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L'essayeuse

Chapter 9: SCÈNE VIII
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About This Book

A married couple spending a quiet sojourn at a country house trade playful intimacy and mild jealousies while preparing for the arrival of a recently divorced friend. The impending visit prompts negotiations of propriety and social expectation, producing comic misunderstandings, teasing exchanges, and contrasts between the ardor of courtship and the habits of married life. Presented in one act within a drawing-room setting, the piece lampoons bourgeois manners and probes the friction between private affection and public respectability.

SCÈNE VIII

LES MÊMES, RENÉ, avec les lettres

RENÉ

Le chauffeur demande si l’on n’a plus besoin de la voiture.

LISE, lui sautant au cou

Ah ! René, mon René !

(Elle l’embrasse.)

RENÉ

Bon ! qu’est-ce qui te prend ?

LISE

C’est la joie !… Si tu savais !…

RENÉ

Qu’est-ce qui te rend si joyeuse !

LISE

Ce qui s’est passé en mon absence !

RENÉ

Ah !

LISE

Germaine m’a tout raconté !

RENÉ

Hein ?… Qu’est-ce qu’elle a pu te raconter ! C’est faux, Il ne s’est rien passé !

LISE

Grande bête ! Je m’en doute !… Mais tu m’avoueras que Germaine t’a fait des avances !… Ne te fâche pas, c’était concerté entre nous.

GERMAINE

Lise, voyons !… Tais-toi !

LISE

Je ne veux pas qu’il ait mauvaise opinion de toi. (A René.) Je voulais être sûre que tu m’aimes, que je puis avoir confiance en toi ; alors, j’ai imaginé cette épreuve. En mon absence, elle devait t’« essayer », te pousser à bout à force de coquetterie.

RENÉ, vexé

En effet, c’était bien trouvé !… Et j’ai bien passé l’examen ?

LISE

Admirablement ! Il paraît que tu es un mari modèle.

RENÉ

Je respire !

GERMAINE, à part

La canaille !

LISE

C’est égal, j’ai eu bien peur ! J’ai passé vingt minutes abominables ; je pensais tout le temps : « S’il allait céder !… Si j’allais apprendre que mon mari, l’homme que j’aime uniquement, est pareil aux autres, qu’il est faible et menteur comme tant d’odieux maris ! » Je voyais mon bonheur gâché, ma vie finie ! Tiens, je suis stupide ! Tu vois, je pleure comme une petite bête !

GERMAINE

Ma chérie, remets-toi ! puisque te voilà rassurée !…

LISE

Oui !… Ça me serrait à la gorge !… Mon René, mon René à moi !… Il me semble que je te retrouve ! Et c’est si bon !

(Elle se presse contre lui.)

RENÉ

Là, mon petit !… Il faut te calmer, et ne plus penser à ces histoires-là !… Tu es bien tranquille, à présent ?

LISE

Oui, mon aimé !

RENÉ

Alors, va essuyer tes yeux : avec un peu de poudre, il n’y paraîtra plus ! Va !…

(Lise sort.)