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L'enfant qui prit peur cover

L'enfant qui prit peur

Chapter 47: XLV
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About This Book

A narrator reconstructs the life of a sensitive child whose minor illness confines him and whose private anguish goes unnoticed, prompting the narrator’s lasting remorse. The account follows the child’s small daily pleasures, vivid imaginings of the garden and playmates, and the comforting details he latches onto while bedridden. Gradually a mounting anxiety, stirred by distant voices and sensations, overtakes him; the story traces how that rising fear, misunderstood by those around him, drives the child toward a tragic outcome and reflects on childhood vulnerability and unnoticed suffering.

XLV

C’est devant la grille de la caserne du Mourillon. Une jeune femme s’approche d’un air timide :

« Pardon, Monsieur… pour un renseignement…

— Adressez-vous au poste, Mademoiselle, dit le sergent de garde, d’un air aimable.

— Au poste ?

— Oui, là, sur la gauche.

— Ah ! bien ! Merci, Monsieur. »

Elle se hâte, franchit presque en courant les trois marches de l’escalier, frappe à la porte vitrée où une pancarte est accrochée, pénètre enfin dans la petite chambre obscure que des soldats et des sous-officiers occupent. Ils sont assis et fument.

« Pardon, Monsieur… pour un renseignement…

— De quoi s’agit-il, Mademoiselle ? dit un sergent qui sourit déjà et se penche d’un air empressé.

— Voilà, Monsieur. Il y a un soldat de votre régiment, n’est-ce pas ?… un artilleur qui est mort, n’est-ce pas ?… qui est mort, et je voudrais…

— Mademoiselle, pour ça, il faut s’adresser à l’hôpital. Je vais vous donner l’adresse.

— Non, Monsieur, pas un malade. Il a eu un malheur, on m’a dit. »

Elle se trouble. Elle reprend sa phrase.

« Un soldat m’a dit… enfin, qu’il avait eu un malheur, avec son fusil.

— Ah ! Leduc ? Vous connaissiez Leduc, Mademoiselle ? »

Le sergent sourit, bien qu’il veuille avoir l’air triste.

Elle rougit et dit, d’une voix tremblante :

« Oui, Monsieur, c’était mon cousin, un cousin de loin, de la campagne, et comme ça… n’est-ce pas ?… »

Les larmes lui montent aux yeux.

Le sergent redevient grave. Pour un peu, il s’excuserait.

« Oui, Mademoiselle, Leduc est mort. Oh ! puisque vous êtes de sa famille, vous pourrez nous donner l’adresse de ses parents : on ne la trouve pas. Leduc était Breton, je crois… »

Sans attendre la réponse, il ajoute :

« Oui, il a eu un accident… ou bien… »

Mais il n’en dit pas davantage.

« Sa famille ? oh ! je ne sais pas ! Vous comprenez, Monsieur, on ne se voyait presque jamais. Mais il était breton. Il était breton, ça, j’en suis sûre.

— Et vous vouliez savoir, Mademoiselle…

— Quand on va l’enterrer. Je voudrais… n’est-ce pas ?…

— Demain, Mademoiselle ; demain matin, à six heures. Ça se fera en partant de la caserne.

— Merci, Monsieur ; vous êtes bien honnête. »

Elle pleure pour de bon. On la regarde avec intérêt. Elle salue rapidement et s’en va.

« Elle en a du chagrin, la petite ! dit le sergent qui la suit des yeux. Le pauvre bougre ! Faut-il qu’on ait des ennuis pour se détruire comme ça ! Sa bonne amie, peut-être ! Regarde, Dupuis, elle marche tout de travers. On dirait qu’elle est saoule ! »