WeRead Powered by ReaderPub
L'enfant qui prit peur cover

L'enfant qui prit peur

Chapter 8: VI
Open in WeRead

Explore more books like this:

About This Book

A narrator reconstructs the life of a sensitive child whose minor illness confines him and whose private anguish goes unnoticed, prompting the narrator’s lasting remorse. The account follows the child’s small daily pleasures, vivid imaginings of the garden and playmates, and the comforting details he latches onto while bedridden. Gradually a mounting anxiety, stirred by distant voices and sensations, overtakes him; the story traces how that rising fear, misunderstood by those around him, drives the child toward a tragic outcome and reflects on childhood vulnerability and unnoticed suffering.

VI

N’ayant plus rien à dire, M. Salvert se tut. Il n’aimait pas se dépenser en paroles inutiles. Assis dans un fauteuil du salon, devant le père et la mère de Jacquot, il attendait, maintenant, qu’on l’interrogeât.

« Résumons-nous, dit Mme Laurenty. Vous pensez que l’enfant n’a pas les nerfs solides ? »

M. Laurenty qui, par un tic habituel, mâchonnait une pointe de sa moustache brune, approuva la question, par un signe de tête.

Geoffroy Salvert les regarda d’un air étonné.

« Oh ! point du tout ! Madame, répondit-il. J’ai dû mal me faire comprendre. Sauf qu’il se montre d’une intelligence et d’une précocité remarquables, Jacquot me paraît être un enfant tout à fait normal. Il a du bon sens, de la curiosité ; il aime jouer et, quand il joue, semble bien ne penser qu’à son jeu. Je dis seulement qu’il est sensitif, que, parfois, au début d’une leçon, je dois m’ingénier pour le rappeler à lui. Les petits faits de la vie quotidienne l’émeuvent fortement, il en garde l’empreinte, il en souffre, il y songe, il y songe même trop longtemps. Jacquot manque tout à fait de cette puissance d’oubli que la plupart des enfants de son âge ont à un si haut degré. Mon observation ne va pas au delà et le trait que je vous signale est une particularité qui n’offre rien de morbide. »

Il se tut de nouveau.

M. Salvert avait parlé d’une voix calme et grave. Il tenait à ce que l’on comprît ses paroles, sans dépasser leur sens. On eût pu relever dans son langage cette même élégance froide qui se manifestait dans sa haute taille, vêtue de façon stricte. Il n’avait rien du pion de lycée.

« Oui, je comprends… dit Mme Laurenty lentement.

— Je vous demanderai la permission de me retirer, Madame, dit M. Salvert qui se leva.

— D’ailleurs, dit M. Laurenty en hésitant un peu sur les mots, d’ailleurs… nous reparlerons de ces choses. Mais… mais je vous remercie, monsieur Salvert.

— Au revoir, monsieur Salvert », dit Mme Laurenty.

M. Salvert prit congé. Mme Laurenty sonna le valet de chambre.

« Pascal, où est monsieur Jacquot ?

— Il est dans le bois, Madame. Monsieur Paul et Mlle Alice sont venus. Il joue avec eux.

— C’est bien. »