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L'homme tout nu cover

L'homme tout nu

Chapter 3: I
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About This Book

Credits: Laurent Vogel, Robin Tremblay and the Online Distributed Proofreading Team at https: //www. pgdp. net (This file was produced from images generously made available by The Internet Archive/Canadian Libraries)

PROLOGUE

I

En ce temps-là, Loys le Jeune, septième du nom, lequel fut si chagrin d’avoir brûlé au sac de Vitry treize cents personnes réfugiées dans une église, qu’il alla en croisade en faire périr un bien plus grand nombre, étant roi des fleurs de lys de France, et la reine Éléonore, sa femme, étant certes la plus belle dame et la plus experte aux choses de l’amour qui eût jamais résolu un jeu-parti ou présidé un tribunal de gaye-science ; Conrad de Souabe, de qui l’épée d’un seul coup coupait un Sarrasin en deux, portant la couronne de fer des empereurs d’Allemagne ; Eugène, évêque des évêques, qui fit un miracle pendant sa vie et deux miracles après sa mort (d’où l’on pourrait induire qu’un pontife décédé vaut mieux qu’un pontife vivant), étant pape à Paris pendant qu’Arnaud de Brescia était consul à Rome ; le marquisat de Provence ayant pour marquis Raymond, comte de Toulouse ; et Flodoard qui venait d’épouser une veuve, bien qu’un concile eût enjoint aux ecclésiastiques de ne se marier qu’avec des femmes vierges, étant évêque d’Avignon : en ce temps-là, le dixième jour des kalendes de mai, trois fils de noble père, Pierre, Marcabrus, Aymeril, sires de Pierrefeu, laissèrent dès l’aube levée leur habitacle familial, qui était bien la plus chétive châtellenie de la Langue d’oc, saluèrent d’un geste d’adieu l’écu armorial dont se décorait encore l’ogive disjointe du porche, et s’en allèrent à travers pays, sans damoiseau ni écuyer du corps, Pierre chevauchant un fort destrier d’Ongrie, comme il convient à un jeune et hautain baron, Aymeril assis sur une vieille haquenée avec l’air doux d’une personne d’Église, et Marcabrus à pied, par la raison que l’allure du plus pacifique quadrupède eût gâté en le secouant le vin épicé dont il avait rempli sa gourde de voyage, et aussi parce que, ses deux frères en selle, il n’avait pas même trouvé un roussin dans les écuries du château.

Cheminant de la sorte, avec d’inégales allures, ainsi qu’il est dit des trois frères Curiaces au premier livre des histoires de Titus Livius, ils arrivèrent, l’un après l’autre, en un lieu qui était appelé le carrefour de Marcellane ; c’était là que, jadis, Marthe, sœur de Lazare, venant de Palestine par mer, s’était arrêtée avec sa servante Marcelle. Sans doute il eût été plus naturel de donner à cet endroit le nom de Marthe elle-même, mais, depuis que la sainte y avait fait halte, il était passé là tant de serfs revenant de la glèbe, tant de routiers sans vergogne, de matois et de mercelots, de mauvais-garçons et autres turlupins, que le nom d’une servante était bien assez bon pour un lieu aussi mal famé.

Les trois frères, s’étant rejoints, ne se parlèrent pas d’abord. Autour d’eux, largement, le soleil d’avant midi illuminait et chauffait d’un bout à l’autre de l’horizon la plaine pierreuse et dorée de Provence. Nul bruit dans la solitude, sinon parmi l’herbe rase les cris secs des cigales, qui semblaient les pétillements de la terre brûlée.