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L'enfant qui prit peur cover

L'enfant qui prit peur

Chapter 20: XVIII
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About This Book

A narrator reconstructs the life of a sensitive child whose minor illness confines him and whose private anguish goes unnoticed, prompting the narrator’s lasting remorse. The account follows the child’s small daily pleasures, vivid imaginings of the garden and playmates, and the comforting details he latches onto while bedridden. Gradually a mounting anxiety, stirred by distant voices and sensations, overtakes him; the story traces how that rising fear, misunderstood by those around him, drives the child toward a tragic outcome and reflects on childhood vulnerability and unnoticed suffering.

XVIII

« Hélène, je descends en ville, je ne rentrerai que pour dîner.

— Avez-vous regardé le calendrier ?

— Non, ma chère ! Le 12 ?… Qu’offre-t-il de spécial ?

— C’est l’anniversaire de la naissance de Jacquot.

— Ah ! tiens ! c’est vrai ! Je lui achèterai quelque chose, en remontant, ce soir.

— Moi, j’y ai déjà pensé hier. »

M. Laurenty était de bonne humeur ; il se contenta de sourire et répondit aimablement :

« Hélène ! tu penses à tout ! »

Ce fut pour Jacquot une belle journée. Sa mère lui donna de très élégants mouchoirs, une douzaine, brodés dans le coin, d’un double chiffre ; M. Périer, trois livres, reliés en rouge, à tranches d’or, non pas de Jules Verne, cette fois, mais qui promettaient, à n’en juger que par leurs images, de passionnantes lectures. Enfin, M. Salvert arrivait à la villa, vers deux heures, chargé d’un très encombrant paquet : un aéroplane, un merveilleux aéroplane dont les ailes avaient, pour le moins, cinquante centimètres, et qui volerait, oui, qui volerait comme un oiseau. M. Salvert allait, tout de suite, expliquer le mécanisme à Jacquot, tout de suite, car on ne travaillerait pas aujourd’hui, bien entendu !

« Oh ! sortons ! monsieur Salvert ! Dans le pré des Pêcheurs, au tournant de la route, il y aura assez de place ! »

On alla chercher Lucienne et, tout l’après-midi, devant les gamins du quartier, rassemblés et pleins d’extase, on entendit des cris de joie.

A six heures, Jacquot, Lucienne et M. Salvert rentraient à la villa Mireille, essoufflés, poussiéreux, mais ravis. Jacquot s’essuyait le front avec un de ses nouveaux mouchoirs ; Lucienne n’en pouvait plus ; M. Salvert semblait exténué.

« Vous êtes bien aimable, monsieur Salvert, de vous dépenser ainsi ! lui dit Mme Laurenty.

— Oh ! vraiment, Madame, je crois m’être amusé autant que Jacquot. »

M. Laurenty n’arriva qu’à huit heures. En gagnant son étude, il avait passé chez le libraire qui donne sur la place d’Armes.

« Je voudrais un livre pour enfants, Mademoiselle.

— Un livre pour enfants ? Bibliothèque Rose ? ou bien un album ? nous en avons reçu hier de très jolis. Il y a des récits de voyages, et ce beau volume, voyez, Monsieur, à quarante francs, qui…

— Oh ! non ! Tenez, Mademoiselle, je prends celui-là. Combien vous dois-je ? Voilà, Mademoiselle. Faites-le envelopper, je vous prie. Oui, je le laisse. Je passerai ce soir. »

Jacquot attendait son père avec impatience.

« Un livre ! oh ! Papa ! quel bonheur ! »

Il ouvrit le paquet, regarda le dos du volume, le feuilleta.

« Ah !… oui…

— Quoi ? tu n’es pas content ?

— Je suis très content, Papa, mais c’est un vieux livre ; Parrain me l’avait déjà donné il y a longtemps, longtemps ! C’est pour les tout petits garçons. Ça ne fait rien, Papa, j’en ferai cadeau à Henri. »

Il sourit gentiment, mais Mme Laurenty eut aussi un sourire en regardant son mari, — un autre sourire.

« Ce sont des romans qu’il lui faut, maintenant, à ce gosse ? dit M. Laurenty, du Zola ? »

Et il sortit, en battant la porte.