WeRead Powered by ReaderPub
L'avision de Christine cover

L'avision de Christine

Chapter 77: Instruit philosophie a despriser les biens mondains.
Open in WeRead

About This Book

A dream-vision recounts the narrator's spirit leaving the body and witnessing an enormous anthropomorphic image tended by a crowned feminine shadow who shapes little molded figures, bakes them in the creature's mouth, and feeds them to sustain its insatiable appetite. The narrator is herself formed, swallowed, and nourished, then travels through the image's inner lands—mountains, forests, and rivers—to reach the court of a renowned princess whose fame draws supplicants. The work unfolds in three parts, moving from marvels of the visible world to an interrogation of popular opinion and finally to philosophical consolation about fame, virtue, and moral order.

Instruit philosophie a despriser les biens mondains.

Et de ce que entre vous tant amez les assemblemens des richeces/ & tant vous traveillez pour ycelles m’en tairay je dont non feray Car combien que par aventure petit penetreront mes parolles es courages obstinez/ non pourtant viennent avant les notables au propos de leur vitupere/ lesquieulx le dit boece nostre amé recite en son livre de reconfort/ et les approuvons par l’escripture sainte en la maniere encommenciee/ et avisez quelle introite d’ycelles/ veulx tu dist il assembler peccune il couvient que tu la soubtrayes a qui que soit veulx tu avoir dignetez tu seras ou desdaing des envieux/ veulx tu surmonter les autres/ tu seras en peril de hayneux/ se tu montes en poissance/ la paour de decheoir ne te laira point/ veulx tu renommee avoir il te couvendra moult souffrir veulx tu delices/ tous ceulx te despriseront qui serf te verront a tes aises/ Et pour ce peus notter que ces voies ne font pas l’omme riche C’est a savoir assouvy.

¶ Escoute ancore ces propres parolles/ certes dist il les richeces n’estaignent pas l’avarice que l’en ne peut saouler/ ne la poissance ne fait estre seur cellui qui de lians est enchaennez/ Et quant povoir vient aux mauvais il ne les fait pas bons mais descueuvre et monstre leur mauvaistie dont veu ce que vous avez joye de mettre voz cures a choses qui autre sont que vous ne les nommez & que l’en peut assez reprendre pour ce que elles ne sont ne vrayes poissances ne vrayes dignitez/ Je puis conclurre de toute fortune que il n’y a chose qui a desirer face ne qui naturellement soit bonne quant tous jours elle ne se joint pas aux bons & que a ceulx a qui elle se joint elle n’est pas bonne.

¶ Et assez s’acorde a ceste sentence aristote quant ou livre de bonne et de male fortune dit que la ou est le plus grant engin et entendement n’est mie tous jours la meilleur fortune/ Et souvent avient que la ou fortune est plus propice n’est mie le plus grant entendement.

¶ Et ce est contre les arrogans qui presument d’eulx/ Et cuident que quant fortune leur est propice que ce soit pour leur grant savoir ou value/ mais comme l’experience du contraire nous soit magnifeste veons le plus des bons et de cler engin mal fortunez es biens mondains/ Et pource est voir le proverbe des lombars qui dit/ a fol aventureux n’a lieu sens/ mais dit boece que plus prouffite la male fortune que la bonne Car la bonne fait semblant de beneurté/ Et ainsi elle ment comme en ses biens n’ait beneurté/ Et la mauvaise est vraye en ce que elle monstre par soy changier que elle n’a point d’estat seur/ La bonne donques deçoipt & la mauvaise fait sage par l’usage de tribulacion/ Et certes Comme il dit les richesces ont donné nom a maint mauvais & sanz vertu/ Et pour ce cuident yceulx que il ne soit autre bien ne plus digne chose que avoir tresors pierres precieuses et grans seignouries/ O viles dignetez et poissances du monde que entre vous exaussiez jusques au ciel et ne savez qu’est povoir & vraye digneté/ & se mauvais vous a/ onques grant elevacion d’eaues ou de flames plus ne dalmagierent.

¶ Helas homme/ et se tu regardes ton corps/ tu ne trouveras pas plus foible chose/ Car le mors de un chien ou une mouche/ se elle entre dedens toy t’occist aucune foiz/ et de quoy peus tu qui tant te orgueillis avoir povoir sus autre/ ce n’est ou corps & es choses de fortune/ mais a force le cuer qui est franc & fort par le conduit de raison n’est mie en toy de mouvoir.