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L'enfant qui prit peur cover

L'enfant qui prit peur

Chapter 32: XXX
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About This Book

A narrator reconstructs the life of a sensitive child whose minor illness confines him and whose private anguish goes unnoticed, prompting the narrator’s lasting remorse. The account follows the child’s small daily pleasures, vivid imaginings of the garden and playmates, and the comforting details he latches onto while bedridden. Gradually a mounting anxiety, stirred by distant voices and sensations, overtakes him; the story traces how that rising fear, misunderstood by those around him, drives the child toward a tragic outcome and reflects on childhood vulnerability and unnoticed suffering.

XXX

Depuis quelques jours, Jeanne est souveraine maîtresse dans la boutique de l’herboriste, embaumée d’odeurs sèches où domine la lavande. Sa tante, Mme Mayeux souffre d’une forte crise de « douleurs ». Elle a prié Jeanne de la remplacer derrière le comptoir. Jeanne ne demandait pas mieux. C’est pour elle le vivre et le couvert, car elle prépare et partage les repas de sa tante ; l’arrière-boutique lui sert de chambre. Mme Mayeux ne peut marcher ; elle devra garder le lit une quinzaine de jours, pour le moins. Dès que les « douleurs » l’ont surprise, elle a renvoyé sa bonne, une fille trop bête qui ne savait pas lui frotter les genoux, ni faire infuser de façon intelligente les nombreuses tisanes qu’elle absorbe chaque jour, car, les médecins étant tous des imbéciles, Mme Mayeux se soigne sur son propre fonds. Elle a aussitôt appelé Jeanne auprès d’elle, de sorte qu’elle réalise une économie et fait en même temps une bonne action qui, plus tard, (le plus tard possible !) lui sera comptée. Dans la conduite de la vie, il ne faut rien négliger.

Jeanne est ainsi devenue une petite personne très importante et, derrière la longue table où traînent toujours des brindilles et des feuilles, entre la pelote de ficelle et la pile de papier gris, elle « fait la dame » et sourit.

En outre, elle est contente, ce jour-là, pour d’autres raisons. Elle attend une visite. Elle l’attend sans hâte, tranquille et satisfaite.

Jeanne a pris une décision. Depuis deux jours, elle n’est plus la maîtresse de Gaétan, elle ne sera plus jamais la maîtresse de Gaétan. D’ailleurs, sa situation nouvelle lui crée des devoirs nouveaux, et puis… il était grossier. Quand, l’avant-veille, elle lui a signifié son congé, il a crié trop fort, il a parlé comme un voyou. Depuis deux jours, Jeanne se sent très honnête ; elle veut commencer sa vie ; enfin, elle se l’avoue tout bas : elle croit… il lui semble… qu’elle aime Leduc. Et si Leduc continue à lui faire la cour avec politesse, gentiment, ainsi qu’on la fait aux jeunes filles, eh bien !… et si Leduc promet de ne pas retourner en Bretagne à la fin de son service, eh bien ! peut-être…

Jeanne se voit déjà mariée.

Une petite fille entre et demande pour cinq sous de tilleul.

Jeanne fait le paquet et se rassied.

On tape à la vitre, deux coups, tout doucement, le rideau vert de la porte s’écarte. Un soldat paraît, qui tient à la main un bouquet de violettes.