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L'essayeuse

Chapter 10: SCÈNE IX
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About This Book

A married couple spending a quiet sojourn at a country house trade playful intimacy and mild jealousies while preparing for the arrival of a recently divorced friend. The impending visit prompts negotiations of propriety and social expectation, producing comic misunderstandings, teasing exchanges, and contrasts between the ardor of courtship and the habits of married life. Presented in one act within a drawing-room setting, the piece lampoons bourgeois manners and probes the friction between private affection and public respectability.

SCÈNE IX

RENÉ, GERMAINE, puis LISE

RENÉ, après un silence

Vous en avez de bonnes, vous ! (Il est près de la porte de droite.)

GERMAINE

Je n’ose plus lever les yeux sur vous ; il me semble que nous venons de commettre une vilaine action. Pauvre Lise !

RENÉ

Ne la plaignez pas ! Elle est désormais tranquille !

GERMAINE

C’est moi qui ne le suis plus !… Aussi, la promenade au chalet, demain, n’y comptez pas !

RENÉ

Vous avez toutes les délicatesses : nous la remettrons à après-demain.

GERMAINE

Non ! Vous ne la ferez jamais, du moins avec moi.

RENÉ

Mais… tout à l’heure…

GERMAINE, l’interrompant

Tout à l’heure, il ne s’agissait que d’une jolie fantaisie, qui ne faisait de mal à personne, selon vous. A présent, c’est autre chose ; nous serions coupables, oui, coupables d’une action mauvaise envers un être que nous aimons tous les deux ; nous n’aurions même pas l’excuse de la passion… Et puis, non ! Je ne pourrais pas ! J’aurais toujours devant moi l’image de cette petite Lise, en larmes !

RENÉ

Je vous répète qu’elle ne saura rien !

GERMAINE

Je vous en prie, n’insistez pas ! C’est manqué !… Nous garderons tous les deux le souvenir, un peu mélancolique, d’une faute inachevée… Que cela vous serve de leçon ! Quand vous tromperez Lise… car vous la tromperez…

RENÉ

Hélas !

GERMAINE

… Faites en sorte qu’elle ne s’aperçoive de rien. Et ce ne sera pas commode, je vous avertis ! Mon pauvre ami ! Vous êtes dorénavant le prisonnier d’une femme jalouse !

RENÉ

Vous me faites trembler !…

GERMAINE

Tant mieux ! La crainte du chagrin d’autrui est le commencement de la fidélité… Là-dessus, tendez-moi la main et quittons-nous bons camarades.

RENÉ

Eh bien, non ! je ne renonce pas si facilement à vous !… Je me suis pris au jeu, moi aussi ! Et je saurai vous regagner.

GERMAINE

Vous n’en aurez pas le temps ; je pars dans cinq minutes !

RENÉ

Ce n’est pas possible. Il vous faudrait un prétexte valable, sinon Lise aurait des soupçons !

GERMAINE

Le prétexte ? Il ne m’embarrasse pas !

RENÉ

Vous avez annoncé que vous resteriez quelques jours ? Il faut rester, bon gré, mal gré. Et alors…

GERMAINE

Tenez !… Il vient, le prétexte… Lise me l’apporte elle-même !

RENÉ (3)

Que voulez-vous dire ?

GERMAINE

Vous allez voir !

LISE, entrant (2)

Ma chérie, une dépêche pour toi.

RENÉ, surpris

Hein ?

GERMAINE (2)

Qu’est-ce que c’est ? (Lisant.) Oh !

LISE

Une mauvaise nouvelle ?…

GERMAINE

« Tante Amélie assez souffrante. Venez sans retard. »

LISE

Tu vas partir ?

GERMAINE (3)

Il le faut !

LISE

Ma pauvre chérie ! Comme je suis peinée !

RENÉ, remontant 2

Vous partirez demain matin.

GERMAINE

Impossible ! Ma tante est susceptible ; il faut que je sois auprès d’elle ce soir… Lise, l’auto est encore là ?

LISE, remontant

Je vais voir.

(Elle va près de la fenêtre.)

RENÉ, à Germaine

Je suis navré de ce si triste contre-temps.

GERMAINE, bas

Ne vous frappez pas ! C’est moi qui me suis envoyé le télégramme !

RENÉ

Quoi ? C’est vous !…

GERMAINE

Oui, comme je ne savais pas si je ne serais pas importune, je m’étais à tout hasard préparé une sortie, et j’ai écrit ce télégramme à la gare, avant de monter dans le train.

RENÉ

Vous êtes rudement forte !

GERMAINE, ironique

N’est-ce pas ?

LISE, redescendant

Le chauffeur et l’auto sont là !

GERMAINE, qui met son chapeau, passe 2

Je n’ai que le temps pour le train de cinq heures… Enfin, je suis bien contente de ma courte visite ; j’ai vu ce que c’était que des gens heureux.

LISE (1)

Mais tu reviendras dès que tu sera rassurée ?

GERMAINE

Ça dépendra !… On se retrouvera toujours à Paris… Allons, pas d’effusions !… Au revoir, Monsieur.

RENÉ (3)

Au revoir, chère Madame !

GERMAINE

Ne me reconduisez pas : il commence à pleuvoir… Adieu, ma grande chérie ! (Elle l’embrasse.) Soyez heureux !