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L'essayeuse

Chapter 4: SCÈNE III
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About This Book

A married couple spending a quiet sojourn at a country house trade playful intimacy and mild jealousies while preparing for the arrival of a recently divorced friend. The impending visit prompts negotiations of propriety and social expectation, producing comic misunderstandings, teasing exchanges, and contrasts between the ardor of courtship and the habits of married life. Presented in one act within a drawing-room setting, the piece lampoons bourgeois manners and probes the friction between private affection and public respectability.

SCÈNE III

LES MÊMES, RENÉ.

RENÉ, entrant

Madame !

LISE

Ma chérie, tu connais déjà mon mari ?

GERMAINE, froide

Certainement ! Vous allez bien, monsieur Tournelle ?

RENÉ

Pas mal, merci, madame Frémine.

LISE

Non, plus de madame Frémine ! Germaine a repris son nom de jeune fille.

GERMAINE

C’est bien gênant pour mes amis ! Je devrais envoyer une carte avec ces mots : « changement d’état-civil ».

(Un temps.)

RENÉ

Vous avez fait bon voyage ?

GERMAINE

J’ai changé cinq fois de train !… Ah ! vous êtes bien défendus contre les importuns !…

LISE

Tu n’es pas une importune, ma chérie ! (Bas, désignant René qui regarde au fond.) Tu sais, il n’a pas l’air de faire attention à toi !

GERMAINE, bas

Les hostilités ne sont pas engagées !… (Haut.) Quelle vue splendide on a d’ici ! (Elle va vers la fenêtre.)

LISE

Oui !

GERMAINE

On embrasse toute la campagne.

RENÉ

Heureuse campagne !

LISE (2)

René, tu es bête, mon ami !…

RENÉ (3)

Tu es fâchée ?… (A Germaine.) Quand ma femme m’appelle : son ami, c’est qu’elle ne m’aime plus !

LISE

Je t’adore !

(Elle veut l’embrasser.)

RENÉ, bas

Prends garde à ma raie !

(Un temps.)

GERMAINE

Et… vous avez beaucoup travaillé, monsieur Tournelle ?

RENÉ

Beaucoup !… J’ai mis en train un grand ouvrage ; le premier acte est délicieux.

GERMAINE

Ah ! Qu’est-ce que c’est ?

RENÉ

Mon ménage !

GERMAINE

Parlez sérieusement. Qu’est-ce que vous avez écrit ?

LISE

Trois sonates exquises.

GERMAINE

Vous me les jouerez ?

RENÉ

Un de ces jours !… Quand je les aurai oubliées…

GERMAINE

Non, tout de suite !… Quand j’ai un désir, il faut qu’il soit réalisé à l’instant !

RENÉ

Eh bien, ce soir, pour vous endormir.

LISE

Mais… j’y pense… tu n’as pas encore pris possession de ta chambre !

GERMAINE

Oh ! ça m’est égal !… je dors bien partout. Ah ! à une condition, cependant, c’est que j’aie un oreiller de crin !

LISE

Sapristi !… Un oreiller de crin ! Il n’y en a pas dans la maison !

GERMAINE

Ça ne fait rien !… Je m’en passerai !

RENÉ, passe 2

Je puis aller en chercher un à Verville, en auto ?

LISE, vivement

Non !… Les hommes ne savent pas acheter les oreillers : j’irai moi-même. J’ai, d’ailleurs, plusieurs emplettes à faire.

GERMAINE

Je t’accompagne ?

LISE

Tu es fatiguée : reste… René te tiendra compagnie… J’en ai pour une demi-heure à peine.

GERMAINE

Puisque tu le désires…

LISE

René, dis au chauffeur qu’il prépare l’auto.

RENÉ

Bien. (Il sort.)