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L'été de Guillemette cover

L'été de Guillemette

Chapter 15: XIV
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About This Book

The narrative follows a young heiress who spends a summer in Paris, depicted through scenes such as bustling department stores and family social life. She enjoys shopping, dancing, and coquettish pastime while sheltered by a devoted mother and a powerful financier father; beneath her carefree manners she harbors a thoughtful, independent intelligence and budding audacities. A worldly cousin, newly separated and socially conspicuous after a failed marriage, exerts a strong influence and reveals tensions between private desire and public respectability. The work observes manners, female interiority, and social judgment, contrasting youthful indulgence with familial expectations and moral scrutiny.

XIV

Fragment de lettre de Mad à une de ses amies :

« … Imagine-toi, ma chère Bernadette, que nous avons ici, à Houlgate, un roi, un vrai roi ! Il est plutôt laid… mais il a un très gentil petit-fils… Tu devrais venir le voir. On dit qu’il veut se marier. Toutes ces demoiselles frétillent, comme si les rois qui ont un royaume se mariaient avec de simples mortelles !…

« D’ailleurs, je crois bien qu’alors il choisirait Guillemette qui a l’air de lui avoir tout à fait tapé dans l’œil ; l’autre jour, à la fête de bienfaisance, il l’a invitée à faire un tour de boston. Il dansait très mal. Mais Guillemette ne le savait pas quand elle l’a accepté… Et puis, je crois vraiment qu’elle n’aurait pas pu lui dire « non… » Il faut faire tant de salamalecs avec les princes !

« Toutes les amies de Guillemette ont l’air de plaisanter sur l’admiration du prince pour elle… Mais, au fond, certaines surtout enragent de n’être pas à sa place !

« Ne me demande pas ce que ma chère sœur pense de son succès. Elle n’en a rien dit. Quand on lui parle du prince, elle devient comme un hérisson ! Maman était très fâchée parce qu’il avait emmené Guillemette dans un coin, à part ; et, même les princes, paraît-il, n’ont pas le droit de faire ça. Moi, je pense que comme il la trouvait très jolie, il avait envie de la regarder plus à son aise, sans que tous les gens qui encombraient les salons soient là, à les examiner tous les deux.

« J’ai entendu maman qui faisait à M. le curé des phrases sur l’ennui que sa fille ait été ainsi remarquée par le prince. Et M. le curé a dit quelque chose comme :

— Madame, ne vous agacez pas de la sorte ! Vous avez prêté la jolie figure de votre fille aux pauvres. C’est une charité que vous leur avez faite ! Ça vous comptera en paradis…

« Je te dis à peu près. Une chose certaine, c’est que maman a eu l’air moins agitée après ce speech de M. le curé.

« Quant à l’oncle René, il était encore plus furieux que maman ; et le soir, après le dîner, il a traité le prince de « galopin mal élevé… » Je voudrais bien savoir ce qu’aurait dit Guillemette si elle l’avait entendu. Mais elle était montée dans sa chambre, prétendant qu’elle avait mal à la tête.

« Moi, je ne sais si le prince est un galopin, mais je le trouve très joli. Il a des yeux de gazelle, il sent le papier d’Arménie et à mon comptoir, il m’a acheté cinq tartes aux cerises qu’il a croquées tout de suite avec de blanches petites dents pointues…

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