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L'aventure

Chapter 11: X SŒUR ANNE, MA SŒUR ANNE
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About This Book

A collection of witty, observational sketches and short narratives that depict urban social life through domestic quarrels, chance encounters in public reading rooms, and flirtatious manoeuvres. The prose blends epistolary confidences, salon reportage, and humorous description to reveal marital jealousies, social posturing, and private eccentricities. Scenes shift between intimate letters and public spaces, maintaining light satire and urban irony while exploring the gap between appearance and motive, the theatricality of manners, and the small humiliations that unsettle familiar relationships.

X
SŒUR ANNE, MA SŒUR ANNE

. . . . . . . . .

Marlowe.

Buisson creux ; j’ai passé une nuit entière à guetter un amant qui n’est pas venu, qui ne s’est même pas fait excuser ; j’ai appris à compter les minutes, à tuer le temps en le coupant en mille petits morceaux. Voilà une nuit dont je me souviendrai.

J’ai perdu la bonne habitude de me moquer de moi-même ; certainement je ne retrouverai pas une aussi belle opportunité. Je me suis postée en bas, dans le vestibule ; les domestiques s’étaient défilés à la suite de Roger. Aucun bruit dans l’hôtel ; mon cœur marquait les secondes.

A dix heures dix, on frappe trois coups discrets ; je me précipite : c’est le fiancé de ma cuisinière qui la venait prendre pour le bal ! « Elle est partie ! »

Bon ; dix minutes après, trois coups discrets, je saute. C’est un commissionnaire qui se trompe de porte.

A dix heures et demie, trois coups discrets. Je bondis : l’homme du Petit Temps me glisse sa feuille.

A partir de ce moment, plus de fausse alerte ; le noir du vestibule me gagne ; je monte avec la confuse espérance que ça LE fera venir plus vite. J’ouvre un livre, le livre de l’attente ; je relis la même page sans me lasser ; je cache la lampe, et je vais à la croisée surveiller la rue, secouée d’espérance dès que j’entends des pas ; une ou deux fois, j’ai cru le reconnaître en d’obscurs passants. Je me suis jetée dans les escaliers, je collais mon oreille à la porte… des pas qui se rapprochent, qui passent, qui s’éloignent. Est-on bête ! Je remonte, je marche de long en large, méditant une scène de reproches, plus amère à mesure que la nuit s’avance. Viendra-t-il ? — Il peut encore venir ! — Il ne viendra plus ! »

A quatre heures du matin, les domestiques sont rentrés dans un brouhaha de gaieté étouffée ; j’ai éteint la lumière ; le petit jour frais m’a chassée de la fenêtre ; je me suis endormie tout habillée sur mon lit, abrutie de fatigue.

Le lendemain, j’étais en lambeaux ; je me suis réveillée à midi et j’ai mis de l’ordre parmi mes raisonnements : « Ou bien il est malade, ou bien il n’a pas reçu ma lettre. » Je n’ai pas supposé un instant qu’il se fût volontairement refusé à cette entrevue qu’il avait tant souhaitée. J’ai donc écrit une carte-télégramme rageuse quoique en petit nègre (sa langue maternelle) :

Pourquoi n’être pas venu ? Ai attendu cinq heures, prière répondre vite ; inquiète ; écrire sous double enveloppe, madame Suzanne Breuillard, 5, rue de Prony.

Le soir, nous dînons chez les Breuillard ; je profite de ce que Roger a le dos tourné pour demander à Suzanne :

— Pas de lettres ? Germaine rentre chez sa mère ; elle doit s’arrêter une journée à Paris et m’avertir.

— Je n’ai rien reçu.

— Oh ! c’est désolant ! elle repartira sans que je l’aie vue.

— Si j’ai quelque chose demain matin, je te l’apporterai moi-même.

Ce matin, rien ; tantôt, rien ; Suzanne, qui est la prévenance même, n’aurait pas gardé la lettre ; elle se fût hâtée de me l’envoyer. Je lui ai adressé deux fois Mariette qui est revenue les mains vides.

Il me paiera ça !

S’il était malade, il aurait trouvé moyen de m’en aviser.

Au fait, il est peut-être gravement malade. Comment me renseigner ?

J’ai peur d’apprendre qu’il est parti, que je ne le verrai plus.