en posant dans le T l’insensible point qui est le signe du redoublement; nous, qui pouvons redoubler les lettres, nous n’en avons pas besoin.

Si le verbe finit par une N, comme Natan (il a donné), l’on devrait dire NaTaNT-Tom, vous avez donné; mais l’Hébreu écrit et dit par élision et euphonie NaTaTTi, NaTaT-Tom, ce qui devient d’autant plus obscur, qu’outre l’N supprimée, le redoublement du T n’est marqué que par un petit point.

Sur la troisième conjugaison ᴏFQaD, si la première radicale est ăïn, cette voyelle ne subit pas de changement au participe, et l’on dit MoăMad, établi: voilà encore une exception; dans la conjugaison quatrième (HiTFaqqaD), si la première lettre du radical est une des consonnes N, D, T, Ԏ, il y a élision d’abord du T dans HiT et même d’un second T qui serait caractéristique; par ex., au lieu de HiT-TNaBBeTI, j’ai prophétisé, on dit HiNNabeTI; au lieu de MiTDaBBeR, conservant, on dit middaber.

Si cette première radicale est une des quatre consonnes sifflantes z, s, š, ṣ, le T de HiT passe après elle; par ex., saBaL, il a chargé, on devrait dire HiTSaBBeL, et l’on dit HiSTaBBeL, il s’est chargé: ŠaBaҤ, il a loué; on devrait dire HiT-ŠaBBaҤ, et l’on dit HiŠTaBBaɦ.

Si la première lettre est un z ou un ṣad, ces deux lettres, outre qu’elles se déplacent, s’altèrent encore; savoir: Z en D, et ṣad en ԏêta. Par exemple: ṣaDaQ, il a été juste, au lieu de HiTṢaDDeQ, fait—HiTaDDeQ, il s’est justifié; zamer, il a préparé,—au lieu de HiTZaMMeR, fait HiZDaMMeR, il s’est préparé.

Ces règles d’exceptions ne laissent pas que de compliquer le système et rendre la langue plus difficile: seulement elles ont le mérite, dans le cas présent, de nous indiquer la prononciation des diverses lettres que je viens de citer, et cela au moyen de l’analogie que suppose leur permutation réciproque: les grammairiens citent encore nombre d’autres règles relatives aux permutations des petites voyelles ou points-voyelles; mais les unes n’ont aucune utilité, et les autres appartiennent aux règles des verbes irréguliers dont je vais traiter.