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L'Architecture romane

Chapter 8: CHAPITRE IV
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About This Book

A methodical survey of Romanesque architecture that explains the modern use of the term and synthesizes archaeological, stylistic, and constructional evidence for the period between classical antiquity and later medieval forms. It describes materials and building techniques such as masonry, arches, and vaulting, analyzes spatial arrangements and decorative programs, and compares regional variants. The work also summarizes contemporary scholarly approaches and restoration practices, assembling descriptive examples and illustrations to offer a clear, pedagogical overview for readers interested in the development and features of early medieval ecclesiastical and secular building traditions.

FIG. 9.—THERMES D’ANTONIN CARACALLA, A ROME.—LE FRIGIDARIUM.

(D’après la restauration de Viollet-le-Duc.)

d’appui principaux. Quant aux voûtes, les arcs de tête sont en grandes briques sur deux rangs ordinairement et les remplissages en béton composé de mortier et de pierre ponce.

Après cette construction si simple, si économique et d’une exécution si rapide, les architectes ont élevé leurs portiques formés de colonnes et d’entablements en marbre. Les murs, les piles et les voûtes sont partout à l’intérieur revêtus de marbre, de stuc ou de mosaïque et cette masse grossière a été revêtue d’un splendide manteau embelli du plus somptueux ornement.

La grande salle circulaire, le Caldarium des Thermes de Caracalla, avait plus d’un point de ressemblance avec la rotonde d’Agrippa dans sa forme ainsi que dans son mode de construction; mais si les détails sont moins purs, elle n’en reste pas moins un sujet d’étude des plus intéressants au point de vue de la construction des temples ronds.

Les Thermes d’Antonin Caracalla, un des plus beaux exemples du génie romain, de la science des architectes du IIIᵉ siècle et l’un de ceux qui marquent le mieux la puissance de ce grand peuple bâtisseur, inspirèrent les architectes de Rome et de la Syrie dès le IVᵉ siècle, plus tard les constructeurs de Sainte-Sophie et plus près de nous ceux de Saint-Marc à Venise.

L’influence est visible, car on retrouve dans les grands édifices élevés à Rome, en Orient et en Italie du IVᵉ au XIᵉ siècle, non seulement les détails des profils et de la décoration, mais encore la tradition monumentale adoptée et suivie par les Romains, surtout en ce qui concerne le parti architectural des grands arcs,

FIG. 10.—THERMES D’ANTONIN CARACALLA, A ROME.—LE TEPIDARIUM.

(D’après la restauration de Viollet-le-Duc.)

subdivisés par des colonnes ou des arcades. Il en est de même pour les moyens de bâtir, consistant dans la construction des points d’appui et des murs en matériaux grossiers, revêtus ensuite de matériaux purement décoratifs.

CHAPITRE IV

LE PANTHÉON DE ROME ET LE PALAIS DE SARVISTAN (PERSE).

Avant de reprendre l’ordre chronologique, qui facilite si bien l’étude des grandes époques de l’histoire de l’architecture, il est utile de retourner en arrière afin d’analyser une des plus belles œuvres des architectes romains: le Panthéon de Rome, qui doit être considéré comme le plus parfait des temples ronds.

Cette analyse éclairera la recherche des imitations qu’en ont faites, dans la suite des siècles, les constructeurs d’Orient et d’Occident. Elle permettra de comprendre les transformations qu’ils ont fait subir à ce type admirable pour arriver, après bien des tâtonnements, à la coupole parfaite, point de départ d’un système de voûtement dont l’application a produit au moyen âge de si grands et de si beaux ouvrages d’art.

Il faut même remonter beaucoup plus haut, au IVᵉ siècle avant Jésus-Christ, pour trouver, chez les Perses, sinon l’origine, tout au moins une des plus anciennes applications de la coupole circulaire élevée sur plan carré.

Dès le temps de la république, les Romains avaient élevé quelques petits monuments sur plan circulaire, couverts par des voûtes hémisphériques en béton. C’est ainsi qu’est construite la cella du temple de Vesta, à Tivoli; mais dès le commencement de l’empire, ce genre de construction prit des développements inconnus jusqu’alors.

FIG. 11.

LE PANTHÉON DE ROME.

(Plan.)

Agrippa fit bâtir le premier des thermes magnifiques, à Rome, dans la neuvième région. Fit-il en même temps élever la vaste salle sur plan circulaire, connue sous le nom de Panthéon, qui touchait à ces thermes sans être toutefois en communication directe avec eux[2]? Quoi qu’il en soit, Dion affirme qu’Agrippa acheva le Panthéon l’an 729 de Rome, soit l’an 24 avant l’ère chrétienne; mais cet achèvement concerne le portique élevé après coup devant la porte de la rotonde, ainsi que le constate l’inscription qu’on lit encore sur la frise de ce portique. Qu’Agrippa ait élevé le Panthéon, ou qu’il l’ait seulement décoré: à l’intérieur d’une splendide ordonnance de marbre et à l’extérieur d’un portique en granit gris et en marbre blanc, ce qu’il est facile de voir et ce qui nous importe, c’est de constater combien la construction de cette salle et sa décoration forment deux parties distinctes.

Ainsi enrichie par les soins d’Agrippa, la Rotonde fut dédiée à Jupiter vengeur. Le diamètre de la salle est, à l’intérieur, de 43ᵐ,40 et le mur circulaire, qui porte la voûte, a 5ᵐ,40 d’épaisseur, soit environ le septième du diamètre du cercle intérieur. Du pavé au sommet de la voûte on compte 44ᵐ,40; le diamètre est ainsi égal, à peu de chose près, à la hauteur intérieure de tout l’édifice. Le mur circulaire n’est pas plein; outre la porte d’entrée, il est évidé à l’intérieur par sept grandes niches: quatre rectangulaires et trois semi-circulaires.

Entre ces allégissements sont disposées au rez-de-chaussée huit niches en demi-cercle et, à la hauteur de la naissance de la voûte, seize vides qui s’ouvriraient sur le dehors s’ils n’étaient fermés par un mur de remplissage peu épais.

Il n’est pas de construction mieux raisonnée au point de vue de la durée et de la solidité; elle est entièrement parementée en grandes briques avec remplissage en blocage dans les massifs, suivant la méthode romaine, avec bandeaux en marbre[3].

La voûte prend naissance à 22ᵐ,50 au-dessus du sol intérieur, c’est-à-dire à peu près à la moitié totale de

FIG. 12.—LE PANTHÉON DE ROME. (Coupe longitudinale.)

la hauteur sous-œuvre. Nous ne donnons pas ces dimensions sans raison; elles font voir que les Romains possédaient certaines formules applicables aux vides des édifices, qu’ils établissaient des rapports exacts entre les hauteurs et les largeurs de ces vides et qu’ils soumettaient l’apparence extérieure de leurs monuments aux dispositions prises dans les intérieurs.

FIG. 13.—COUPOLE DU PANTHÉON DE ROME.

(Détails de construction de la voûte.)

La voûte semi-sphérique qui couronne le mur évidé formant la muraille circulaire de l’édifice est bâtie en briques et en blocages; les briques, noyées dans l’épaisseur, tiennent lieu de nervures à la voûte, allégée par cinq rangs de caissons évidés dans la concavité intérieure.

Le mur circulaire, grâce aux vides ménagés dans son épaisseur, n’est qu’un composé d’arcs de décharge reportant toutes ses pesanteurs sur seize massifs principaux.

C’est tout un système de construction qui impose des lois à l’architecture, avant que l’architecte ne songe à la décoration du monument[4].

Il est facile de reconnaître d’abord que la partie purement décorative ne fait pas corps avec la structure, car cette décoration, faite après coup, ne se compose que d’un placage qui ne contribue pas à la solidité de l’édifice; puisqu’il n’existe plus, comme dans les constructions grecques, une alliance intime, absolue, entre la construction et le vêtement décoratif qu’elle reçoit.

En étudiant la construction de cette immense rotonde, on voit avec quel soin l’architecte a évité les masses inutiles et avec quelle science il a combiné les pleins et les vides, ceux-ci contribuant à assurer la rigidité du mur circulaire en reportant les charges sur des points déterminés et en multipliant les surfaces résistantes; à la naissance de la voûte, une série de contreforts, coupant les voûtes en quart de sphère et des berceaux bandés parallèlement au mur circulaire, maintient puissamment la grande coupole hémisphérique (fig. 13).

Le Panthéon compte, très justement, parmi les chefs-d’œuvre de l’architecture romaine. Il fut construit en l’an 26 avant Jésus-Christ, par l’architecte Valerius d’Ostie. Nous avons vu précédemment les dimensions colossales de cette vaste salle et la décoration qui y fut appliquée après sa construction; l’attique, orné de pilastres, qui, à l’origine, surmontait les colonnes a été remplacé par les cariatides de Diogène. Une petite corniche sépare cet attique de la coupole qui s’élève d’un jet jusqu’à l’ouverture circulaire, large de sept mètres, d’où tombe un flot de lumière. Cet éclairage unique, glissant sur les caissons de la coupole et laissant les grandes niches dans une ombre mystérieuse, la régularité grandiose de l’ordonnance et la beauté de la matière donnent au solennel édifice un aspect extraordinairement majestueux.

 

Le palais de Sarvistan, construit au IVᵉ siècle avant Jésus-Christ[5], s’élève à l’extrémité d’une plaine déserte traversée par la vieille route des caravanes, conduisant de Chiraz à Darab-Guerd et à Bender-Abbas.

FIG. 14.

PALAIS DE SARVISTAN (PERSE).

(Plan.)

(D’après les dessins de M. Dieulafoy.)

Les murs du monument sont construits en moellons bruts posés à bains de mortier; à l’intérieur, ils étaient recouverts d’un enduit en plâtre. Les coupoles et les voûtes en berceau—bâties en briques carrées de 8 centimètres d’épaisseur et de 27 centimètres de côté, très grossièrement fabriquées, mais très solides, grâce à la qualité de la terre qui a pris, par la cuisson, une extrême dureté—sont encore en grande partie debout, ainsi que les murs, malgré la fréquence des tremblements de terre.

FIG. 15.—PALAIS DE SARVISTAN (PERSE). (Coupole.)

(D’après les dessins de M. Dieulafoy.)

La construction tout entière se développe autour d’une salle ornée dont le rôle prépondérant est accusé: au dehors par une haute coupole, et au dedans par les vastes proportions du vaisseau et la largeur des baies percées au milieu des faces. Deux des entrées s’ouvrent sur les galeries extérieures: la première, située dans l’axe général de la construction, est précédée d’un porche composé de trois travées dissemblables; la seconde vient à la suite d’un vestibule communiquant avec le porche et une pièce voûtée.

«La partie la plus intéressante de l’édifice, celle qui mérite par cela même d’être étudiée avec le plus grand soin, est sans contredit la grande salle et l’ensemble des voûtes qui les surmontent.

«Le dôme, construit entièrement en briques, est de forme ovoïde. Il repose sur quatre trompes bandées entre les angles et sur quatre pendentifs qui raccordent la base de la coupole avec les trompes et les faces verticales des murs. Tout cet ensemble est soutenu par quatre grands arceaux elliptiques au milieu et au fond desquels s’ouvrent les portes...

«Le monument de Sarvistan est bien simple d’aspect; cependant il est du plus haut intérêt, car son étude éclaire d’un jour tout nouveau l’histoire de la coupole sur pendentifs dont Sainte-Sophie nous offre un des exemples les plus célèbres[6]....»

CHAPITRE V[7]

TRANSFORMATION DES BASILIQUES CIVILES.—ORIENTATION DES BASILIQUES ET DES ÉGLISES CHRÉTIENNES.

Dès les premières années du IVᵉ siècle, après la promulgation du célèbre édit rendu à Milan en 313, et par lequel Constantin proclama le christianisme religion de l’Empire, les architectes chrétiens comprirent le parti qu’ils pouvaient tirer des basiliques civiles admirablement disposées pour recevoir un grand nombre d’hommes et, avant de construire de toutes pièces les temples de la religion nouvelle, ils approprièrent pour l’exercice du culte nouveau les diverses parties des édifices anciens qu’ils avaient à leur disposition.

De par les Constitutions apostoliques l’église devant représenter la barque de saint Pierre, l’avenue centrale de la basilique devint la nef.

Des balustrades ou des murs d’appui la divisaient en deux parties.

Au bas de la nef était le pronaos, emplacement destiné aux catéchumènes et à une certaine classe de pénitents; en un mot, à tous les membres de la communauté chrétienne qui, ne pouvant entendre qu’une partie des offices, étaient tenus de sortir de l’église avant la consécration.

Plus haut, vers le transsept, se trouvait le chœur—chorus,—espace entouré d’une cloison basse dans laquelle étaient disposés des ambons, ou pupitres, pour la lecture, par les diacres, des Saintes Écritures; à cette place se tenaient les chantres, les instrumentistes, les exorcistes et de nombreux acolytes qui composaient avec eux le bas clergé des basiliques.

A l’extrémité de la nef, au centre du chalcidique, ou transsept, donnant au plan basilical la forme d’un T ou d’un tau, figure pour laquelle les chrétiens eurent une prédilection particulière parce que le tau était l’image de la croix, se trouvait l’emplacement de l’autel, le sanctuaire, l’altarium ou sacrarium, la place des diacres et des sous-diacres.

L’autel était placé au milieu, entre l’hémicycle ou abside ménagée dans le mur du fond et l’arc triomphal s’ouvrant dans la nef.

L’hémicycle ou abside, qui avait été jadis le tribunal, devint l’emplacement des prêtres ordonnés; c’est pourquoi on le trouve désigné sous le nom de presbyterium. Un banc circulaire, interrompu au milieu par un siège plus élevé, consistorium, contournait le mur du fond. La place éminente, suggestus, était celle de l’évêque ou du dignitaire qui en tenait lieu.

Les galeries latérales ou bas côtés recevaient l’assistance. Les dénominations de plaga ou de porticus étaient communes à l’une et à l’autre; on les distinguait par l’épithète de dextera et læva, droite ou gauche; ou par le déterminatif virorum, mulierum, parce que les sexes étaient séparés dans l’église et que les hommes devaient occuper la droite et les femmes la gauche; mais la détermination de la droite et de la gauche des églises a été de bonne heure une cause de confusion parce que l’orientation des églises a changé et que les liturgistes du moyen âge s’attachèrent à la lettre des anciens textes sans tenir compte de ce changement.

On n’eut pas d’abord d’idée arrêtée sur l’orientation des basiliques, car les plus anciennes de Rome ont leurs façades tantôt au nord, et tantôt au sud, à l’est ou à l’ouest.

Une des constitutions de la fin du Iᵉʳ siècle, attribuées à saint Clément, veut que le prêtre regarde l’orient pour accomplir la consécration. Cette prescription paraît avoir déterminé la situation de l’église telle qu’on la voit encore à Saint-Pierre du Vatican et à Saint-Jean-de-Latran, c’est-à-dire la façade tournée à l’est. Le prêtre célébrait derrière l’autel, regardant l’assistance, les hommes à sa droite, c’est-à-dire au midi, les femmes à sa gauche, c’est-à-dire au nord; aussi les bas côtés, droit et gauche, furent-ils déterminés par les épithètes australis et septentrionalis.

Au Vᵉ siècle, l’orientation contraire fut préférée. Les basiliques présentent leur façade à l’ouest pour se conformer à la règle qui voulait que le prêtre tournât le dos à l’assistance. Cela fit que la droite de l’église devint celle du prêtre, c’est-à-dire au midi. Mais, chose singulière, la droite et la gauche de l’autel restèrent comme auparavant, la droite au nord, la gauche au midi; car il a toujours été entendu que l’évangile se lisait à droite de l’autel et l’épître à gauche,—c’est-à-dire l’évangile paraissant à gauche pour l’assistant tourné vers l’autel.

De là s’est produite une confusion dans l’esprit de quelques auteurs qui, ne comprenant pas que l’attitude de l’église pût différer de celle de l’autel, ont mis la droite de l’église au nord. La même interversion eut lieu pour le placement des fidèles. La basilique de Saint-Apollinaire-le-Neuf, à Ravenne, édifice du VIᵉ siècle qui a sa façade à l’ouest, en fournit la preuve.

La décoration principale de ce bel édifice consiste en une frise immense où sont représentées en mosaïque les figures des saints et des saintes. Or les saintes, qui devaient être vues par les femmes, occupent le mur septentrional de l’église, tandis que le mur méridional est occupé par les saints. Donc les hommes étaient dans le bas côté nord, c’est-à-dire du côté de l’évangile, et les femmes dans le bas côté sud, c’est-à-dire du côté de l’épître. C’est par l’effet de la fausse interprétation, signalée dans le paragraphe précédent, que cet ordre fut changé dans les siècles suivants.

CHAPITRE VI

ABSIDE.—BASILIQUE A TROIS MEMBRES.—NEF ET BAS COTÉS.—FAÇADE.—BAPTISTÈRE.—TOUR-LANTERNE.—CLOCHER.—DÉPENDANCES EXTÉRIEURES DES BASILIQUES.

Dans les premiers temps de l’Église chrétienne, l’abside changea de destination; elle cessa d’être le presbyterium pour devenir le martyrium, c’est-à-dire le lieu où reposait le corps du saint patron de la basilique, ou la relique à qui s’adressait particulièrement la dévotion du lieu. Il en était ainsi, avant l’an 500, dans l’église primitive de saint Martin à Tours, et cet usage se répandit dans les siècles suivants.

L’abside primitive n’avait pas d’autre jour que celui qu’elle recevait de la nef ou du transsept. Transformée en martyrium, elle fut non seulement percée de fenêtres, mais encore, selon certains auteurs, elles auraient été entièrement ajourées, ou même ouvertes à leur base, afin d’être mises en communication avec une galerie basse qui les entourait, de telle sorte que la disposition si caractéristique du chevet des églises modernes remonterait à cette antiquité, c’est-à-dire au Vᵉ siècle.

 

Au commencement du VIᵉ siècle, on construisit des basiliques selon le mode du temps, mais que l’on disait établies en trois membres, parce que leurs trois galeries longitudinales—nef et bas côtés—étaient considérées comme des églises ayant chacune son patron particulier. On peut croire que l’ancien temple de Jupiter capitolin de Rome, qui avait contenu dans sa triple cella trois sanctuaires à la fois: au milieu Jupiter, à gauche Junon et à droite Minerve, ait suggéré l’idée de ces temples chrétiens.

Les bas côtés, tout comme la nef, eurent leur autel et leur abside toujours plus petite que celle du milieu. En archéologie, on les appelle absidioles.

Le plan de San-Pietro-in-Vincoli, à Rome, bâtie vers les premières années du Vᵉ siècle (fig. 24), donne l’image de cette disposition caractéristique, qui fut si souvent imitée par les constructeurs du moyen âge.

Les dépendances du sanctuaire étaient formées de constructions basses, appuyées contre les murs du chevet de la basilique et mises en communication avec celle-ci par des portes qui remplissaient le même office que les sacristies modernes. Le nom de ces dépendances a changé selon les temps et les lieux; on a dit: pastophorium, diaconicum, gazophylacium, secretarium, vestiarium, thesaurus. Ces trois derniers termes sont ceux dont l’usage a été le plus répandu; leur place était ordinairement contre le mur de fond, à côté de l’abside ou contre l’abside.

La nef et les bas côtés, formant le corps de basilique, furent les parties qui changèrent le moins; cependant les convenances d’appropriation, par suite des nécessités liturgiques ou bien encore, et le plus souvent, le manque de ressources, ont fait introduire dans ces nefs et dans ces bas côtés des dispositions qui paraissent avoir eu une certaine généralité. Un des changements les plus marqués fut le remplacement des colonnes par des piles, changement plus général à mesure qu’on s’éloigna de l’antiquité, par la raison que les ruines des anciens monuments, exploitées depuis des siècles, ne fournissaient plus de colonnes.

Dans les contrées septentrionales de l’Europe, les colonnes, en pierre ou en marbre, n’avaient point été prodiguées comme en Italie, et il fallait les faire venir à grands frais; lorsque Charlemagne éleva la basilique d’Aix-la-Chapelle, il fut obligé d’envoyer prendre à Ravenne les colonnes et les marbres nécessaires pour décorer sa nouvelle église.

En Italie, les bas côtés des basiliques sont aveugles; mais il n’en était pas de même dans les autres pays, car ils étaient ajourés lorsque la disposition des lieux le permettait. Ordinairement les bas côtés étaient flanqués de bâtiments étroits, divisés en pièces appelées chambres,—cubicula,—qui communiquaient avec l’église par des portes monumentales, ou bien ces chambres étaient l’équivalent de ce qu’on a appelé aussi oratoires ou exèdres, parce que ces réduits contenaient une abside. Les dévots s’y livraient à la dévotion et à la prière; les privilégiés y recevaient la sépulture, ou bien elles servaient de logement à des personnages d’un certain ordre.

Toutes les églises construites dès les premiers siècles de l’ère chrétienne n’étaient pas pourvues de bas côtés, car il est certain qu’on éleva alors un grand nombre de basiliques composées d’une seule nef, comme la plupart des paroisses rurales bâties à l’époque barbare.

C’est l’édifice que les textes du temps de Charlemagne et de ses successeurs désignent sous le nom de capella, chapelle, et ce nom de chapelle a été pendant longtemps celui de toute église de campagne, même paroissiale. Presque tout ce qui nous reste des anciennes constructions religieuses de la Gaule appartient à des chapelles de ce genre.

 

La façade des basiliques indiquait généralement la coupe de l’édifice, marquant à la base la largeur du vaisseau central et des bas côtés, profilés par deux remparts, entre lesquels montait la nef couronnée par un fronton.

Les portes étaient au nombre de trois et quelquefois de cinq, correspondant aux trois ou aux cinq divisions de la nef; celle du milieu était plus haute que les autres, et à toutes s’appliquait l’épithète de regiæ, royales. Elles étaient fermées par des vantaux de bois richement travaillé, ou de bronze, et munies, à l’intérieur, de portières en étoffes précieuses.

Au-dessus des portes, la façade était percée de fenêtres et, dans le tympan du fronton, s’ouvrait un œil-de-bœuf, dans lequel on pouvait voir l’origine des roses éclairant la nef des cathédrales. Le tympan et le pourtour des fenêtres étaient souvent ornés de mosaïques.

Devant les portes régnait un large portique, fermé aux deux extrémités, qui ne paraît pas avoir eu de nom particulier dans l’église latine. Les Grecs l’appelaient narthex, dont ferula est l’équivalent; mais la dénomination qui fut la plus employée dans l’Europe occidentale est porticus, d’où est venu porche.

C’est sous ce portique que stationnaient ceux qui ne pouvaient assister à tous les offices, en attendant le moment où ils pouvaient entrer dans l’église.

A l’intérieur de l’église, au revers de la façade, se trouvait le pronaos, délimité le plus souvent par une simple balustrade; mais, dans certaines basiliques, il prenait un aspect monumental, parce qu’il était formé par une colonnade traversant le bas de la nef et surmonté d’une tribune, comme à Sainte-Agnès-hors-les-Murs (fig. 57). Cette disposition n’était guère usitée que dans les basiliques étagées, la tribune établissait alors une communication entre les galeries supérieures des deux côtés.

 

Pendant les premiers siècles du triomphe de la religion chrétienne, dont le baptême est une des cérémonies les plus importantes, il était de règle que ce sacrement fût administré, par immersion, dans un édifice séparé de la basilique.

Saint Sylvestre fit construire, au IVᵉ siècle, près de la basilique de Saint-Jean-de-Latran, qu’il avait reçue de Constantin, un baptistère octogone, magnifiquement orné, et le consacra à saint Jean-Baptiste, qui était le saint auquel étaient dédiés presque tous les édifices du même genre.

On construisit des baptistères sous diverses formes: ronds ou octogones et souvent sur un plan carré, cantonné sur chaque face, ou seulement sur trois, d’une absidiole et affectant la figure d’un trèfle ou d’un quatrefeuille; le carré central couronné d’une voûte d’arête ou d’une petite coupole et les absidioles voûtées en quart de sphère.

Au milieu des baptistères était établi un bassin—labrum ou lavacrum, qu’on emplissait d’eau ou qui était alimenté par une source. On se servit souvent de cuves en marbre, en granit ou en porphyre enlevées aux thermes romains; mais le plus souvent la cuve baptismale, qui devait contenir plusieurs personnes, était formée de dalles de pierre ou de marbre, scellées dans une aire en ciment qui formait le fond.

Les absidioles étaient destinées à recevoir des autels sur lesquels on disait la messe afin de donner la communion aux néophytes après le baptême.

Dès le VIIIᵉ siècle, les usages relatifs à la cérémonie du baptême se modifièrent. Il fut permis de baptiser dans l’intérieur, et dès lors on plaça les piscines ou les cuves baptismales dans le bas côté gauche—du côté de l’évangile—des basiliques chrétiennes.

 

Depuis la fin du Vᵉ siècle, un grand nombre d’églises présentèrent une disposition qu’on ne trouve pas dans les basiliques d’Italie, mais qui rappelait celle de plusieurs églises de la Syrie centrale, de Constantinople et de la Grèce.

Une coupole ou une tour s’éleva au-dessus du transsept et fut appelée par les écrivains de l’époque mérovingienne: la tour par excellence,—turris.

Le transsept était partagé en trois parties par deux murs de refend percés chacun d’une grande arcade en prolongement des colonnades ou arcades de la nef; l’altarium était transformé par là en un emplacement carré contenu entre l’ouverture de l’abside, l’arc triomphal de la nef et les deux arcs latéraux. Grâce à l’appui des quatre murs, il fut possible de surélever la construction au-dessus des combles de la nef et des bras du transsept. Percée de fenêtres de tous les côtés, elle prit l’apparence d’une lanterne carrée, polygone ou ronde, au sommet de laquelle était la toiture couvrant l’autel.

La tour-lanterne versait sur le sanctuaire une lumière abondante et annonçait de loin cette partie capitale de l’église et, pour lui donner plus d’effet, on la couronna d’un campanile en bois doré—machina, arx—ouvrage élégant qui se composait de plusieurs retraites d’arcades à trois étages ordinairement; d’où l’épithète de tristega appliquée au campanile.

 

Sans vouloir disserter sur l’origine des cloches, on peut dire que leur emploi dans le culte chrétien n’est pas mentionné avant le VIᵉ siècle et que les cloches usitées à l’époque mérovingienne devaient ressembler, comme dimensions, à celles dont on se sert encore dans les collèges ou dans les marchés. C’est dans la seconde moitié du VIIIᵉ siècle que les cloches acquirent un volume assez considérable pour qu’il devînt nécessaire de construire des édifices pour les suspendre.

Le premier clocher dont il soit fait mention est celui de Saint-Pierre du Vatican.

Cloche s’est dit campana et clocca, d’où les termes de campanarium, turris campanaria, clocarium, pour dire un clocher. On s’est servi aussi, au IXᵉ siècle, des mots: turricula, turris claxendix, le premier par opposition à la turris, coupole dôme ou tour-lanterne de l’église, le second quand il y avait un escalier en vis pour monter au sommet de la tour.

Les premiers clochers furent de forme ronde et toujours d’un petit diamètre, à l’exemple des coupoles byzantines ou grecques, ce qui prouve que les cloches qu’ils contenaient étaient de très petite dimension. Les cloches étaient suspendues au sommet de la tour, dans une partie évidée d’arcades, recouverte par un comble; le reste de la construction était parementé sans autres ouvertures que des meurtrières éclairant l’escalier.

Les clochers étaient très souvent séparés du corps de l’église. En Italie, un grand nombre d’églises, de tous les temps du moyen âge, ont leur clocher séparé d’elles par une distance souvent considérable.

Le plan de Saint-Gall indique deux tours rondes placées symétriquement sur le devant de l’église et communiquant avec le portique; la légende qui accompagne ce plan indique que ces tours, qui n’étaient pas destinées à recevoir des cloches, sont des observatoires ou oratoires dédiés aux anges; l’un à saint Michel et l’autre à saint Gabriel.

A une époque plus ancienne il existait déjà, en avant de certaines basiliques, de ces tours sous l’invocation de saint Michel et qui ne furent certainement pas des clochers. Il en existait une au VIIᵉ siècle à l’entrée du monastère de Saint-Maur qui reproduisait en plan la forme d’une croix.

La force de l’habitude fit appliquer la forme ronde à des clochers construits même au XIIᵉ siècle, comme celui de Saint-Théodore d’Uzès, qui date de cette époque; mais ces exemples sont rares et il paraît certain que, dès le Xᵉ siècle, le plan carré fut préféré (fig. 87 et 88).

Outre les grosses cloches qui annonçaient au loin les offices, on continuait, pour régler les exercices religieux du clergé, d’employer des clochettes. Elles sont appelées dans les textes: signum, schilla, nola—en français: sin, esquielle, eschelette.—Elles prirent place au IXᵉ siècle dans les campaniles qui couronnaient les dômes.

 

Les dépendances extérieures des basiliques latines eurent, dès l’origine, une importance qui ne fit que s’accroître. Il convient de remarquer que si la basilique civile ou profane était ouverte de toutes parts sur des places les plus fréquentées de la ville, la basilique sacrée au contraire fut éloignée, autant qu’il était possible, de la voie publique et il y eut au moins une cour établie devant la basilique, sur toute la largeur de la façade. Cette cour, environnée de portiques qui se raccordaient avec le narthex, ou porche d’entrée, constituait l’aitre de l’église—atrium—et, comme on y enterra, dès les premiers siècles, les fidèles qui s’étaient recommandés par leurs mérites, elle fut appelée aussi paradisus, d’où est venu parvis.

L’aitre, ou atrium, était environné de portiques qui se raccordaient avec le porche d’entrée. L’ensemble des galeries s’appelait triporticus ou quadriporticus, selon qu’elles étaient au nombre de trois ou de quatre.

Les basiliques somptueuses des temps les plus anciens eurent un premier enclos, triportique ou quadriportique, qui précédait l’atrium. Ainsi se présentait, la façade tournée du côté de la Saône, une basilique édifiée à Lyon vers 460 par l’évêque Patient. C’était le temps où l’on ne ménageait pas les colonnes. Les deux enceintes extérieures de la basilique de Lyon formaient chacune un triportique et tous les supports étaient des colonnes en marbre des Pyrénées. Plus tard on réserva le marbre pour les intérieurs, et les auteurs, depuis le VIIᵉ siècle, ne parlent plus de la magnificence des portiques extérieurs, ce qui tendrait à prouver qu’ils étaient dès lors établis d’une manière beaucoup plus simple.

Sous les portiques latéraux de l’aitre s’ouvraient parfois des cellules qui servaient de logement aux moines habitués de la basilique ou aux plus recommandés parmi les malades qui venaient y chercher leur guérison.

Au milieu de l’aitre se trouvait ordinairement une vasque d’où sortait un jet d’eau, ou bien encore une citerne, ou un puits; cet accessoire a été désigné sous les noms de phiala, cantharus, puteus. C’est là que les fidèles, avant de pénétrer dans la basilique, faisaient les ablutions, dont la prise d’eau bénite à l’entrée des églises est une réminiscence.

De très bonne heure, l’aitre perdit son importance et son aspect monumental; ce ne fut plus qu’une petite cour sans portique, entourée de bâtiments ou seulement de murs. Ce changement tient à deux circonstances: la société tout entière étant devenue chrétienne, la classe des catéchumènes disparut; la discipline s’adoucit à l’égard des pêcheurs et comme les grands coupables furent seuls exclus des sacrements, on cessa de voir ces troupes de pénitents qui assiégeaient auparavant les abords de la basilique en attendant le jour de la réconciliation.

Enfin l’extension que prit l’institution monastique obligea d’augmenter les dépendances de l’église en vue de ceux qui la desservaient.

A partir du VIᵉ siècle la plupart des basiliques chrétiennes furent affectées à des communautés de religieux, souvent si considérables qu’elles comptaient plusieurs centaines de personnes. Plus tard, sous la seconde race, une règle imitée de celle des monastères, la règle des chanoines fut imposée par les conciles nationaux aux clergés des cathédrales et de toutes les grandes basiliques séculières. Les bâtiments nécessaires aux actes de la vie commune de ces pieuses congrégations furent établis sur l’un des bas côtés de l’église et l’on trouva commode de les disposer autour d’une cour carrée. C’est là que fut transporté sous le nom de cloître—claustrum—le quadriportique devenu inutile sur la façade. Il s’est maintenu à cette place pendant toute la durée du moyen âge.

CHAPITRE VII

BASILIQUES DE CONSTANTIN, DE SAINT-PAUL-HORS-LES-MURS, DE SAINTE-MARIE-MAJEURE, DE SAINT-PIERRE-A-VINCOLI, A ROME.—BAPTISTÈRE, A NOVARE (ITALIE).

La Basilique dite de Constantin est l’une des plus anciennes parmi les basiliques judiciaires qui devinrent les premiers sanctuaires du christianisme.

Commencée sous Maxence, elle fut achevée dans les premières années du IVᵉ siècle, sous le règne de Constantin. Elle peut être considérée comme l’un des derniers monuments de l’art antique. Le plan est simple et digne encore d’être comparé aux œuvres du beau temps de l’architecture romaine. Les proportions de la salle sont fort belles et la construction en est très soignée.

FIG. 16.—BASILIQUE DE CONSTANTIN, A ROME.

(Plan.)

La nef de la basilique de Constantin présente cette particularité de ressembler absolument au Tepidarium des Thermes d’Antonin Caracalla (fig. 10). Il est naturel, d’ailleurs, que les architectes du temps de l’empereur Maxence aient subi l’influence des superbes monuments qu’ils avaient sous les yeux et qui devaient être alors dans tout l’éclat de leur splendeur.

Le parti architectural est le même. Le vaisseau principal se compose, comme aux Thermes, de trois grandes travées marquées par de grands arcs longitudinaux et il est couvert par une voûte d’arête plein cintre, construite en briques et en blocage; la poussée de cette belle voûte, dont les retombées étaient soutenues par des colonnes hors œuvre, couronnées d’une corniche avec architrave, était maintenue par des murs transversaux, percés d’arcades faisant communiquer

FIG. 17.—BASILIQUE DE CONSTANTIN, A ROME. (Coupe transversale.)

entre eux les bas côtés; ces murs transversaux étaient eux-mêmes réunis, solidarisés, par des arcs plein cintre en berceau, construits comme la grande voûte et ornés à l’intérieur de caissons décoratifs.

La basilique se terminait au chevet central par un hémicycle, ou abside, voûté en quart de sphère; et un portique, enrichi de colonnes sous lequel s’ouvraient les portes, s’étendait en avant de la façade et sur toute la largeur de l’édifice.

FIG. 18.—BASILIQUE DE SAINT-PAUL-HORS-LES-MURS, A ROME. (Plan.)

Après les monuments de Constantin vinrent ceux de ses successeurs qui donnèrent encore plus d’extension à la construction des basiliques.

Parmi celles qui furent bâties en grand nombre jusqu’à la fin du Vᵉ siècle, il faut citer la basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs, sur la route d’Ostie, construite sur l’emplacement d’une petite église de Constantin.

Commencée en 386 et terminée dans les premières années du Vᵉ siècle, sous le règne d’Honorius, elle était, avec l’église Saint-Pierre, une des plus grandes basiliques de Rome.

FIG. 19.—BASILIQUE DE SAINT-PAUL-HORS-LES-MURS, A ROME.

(Vue perspective de l’altarium.)

(D’après la Messe de Rohault de Fleury.)

Elle possédait un vaste transsept, appartenant à la disposition théodosienne[8].

Le plan de la basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs donne le transsept de l’église chrétienne bien marqué. La nef principale et les quatre nefs latérales sont séparées du transsept par un mur, percé d’un arc triomphal et de quatre arcs secondaires. L’autel majeur