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L'essayeuse

Chapter 5: SCÈNE IV
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About This Book

A married couple spending a quiet sojourn at a country house trade playful intimacy and mild jealousies while preparing for the arrival of a recently divorced friend. The impending visit prompts negotiations of propriety and social expectation, producing comic misunderstandings, teasing exchanges, and contrasts between the ardor of courtship and the habits of married life. Presented in one act within a drawing-room setting, the piece lampoons bourgeois manners and probes the friction between private affection and public respectability.

SCÈNE IV

GERMAINE, LISE, puis RENÉ

GERMAINE (1)

Eh bien ! tu vois, ma présence n’a guère troublé ton mari. Il ne tenait pas à demeurer seul avec moi !

LISE (2)

Pardon ! quand j’ai dit que je m’en allais, il n’a pas insisté pour courir là-bas à ma place.

GERMAINE

Preuve d’une conscience tranquille !… Le tête-à-tête avec moi ne l’effraie pas.

LISE, à la fenêtre

Mais il est allé bien vite prévenir le chauffeur !…

GERMAINE

Ma pauvre petite !… Tu me fais de la peine !… La moindre des choses te paraît louche !

LISE, passe 1, au-dessus

Enfin, tu n’as pas remarqué ? Il s’est habillé, en ton honneur ! Il n’a pas voulu que je le décoiffe !… Et il s’est parfumé !

GERMAINE

Je ne pense pas que ce soit en mon honneur !

LISE

Ce n’est pas pour moi : il sait que j’ai horreur de ça !

GERMAINE

Moi aussi !… Comme ça se trouve !

LISE

Ça n’est pas naturel !

GERMAINE

Voilà où tu en arrives, après six mois de vie cloîtrée : faute de distractions, tu t’acharnes à examiner ton mari, tu es devenue inquiète, nerveuse… Si ça continue, tu seras insupportable !

LISE

Je m’en rends compte !… C’est pourquoi je veux me prouver à moi-même que j’ai tort… Tiens, je te promets que, ce soir, si mon mari n’a pas succombé à la tentation, je renoncerai à toute idée de jalousie.

GERMAINE

Comment ! tu tiens toujours à ce que je l’essaie ?

LISE

Plus que jamais : il s’est parfumé !

GERMAINE

Alors, je te tenterai !

LISE

Tu sais, ne le ménage pas !… Sois très coquette ! Imprudente, même !…

GERMAINE

J’aime ces recommandations ! Si on t’entendait !…

LISE

Il faut faire bien les choses !… Gare !… Le voilà !…

RENÉ, entrant (2), il apporte un chapeau et un cache-poussière

La voiture est prête… Ah ! en passant devant la poste, tu rapporteras le courrier.

LISE (3)

Bien ! (René l’aide à passer son cache-poussière.) Merci ! (Elle met son chapeau.) Ne fais pas la cour à Germaine, en mon absence !

RENÉ

Oh ! moi, je suis retraité !…

GERMAINE, s’approchant, passe 2

Oh ! qui t’a fait cet amour de petit chapeau ?

LISE (3)

Les sœurs Lotte !… (Bas.) Tu vois, il m’apporte mon manteau pour que je parte plus vite !…

GERMAINE, bas

Tu es stupide !

LISE

Là… Je suis prête !… (S’en allant à regret.) Je m’en vais… (Elle passe 2.) Je serai de retour dans une demi-heure… quarante minutes au plus… Je m’en vais… Tu n’as pas d’autres commissions ?

RENÉ, impatienté

Non, non !

LISE

Alors, c’est bien !… Je m’en vais !… Je m’en vais !… Tu ne veux pas que je prenne à la gare les journaux de ce matin ?

RENÉ

Merci : ça te retarderait !…

LISE

Je pars… Embrasse-moi, mon René !…

RENÉ

Voilà !…

(Il l’embrasse.)

LISE

Mon chéri !… (Elle l’embrasse en lui prenant la tête ; René, vexé, se recoiffe.) A tout à l’heure !

(Elle sort.)