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L'esprit dans l'histoire: Recherches et curiosités sur les mots historiques

Chapter 47: XXXVI
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About This Book

The author scrutinizes commonly repeated historical words, anecdotes, and attributions, aiming to strip away myths and restore factual origin and meaning. Through short essays and curiosities he examines misattributed quotations, legendary episodes, and inflated heroics from ancient times to modern French history, weighing evidence and pointing out forgeries, confusions, and popular errors. He explains how popular narratives formed, reassigns credit where deserved, and often reduces celebrated tales to more prosaic explanations, favoring critical documentation over received tradition.

XXXVI

«La couronne vaut bien une messe.» D'autres disent: «Paris vaut bien une messe.»

Peu m'importe; sous l'une ou l'autre forme, c'est, à mon sens, un mot très-impudent. Si Henri IV en eut la pensée, lorsqu'il prit la résolution d'abjurer, pour en finir avec les difficultés qui lui barraient le libre chemin du trône et l'entrée dans sa bonne ville, il fut certes trop adroit pour le dire. Rétablissez-le tel qu'il est, ce mot, rendez-le surtout à qui il appartient réellement, et il va devenir tout à coup d'une grande justesse, d'une incontestable vraisemblance.

C'est une des babillardes des Caquets de l'Accouchée[382] qui va vous édifier à ce sujet et faire ainsi leçon à l'histoire, sa commère. «Il est vray, dit-elle, la hart sent toujours le fagot; et comme disoit un jour le duc de Rosny au roy Henry le Grand, que Dieu absolve, lorsqu'il luy demandoit pourquoy il n'alloit pas à la messe aussi bien que luy: «Sire, sire, la couronne vaut bien une messe.»

[382] V. notre édition, Bibliothèque elzévirienne de P. Jannet, p. 172-173.

J'aurais eu du regret de laisser ce mot à Henri IV, mais je me serais bien plus encore gardé de le lui enlever s'il lui eût appartenu. A chacun ce qu'il fit ou ce qu'il dit, bien ou mal. Mon système n'est pas celui de M. C. de Montigny qui, élucidant, il y a quelque temps, dans un travail d'ailleurs remarquable et décisif[383], la question du procès du maréchal de Biron, la culpabilité du condamné et les raisons de sa condamnation, déclare, en concluant, qu'il n'eût pas publié ses recherches si le résultat en eût été défavorable à Henri IV. Bien qu'il eût été convaincu dans ce cas de pouvoir faire absoudre la mémoire d'un innocent, il n'aurait point parlé! Ses mains pleines de vérité ne se seraient pas ouvertes parce que ces vérités eussent été fatales à la popularité d'un roi! «Dois-je dire, écrit-il, qu'il m'en eût coûté de trouver Henri IV coupable de la mort d'un innocent, et que ces recherches personnelles n'eussent jamais vu le jour de la publicité, si j'avais acquis la conviction qu'une mesquine jalousie seule avait armé de vengeance le bras du Béarnais? Oui, je crois devoir faire cet aveu. J'eusse préféré taire la vérité à l'histoire sur un point du reste d'une bien microscopique importance, plutôt que de ternir, de propos délibéré, la mémoire d'un roi resté si populaire.»

[383] Le maréchal de Biron; sa vie, son procès, sa mort, 1861, in-12.

A cette théorie de l'écrivain moderne sur Henri IV, je laisserai répliquer celui même qui fit de son temps son histoire. «S'il y a, dit Pierre Mathieu, perfidie à écrire des choses fausses, c'est une honteuse couardise à dissimuler les vraies.»