MISE AU POINT
On croyait cette histoire liquidée depuis longtemps. Mais puisqu’il faut y revenir encore, précisons.
Adam et Ève se promenaient dans un jardin zoologique, qui avait reçu le nom d’Éden, probablement pour attirer le monde. Il n’y venait d’ailleurs personne, et il fallait avoir un certain estomac pour avoir installé un jardin zoologique dans un pays où il n’y avait que deux habitants.
Il est vrai que les frais d’installation étaient des plus minimes.
On s’était dispensé de poser des grilles autour des fauves, ainsi qu’il est d’usage dans les jardins zoologiques ordinaires, où l’on tient à faire croire aux visiteurs payants que les lions et les tigres sont des animaux dangereux.
Il n’y avait donc aucune espèce de grillages ni de barrières, ni de ces étiquettes injurieuses où les loups sont traités de loups vulgaires, et les panthères de panthères communes.
Un Muséum, très intéressant, ma foi, renfermait les squelettes de quelques animaux postdiluviens.
Quant aux animaux antédiluviens, ils erraient paisiblement dans les allées. Les plus remarquables étaient l’éléphant à tête de mouche, le rhinocéros-écureuil, la souris à deux bosses.
On admirait aussi l’ichtyosaure, le plectiosaure, et le fameux harensaure, dont il a été si souvent question, et qui n’était simplement qu’une sorte de lézard avec des pattes de hareng.
Le Tout-Puissant avait été très convenable avec le ménage Adam. Il leur avait dit : « Je vous donne vos entrées. Vous pourrez venir ici tant que vous voudrez. Je ne vous remets pas de ticket : je serai à la grande porte d’entrée, et je vous reconnaîtrai. Je vous connais comme si je vous avais faits. D’ailleurs, il n’y a pas de confusion possible, puisque vous êtes les seuls humains actuellement sur terre. Vous ferez ce que vous voudrez dans le jardin. Vous donnerez à manger aux phoques, vous vous promènerez toute la journée sur l’éléphant, le chameau, ou dans la petite voiture de l’autruche. Une seule recommandation cependant : ne touchez pas à mon arbre fruitier. Je n’en ai qu’un, et j’y tiens. »
Pourquoi y tenait-il ? Il ne l’a jamais dit au juste. Mais, en somme, c’était son affaire. Les Adam profitèrent de la permission, et bientôt on ne rencontra qu’eux dans le jardin zoologique. Ils n’avaient aucune distraction, personne à voir dans le pays. Il fallait vraiment qu’ils manquassent de relations pour lier connaissance avec un serpent.
Ils rencontrèrent le serpent qui rampait dans une allée, en sifflant. Adam lui dit : « Vous vous croyez donc dans une écurie ? » La conversation s’engagea. Les propos de ce couple naïf et de ce reptile désœuvré ne pouvaient aboutir qu’aux projets les plus futiles. Au bout de quinze jours de bavardages, le serpent leur conseilla de manger une pomme.
Quand le Tout-Puissant s’aperçut qu’il manquait un fruit à son arbre, il fut très choqué, non pas du fait en lui-même, auquel il n’attachait pas une importance capitale, mais simplement du procédé. Il se borna à prier le couple Adam de ne plus remettre les pieds au Jardin zoologique.
Tel est, ramené à ses justes proportions, cet incident dont on a tant parlé.
“LES HISTOIRE DRÔLES”
PUBLIÉES SOUS LA DIRECTION LITTÉRAIRE DE
MAX ET ALEX FISCHER
Prix : 0 fr. 25
Le programme de cette petite collection nouvelle ?
Publier les histoires les plus gaies, les plus spirituelles ou les plus farces, qui aient été écrites au cours de ces dernières années ; aussi bien celles qui s’efforcent, avec une cordiale franchise, de vous arracher un éclat de rire, que celles qui, plus discrètes ou moins ambitieuses n’aspirent qu’à vous faire sourire.
Le but de cette petite collection ?
Vous étonner par son bon marché, et vous amuser… en tout cas, le plus souvent possible.
EN VENTE[1] :
- 1. ALPHONSE ALLAIS. La belle-mère explosible.
- 2. MAX ET ALEX FISCHER. Constantin et Zéphyrine.
- 3. TRISTAN BERNARD. L’homme à la moustache verte.
- 4. CAMI. L’archer aux dents creuses.
POUR PARAÎTRE LE 13 AVRIL.
- 5. WILLY. Cabotin par amour.
- 6. MAURICE DONNAY. La curieuse satisfaite.
- 7. PIERRE VEBER. Son pied quelque part.
- 8. MAX ET ALEX FISCHER. Les Durand !
[1] Les numéros qui précédent le titre de chaque fascicule indiquent leur ordre de publication.
SCEAUX. IMP. CHARAIRE