AVERTISSEMENT
Ce livre, dont une traduction anglaise, sous le titre : The Unknown Guest, a été publiée, en 1914, en Angleterre et en Amérique, était sous presse quand éclata la guerre. Il paraît aujourd’hui à peu près tel qu’il fut écrit. Les sciences psychiques, arrêtées dans leur marche, comme tout ce qui n’a pas uniquement pour objet la mort et le malheur des hommes, sont demeurées au point où je les avais laissées ; et j’aurais eu peu de choses à ajouter à ce que j’en ai dit.
On a parlé, au cours de cette guerre, de la faillite de l’occultisme. Il est certain que toute sa partie plus ou moins légendaire, imaginaire et fantaisiste, tout ce qui se rapporte à la prédiction de l’avenir, à l’astrologie, aux talismans, aux envoûtements, à l’action à distances, etc., n’a pas résisté à l’effroyable épreuve. Mais les sciences psychiques proprement dites, qui, du reste, n’acceptent pas l’épithète de sciences occultes que leur décerne le vulgaire, n’ont subi aucune déconvenue et ont vu se manifester, dans la monstrueuse tourmente, souvent avec plus d’énergie, les mêmes phénomènes qu’elles étudiaient aux heures de la paix. Elles ont déjà recueilli et recueilleront assurément, après l’orage, un grand nombre de faits nouveaux se rattachant aux pressentiments, aux prémonitions, à la psychométrie, à la lucidité, à la télépathie entre vivants et à la télépathie d’outre-tombe, qu’on attribue, à tort ou à raison, à la survivance des morts. Il sera nécessaire de consacrer toute notre attention à l’étude de ce dernier phénomène ; et, cette fois, étant donné les circonstances, il nous sera peut-être accordé de serrer de plus près la prodigieuse énigme ; car jamais notre terre, depuis qu’elle a pris figure humaine, n’a vu s’accumuler sur elle, en aussi peu de temps, une telle masse de jeunes morts avides de se survivre. Des faits naturellement inexplicables, analogues à ceux que relate Sir Oliver Lodge dans son dernier livre : Raymond or Life and death, surgissent déjà et bientôt surgiront de toutes parts. Mais il faudra un certain temps pour les classer, les vérifier, les mettre au point ; et il serait téméraire d’en parler dès aujourd’hui. On ne rentre pas la moisson sous la pluie et les éclairs de la tempête.