WeRead Powered by ReaderPub
L'ami cover

L'ami

Chapter 92: QUITTE TA FAMILLE ET TA PATRIE !
Open in WeRead

Explore more books like this:

About This Book

Recueil de méditations et de causeries spirituelles où l'auteur met en scène une présence fraternelle qui console, guide et éclaire face à la douleur et aux épreuves. À travers préfaces, réflexions et dialogues intérieurs, l'ouvrage propose des conseils pratiques et des pensées morales sur la souffrance, la foi, la solidarité et la recherche du sens, alternant exhortation, confidences et observations sur la vie quotidienne. Destiné aux lecteurs en quête de réconfort moral, il insiste sur la valeur de la communion des peines, la simplicité d'une foi vécue et l'importance de l'entraide pour traverser les crises personnelles.

QUITTE TA FAMILLE ET TA PATRIE !

— J’ai de toute forme ancienne une vénération invincible. Elle s’étend aux vieux meubles et même aux vieux habits. Et pour les symboles vénérables de la foi des pères, mon respect est plus grand encore. Pourquoi toute ma vie a-t-elle consisté en adieux ?

L’Ami. — Ne te plains pas ! Il en est qu’une voix appelle à quitter leur famille et leur patrie. Que chacun écoute sa voix ! A ceux qui savent lui être fidèles, l’humanité doit tous ses abris. Le sort de ceux qui les trouvent ou les construisent est d’avoir dû souvent coucher à la belle étoile. Cela aussi est nécessaire, et si tu paies ainsi ta dette, ne le regrette pas ! Après tout, les vieux symboles ne valent que par leur esprit, et celui-là ne peut se perpétuer que si quelques-uns ont le courage de le suivre partout, même au delà de la lettre. L’essentiel est de rester fidèle à l’inspiration première. As-tu songé parfois que pour obéir à l’esprit du maître qui vous dit : « Va », il faut s’éloigner de lui selon la chair ? Partir pour demeurer près de lui « en esprit », voilà ta vie d’adieux et de fidélité ! Qui est le plus fidèle aux traditions des Pères ? Celui qui respecte leur demeure au point de ne la point réparer, sous prétexte qu’il faudrait y toucher, ou celui qui hardiment y met la main et répare ? Qui est le plus fidèle encore aux mêmes traditions ? Celui qui voyant la maison menacer ruine, la quitte et en construit une autre, comme ses pères jadis, ou celui qui se cramponne aux murs croulants, au toit délabré, dût-il y perdre la santé et la vie et celles de ses enfants ?

Cette question se répond à elle-même.

Va, ne pense pas aux pères avec tristesse. Pionniers ils furent, ils aiment les pionniers. Ils reconnaîtront leur sang.

— Ce ne sont pas les Pères que je redoute, ni le Christ, ni les Prophètes, ce sont les frères, mes contemporains, chair de ma chair et qui croient servir Dieu en nous appelant des infidèles. Je souffre de leur exclusion bien plus que si elle était juste.

L’Ami. — Les frères n’ont jamais apprécié les travailleurs d’avenir. C’est une loi du monde qu’il faut subir en homme. Ne demande pas l’impossible aux autres, ni même ce qui est difficile ! Aime-les, mais ne les écoute pas ! N’écoute que la voix qui, depuis Abraham, a dit aux croyants : « Je suis le Dieu tout-puissant, marche ! »