Instruments en silex (fig. 20).—Les pointes et racloirs de type moustiérien abondent dans les couches aurignaciennes; mais on rencontre aussi bon nombre de formes jusqu'alors inusitées, entre autres des racloirs taillés sur des éclats très épais, parfois même sur des blocs ayant l'aspect de nuclei; ce dispositif a certainement été adopté pour que l'outil présentât une plus grande résistance à la rupture; il était donc destiné au travail de matières relativement dures. Puis viennent des lames à encoche simple ou double, d'autres retouchées d'un seul côté, formant ainsi des couteaux munis d'un dos; des perçoirs plus ou moins fins de pointe, des burins busqués et des burins d'angle, destinés au travail des matières résistantes, telles que la pierre, l'ivoire, l'os, la corne, le bois dur, etc... toutes ces formes sont nouvelles et quelques-unes persisteront jusqu'à l'apparition du métal.
Instruments en os.—L'outillage aurignacien en os est sommaire et grossièrement travaillé, il se compose de pointes fendues ou non à la base, de grosses épingles ou poinçons garnis d'une tête, de lissoirs et d'os portant des traits assez profondément gravés. Mais nous ne savons pas quel était l'usage de ces divers objets.
C'est avec l'industrie que nous venons d'examiner que se présentent les premières tentatives artistiques de l'homme, ou du moins les plus anciennes dont nous ayons actuellement connaissance. Ce sont des essais de gravure sur roche tendre et de naïves sculptures en haut relief, figurines représentant le plus souvent des femmes nues. Nous reviendrons sur ce sujet en parlant de l'Art aux temps quaternaires, mais il était utile de les citer ici, car la gravure et la sculpture expliquent l'existence des burins trapus et des racloirs très épais, indispensables pour entamer les matières dures.
Avec les restes de l'industrie aurignacienne, on rencontre les os de tous les animaux dont l'homme faisait alors sa nourriture, et dont il employait les dents et les os pour fabriquer les ustensiles nécessaires à sa vie, les fourrures pour son vêtement, car il faisait froid. Ces animaux sont: Elephas primigenius, Rhinoceros tichorinus, Ursus spelœus, Felis spelœa, Hyæna spelæa, Equus caballus, Bison priscus, Cervus megaceros (d'Irlande), le renne en très grand nombre, le bouquetin (Capra ibex), le chevreuil (Cervus capreolus), un ours et une hyène indéterminés.
Certes le gibier était abondant, mais souvent d'une capture difficile et les carnassiers étaient redoutables. Comment ces hommes se seraient-ils emparés d'animaux de cette puissance avec le seul outillage que nous connaissons d'eux? Ce ne sont pas les petites pointes de silex du type moustiérien qui étaient capables de les aider à jeter à terre un mammouth ou un bison. Ils disposaient certainement d'armes plus puissantes, faites de matières qui se sont corrompues, de bois ou de corne, et probablement aussi employaient-ils les lacets, les pièges et des fosses analogues à celles qui sont encore en usage dans l'Indo-Chine pour s'emparer du tigre, fosses garnies de bambous effilés fichés dans le sol, sur lesquels l'animal se transperce lui-même dans sa chute.
Fig. 20[87].—Industrie aurignacienne. Types principaux
de silex taillés.
(agrandir)
Cette observation, d'ailleurs, quant à l'insuffisance de l'armement de pierre, s'applique à toutes les phases du quaternaire, à bien des peuplades sauvages de nos temps; mais de nos jours ces primitifs accroissent l'efficacité de leurs flèches et de leurs piques par le poison dont ils enduisent les pointes: peut-être en était-il de même à ces époques reculées.
La teinture.—Nous ne possédons d'autres preuves de cet usage que la présence dans les couches aurignaciennes des cavernes de couleurs minérales. Dans la station des Roches (Indre), M. Septier a découvert dix-sept échantillons de matières colorantes, dont une plaque de sanguine, des terres argileuses rouges ou lie de vin, des grès contenant de l'oxyde de fer, de l'ocre rouge et jaune, de fragments de pyrolusite et d'oxyde de manganèse[88]. Des minerais de fer et de manganèse ont été découverts dans la grotte des fées[89], et dans la caverne aurignacienne des Cottés (Vienne) on a trouvé un canon de renne gravé renfermant de l'ocre[90].
Quel était l'usage de ces couleurs? les employait-on pour teindre les peaux dont les Aurignaciens faisaient leurs vêtements, ou pour des peintures corporelles, telles qu'ils s'en pratique encore chez de nombreuses tribus sauvages, telles qu'elles étaient en usage dans l'Égypte anté-historique, voire même chez les Ligures et les Gaulois? On serait porté à croire que ces gens se couvraient le corps de peintures, si l'on s'en rapporte aux objets qui accompagnaient les foyers de cette époque au Crot-du-Charnier (Solutré): ornements grossiers de parure en os et en ivoire, mélangés à des morceaux de matières colorantes et des plaquettes de schiste qui, probablement, comme dans la vallée du Nil, tenaient lieu de palette pour écraser et mélanger les couleurs avec l'huile, la graisse ou l'eau.
INDUSTRIE SOLUTRÉENNE.
Les coupes relevées au Crot-du-Charnier, à Solutré (Saône-et-Loire)[91], ne permettent aucun doute quant à la priorité de l'industrie aurignacienne sur celle des Solutréens, la première de ces deux industries étant représentée à la base par deux niveaux de foyers séparés entre eux et recouverts par des zones d'éboulis. C'est au-dessus de la dernière couche stérile que se trouvent les foyers solutréens accompagnés d'une faune tout autre que celle des niveaux inférieurs. On y rencontre en effet: le loup et le renard, Hyæna spelæa, Ursus spelœus et U. arctos, Meles laxus, Mustella pustorius, Lepus timidus, Elephas primigenius, Equus caballus, Cervus tarandus, Cervus canadensis, Bos primigenius, et des oiseaux indéterminés, échassiers, rapaces, etc.[92]... Dans les couches intermédiaires, entre les foyers des deux industries, est une assise composée entièrement d'ossements d'équidés. On avait même pensé que les Solutréens avaient domestiqué le cheval; mais cette opinion a été abandonnée[93].
Instruments en silex (fig. 21).—L'ensemble de cet outillage est remarquable par la finesse de sa technique. Les instruments, toujours composés d'éclats plus ou moins grands, habilement retouchés, sont de deux natures différentes. Les uns sont taillés seulement sur une face, pointes, grattoirs, perçoirs, scies, etc., analogues à ceux des industries moustiérienne et aurignacienne; les autres, façonnés sur les deux faces, mais peu épais sont des têtes de javelots, d'épieux, des poignards (?); tous affectent la forme lancéolée de la feuille de saule ou de celle de laurier; ils sont parfois arrondis à l'une de leurs extrémités, alors que l'autre demeure aiguë.
C'est une véritable révolution qui s'opère dans le travail de la pierre, lors de l'apparition de l'industrie solutréenne; et ce type de la pointe lancéolée sera de tous les temps et de tous les pays à des époques différentes. Au néolithique il se montre en Scandinavie, en Égypte, en Tunisie, dans le centre de l'Afrique, en Susiane, au Mexique, aux États-Unis, soit sous forme de pointes de flèches, soit de taille suffisante pour armer des lances ou des javelots; on le connaît en silex, en quartz, en pétro-silex, en obsidienne, etc...; mais on trouve aussi des têtes de flèches à crans et à pédoncule. Tout l'outillage des Aurignaciens se conserve, parfois même plus complet que dans cette industrie; on y voit le racloir double, le perçoir simple ou double, bref presque toutes les formes que peut prendre le silex sous la main d'habiles ouvriers.
Instruments en os.—Une série de belles aiguilles en os percées d'un chas et d'un travail délicat a été retirée de la couche de foyers où ces instruments de couture étaient en compagnie de pointes de flèches à crans, d'outils de bois de renne gravés au trait, de coquilles et de dents d'animaux perforées pour la suspension, et les Solutréens se livraient à des travaux d'art, gravaient sur les palettes des bois de renne, des figures animales.
Fig. 21[94].—Industrie solutréenne. Types principaux de
silex taillés.
(agrandir)
Distribution géographique.—Mais l'industrie solutréenne est cantonnée dans une partie de nos pays et présente un intérêt plutôt local. Elle fait presque complètement défaut dans le nord de la France, il en existe des traces en Belgique, dans les îles Britanniques, sur le Rhin en Bavière. Elle semble s'être surtout développée entre le Massif central et le Jura d'une part, et d'autre part vers les Pyrénées et l'Espagne dans la Catalogne.
Toutefois quelques découvertes faites à Prédmost (Moravie) et dans les cavernes des environs d'Oïcow (Pologne russe)[95], en Wurtemberg et en Hongrie ont paru pouvoir être attribuées à l'industrie solutréenne. Il se peut que les formes soient analogues; mais, par suite de l'éloignement de ces stations de l'aire solutréenne de France, déjà restreinte, il est bien difficile d'admettre l'identité et le synchronisme proposés par les Allemands.
Cette industrie, sûrement imposée par la faune et le climat d'une partie seulement de la France, semble être très spéciale à nos pays. Certaines de ses formes ont été en usage dans d'autres régions: la pointe de flèche à crans, la pointe à pédoncule, le grattoir double, la pointe en feuille de laurier, etc... Mais ces analogies ne doivent pas être prises en considération autrement que pour constater une fois de plus que des besoins analogues ont fait naître des instruments semblables: la présence de pointe de type solutréen (épais) dans le paléolithique inférieur de l'Égypte et de l'Algérie en est la preuve.
INDUSTRIE MAGDALÉNIENNE.
L'industrie dite magdalénienne, du nom de la grotte de la Madelaine, dans la commune de Tursac (Dordogne), constitue, dans nos pays, la phase finale de l'époque du renne, l'ultime témoin de la vie de l'homme pleistocène; elle est la dernière des cultures que nous désignons sous le nom d'archéolithiques.
À cette époque le climat de l'Europe occidentale demeure toujours très froid; et il est à penser que les frontières des continents vers la mer n'étaient pas établies telles qu'elles sont de nos jours, qu'il existait encore quelques grandes terres s'opposant au passage des courants marins qui font actuellement de nos pays des régions tempérées. Le climat de la France était alors continental. La preuve en est dans ce que notre sol nourrissait alors une faune arctique: antilope saïga, cerf du Canada, bœuf musqué, lemming, renard bleu, ours gris et l'animal du nord par excellence, le renne. Cependant les derniers mammouths et rhinocéros, probablement coupés dans leurs migrations vers le sud, vivent encore dans nos forêts; leur présence d'ailleurs ne doit pas surprendre; car, malgré l'apparition de froids intenses, ils ont encore pendant longtemps habité la Sibérie et, plus au nord, les îles Liakow.
L'homme vit toujours dans les cavernes et assurément aussi dans des abris souterrains qu'il construit de ses mains. Il conserve les habitudes de chasseur et de pêcheur, se nourrit de gibier et de poisson; mais l'expérience des générations qui l'ont précédé lui enseigne des perfectionnements nombreux dans le parti qu'il tire pour son armement des matières dures animales, telles que l'os et l'ivoire; probablement aussi emploie-t-il plus avantageusement le bois, la corne et toutes les substances qu'il avait à sa disposition, mais qui n'ont pas résisté aux injures des temps. Les Solutréens semblent avoir tiré de la taille du silex tous les avantages qu'on en pouvait alors attendre; après eux, c'est vers l'ivoire et l'os que se tourne l'attention des Magdaléniens et, bien que conservant la plupart des formes de leurs prédécesseurs, sauf toutefois la pointe en feuille de laurier et la pointe à cran, ils créent une multitude d'instruments nouveaux en os et en ivoire, instruments que, pour beaucoup, nous retrouvons encore en usage chez les peuples primitifs de nos temps.
Fig. 22.—Industrie magdalénienne (types principaux de
silex taillés).
(agrandir)
Instruments en silex (fig. 22).—La grande importance donnée par les Magdaléniens au travail de l'ivoire, de l'os et du bois de cerf et de renne, les contraignit à fabriquer toute une série d'instruments de silex particulièrement appropriés aux services qu'ils en attendaient pour ces travaux spéciaux; aussi voyons-nous paraître une foule de formes inconnues jusqu'alors. Ce sont des lames retouchées sur les côtés et munies d'un pédoncule probablement destiné à l'emmanchement, des racloirs droits ou obliques, des lames à crans multiples pouvant remplir le rôle de scies, des poinçons et burins, parfois d'une finesse extrême, puis des types hybrides de grattoir-burin. Il en est de même si fins, parmi ces instruments, qu'on a supposé qu'ils étaient destinés à percer le chas des aiguilles d'os ou à piquer la peau pour les tatouages; mais à côté de ces formes spéciales on retrouve les grands grattoirs simples ou doubles, les lames simples ou retouchées, en abondance extrême, très habilement enlevées des nuclei, lames de toutes tailles, depuis celles de quelques millimètres de largeur jusqu'aux longs couteaux de vingt et quelques centimètres de longueur, toutes en quantités innombrables dans les cavernes.
Instruments en os, en ivoire et en bois de renne et de cerf (fig. 23).—Nous n'envisagerons ici ces instruments qu'au point de vue de leur usage; tous sont plus ou moins ornés, leurs caractères artistiques seront traités dans le chapitre spécialement consacré aux arts.
Les instruments caractéristiques de l'industrie magdalénienne sont le harpon et la pointe de sagaie, ces armes étant toujours fabriquées en ivoire, en bois de renne ou en os.
La tête de sagaie est une simple tige de section ronde ou elliptique, très effilée à la pointe et soit large à la base, soit amincie, suivant que l'emmanchement se faisait par application sur l'extrémité de la hampe ou par la pénétration dans le bois creusé à l'avance. Dans les deux cas il était nécessaire de faire autour de cet emmanchement une forte ligature au moyen de nerfs préparés à cet effet. Les peuples primitifs modernes font grand usage de ces sortes d'armes et, dans nos musées ethnographiques, nous en conservons des panoplies entières.
Des pointes de petites dimensions armaient les têtes des flèches; car il est à penser que les Magdaléniens, si avancés sous le rapport de l'outillage, qui connaissaient le propulseur tel que celui dont les Australiens, les Tchouktches et les Esquimaux font encore usage[96], n'ignoraient pas l'emploi de l'arc, peut-être même les Solutréens étaient-ils déjà des archers.
Le harpon magdalénien est une longue pointe à section ronde, garnie de barbelures souvent très nombreuses, parfois rangées d'un seul côté, mais fréquemment aussi sur les deux côtés; dans ce cas les barbelures alternent à droite et à gauche, à distance égale les unes des autres.
Parmi ces harpons il en est de très petits qui, probablement, armaient des flèches; ils sont exécutés sur le même modèle.
Fig. 23.—Industrie magdalénienne (instruments en os et
en ivoire).
(agrandir)
À la base de ces instruments, deux pointes saillantes permettent d'assurer l'emmanchement et dans le cas où la hampe se séparerait de la pointe, à servir de cran d'arrêt au fil flotteur.
Quant aux propulseurs, la grotte du Mas d'Azil (Ariège), la station de Bruniquel (Tarn-et-Garonne) et bien d'autres localités nous en ont fourni des spécimens, soit entiers, soit en fragments. Ce sont des baguettes cylindriques munies d'un cran d'arrêt, semblables en tout aux propulseurs modernes, mais le plus généralement ornées de sculptures souvent très remarquables, représentant des animaux.
On rencontre, en outre, dans les grottes magdaléniennes, de singuliers instruments dont on ignore l'usage et auxquels on a donné le nom de «bâtons de commandement». Ce sont des morceaux de bois de renne coupés à une petite distance en dessous et en dessus de la naissance d'un andouiller, percés de larges trous circulaires et fréquemment ornés de gravures représentant des animaux ou de simples lignes plus ou moins régulières. On en rencontre des traces dès l'époque solutréenne; mais c'est au magdalénien qu'ils sont le plus fréquents.
Il n'est pas d'explications qui n'aient été proposées quant à l'usage de ces curieux instruments; la plus vraisemblable est celle qui leur attribue une valeur magique ou religieuse[97].
À cette liste, déjà longue, d'instruments en os, en ivoire et en bois de renne, il faut ajouter les aiguilles, remarquables par leur facture et surtout par l'habileté avec laquelle le chas en a été percé, des épingles garnies ou non d'une tête, des spatules, des lissoirs, des os effilés par polissage et des instruments de forme indéfinissable, dont la destination demeure inconnue.
Quand on voit combien les Magdaléniens étaient devenus habiles dans le travail de l'os, avec quel soin ils polissaient leurs instruments, on est surpris de constater qu'ils n'ont jamais tenté de polir la pierre elle-même. C'est par la finesse et la précision de la taille qu'ils suppléaient au tranchant produit par l'usure et, leurs principales armes étant en os et en ivoire, ils n'éprouvaient pas le besoin de les remplacer par des instruments fragiles de silex.
La céramique.—Aucune de nos stations magdaléniennes n'a fourni de poteries; mais les préhistoriens belges les plus dignes de foi affirment l'existence, dans les stations de même époque des vallées de la Meuse et de la Lesse, d'une céramique, très primitive il est vrai, mais nettement caractérisée.[98] Cette poterie est faite à la main, d'une pâte grossière et mal cuite. On n'en possède pas de vases entiers, mais de simples fragments, qui semblent avoir appartenu à de grands bols évasés et à fond plat.[99]
On sait que bien des tribus de nos temps, très primitives dans leur culture, ne connaissent pas l'usage de la poterie et que, principalement chez les nomades, les vases de terre sont exclus du mobilier par suite de leur fragilité; les peuples plus avancés les remplacent par des ustensiles métalliques, les plus barbares par des récipients de cuir ou de bois. C'est probablement ce qui avait lieu chez les troglodytes magdaléniens de nos régions. Cependant on rencontre parfois dans les cavernes des géodes de silex, de tailles diverses, aussi amincies par une taille grossière, et l'on trouve des galets creusés en forme de mortier,[100] quelquefois munis d'une sorte de manche. On a comparé ces pierres à cupules aux objets analogues dont se servent les sauvages de l'Amérique du Sud pour se procurer du feu, en faisant tourner rapidement dans ces cavités rugueuses un bâton de bois sec et inflammable.[101] L'existence de la poterie dans une station n'implique donc pas, d'une manière absolue, la nature et l'époque de l'industrie de ce gîte.
Distribution de l'industrie magdalénienne.—Cette industrie semble avoir occupé une aire considérable dans l'occident de l'Europe; on la rencontre dans presque toute la France, dans le sud et le centre de l'Angleterre, en Belgique, dans l'Allemagne centrale, l'Autriche, la Hongrie, en Pologne et jusqu'en Russie. Au sud, dans les pays méditerranéens on ne la connaît encore qu'en Espagne septentrionale, mais elle se montre dans les cavernes de la côte syrienne. Elle s'étend donc, sauf en ce qui concerne la Syrie, sur des régions qui, à ces époques, jouissaient de climats analogues et possédaient à peu de choses près la même flore et la même faune. La présence, dans les assises magdaléniennes, de coquilles de l'Océan et de la Méditerranée, employées comme parure, permet de penser qu'à cette époque les relations commerciales, de proche en proche, étaient assez étendues déjà, et l'on en a conclu que, débutant dans un de ses districts, ces formes se sont répandues au loin. Cette explication certainement est satisfaisante, parce que l'aire reconnue pour le magdalénien n'est pas immense, et que par suite le magdalénien, créé pour des conditions spéciales, n'est pas sorti de son milieu d'origine: quant à son foyer unique, son existence est loin d'être démontrée; car il se peut fort bien que la plupart de ses formes, étant voulues par les nouvelles conditions de la vie, soient apparues en même temps dans bien des régions différentes, chez des tribus très diverses au point de vue ethnique. Notre documentation relative aux districts orientaux de Russie, de Pologne, de Hongrie et de la Syrie est encore trop incomplète pour que nous soyons autorisés à unifier toutes les industries d'aspect général magdalénien, et à les considérer comme étant toutes contemporaines; nous ne savons même pas s'il existe un synchronisme parfait entre les conditions climatétiques de l'Occident et celles de l'Orient à l'époque du renne; si cet animal s'est retiré vers le nord en partant de nos régions ou des steppes de Russie. La présence actuelle de l'auroch dans les forêts de la Lithuanie, et son existence en Germanie au temps de César et de Tacite, alors qu'il avait disparu de la Gaule, semblerait indiquer que la migration de ces animaux se serait produite d'abord d'ouest en est, au travers de l'Europe centrale, en suivant les transformations climatériques, puis du sud au nord, à partir des plaines russes, pour gagner la Laponie et les côtés de l'océan Glacial. En ce cas, l'industrie appropriée aux conditions de la vie du renne aurait suivi et il n'existerait pour les diverses stations à partir des Alpes, aucun synchronisme. D'ailleurs, bien des milliers d'années après l'extinction de la culture magdalénienne dans nos pays, de nombreuses tribus septentrionales ont encore conservé des souvenirs de ces industries; et il n'est pas possible de nier que ces inventions, correspondant à des usages spéciaux, ne sont pas nées partout où le besoin s'en est fait sentir (fig. 24).
Fig. 24.—Silex taillés de l'industrie capsienne.—1 à 8
El Mekta (Tunisie).—9 à 15, Fum el Maza (Tunisie).
(agrandir)
L'industrie magdalénienne, même en Occident, est très loin d'être homogène: dans les nombreuses stations où l'on trouve ses restes, elle varie dans bien des détails de l'outillage, ainsi que dans le développement plus ou moins grand des goûts artistiques; ce sont là différences dues soit à des conditions régionales, soit à l'époque relative des stations les unes par rapport aux autres; mais par suite de la nature des recherches, des méthodes employées et des tendances d'esprit des chercheurs, ces divers témoins de la vie magdalénienne ont reçu des noms plus ou moins justifiés, chacun étant considéré, bien à tort à notre avis, comme correspondant à des âges spéciaux. C'est ainsi que nous voyons paraître les industries éburnéenne, glyptique, gourdanienne, larandienne, lortetienne, élaphotarandienne, hippiquienne, équidienne, élaphienne, etc., auxquelles on a voulu, bien à tort, faire jouer un rôle chronologique, désignations qui n'ont qu'une valeur régionale, pour la plupart, et qui montrent qu'en dépit des théories généralisatrices, les chercheurs, en contact avec la réalité, ont tous une tendance à partager ces industries suivant les lieux et les climats, et accordent au régionalisme préhistorique une très grande importance.
Après avoir fait l'exposé de tout ce que nous connaissons des industries qui, dans nos pays, se sont développées aux temps quaternaires, il semble utile de résumer en un tableau les faits les plus importants relatifs à la vie de l'homme, au climat et à la faune. Nous empruntons les principales lignes de ce tableau à M. M. Boule[102].
| Pliocène supérieur.— |
Alluvions des plateaux. Moraines de la 1re grande extension glaciaire. |
Elephas meridionalis. Rhinoceros etruscus. Equus stenonis, etc. |
||
| Couches de transition du Forest-bed, de Saint-Prest de Solihac. | Climat Tempéré. | Industrie éolithique (?) | ||
| Pleistocène inférieur.— |
Moraines de la IIe grande période glaciaire. | Elephas antiquus, Rhinoceros Mercki, Hippopotame. Climat froid et humide. |
Type chelléen prédominant | |
| Alluvions des terrasses moyennes, tufs calcaires. | Époque de l'Hippopotame. Climat doux. |
|||
| Moyen.— | Moraines de la IIIe grande époque glaciaire. | Mammouth, rhinocéros à narines cloisonnées ours, hyène. Climat froid et humide. |
Type acheuléen prédominant. | Industrie paléolithique |
| Dépôts de remplissage des grottes, lœss, alluvions des bas niveaux ou des terrasses inférieures. | Époque du Mammouth. | Type moustiérien prédominant. | ||
| Supérieur.— | Dépôt supérieur des grottes. Partie supérieure du lœss. |
Époque du Renne, faune des steppes. Climat froid et sec. |
Industrie archéolitique. |
|
| Couches de transition. | Cervus elaphus, Castor. | Industrie mésolithique |
||
| Actuel.— | Alluvions récentes, tourbières. | Espèces actuelles, animaux domestiques. Climat voisin de l'actuel. |
Industrie néolithique: les métaux. |
Fig. 25.—Stations préhistoriques du désert entre la
vallée du Nil et les oasis Relevé de G. Legrain en 1897.
(agrandir)
On ne saurait trop insister sur ce fait que ce tableau n'est applicable qu'aux pays occidentaux de l'Europe, tant par les phénomènes glaciaires qu'il indique que par les climats, les faunes et les industries qui en sont la conséquence; bien des régions n'ont pas connu les effets de la période glaciaire, d'autres n'ont été affectés que par une grande recrudescence de l'humidité atmosphérique: il en est résulté dans leurs faunes des modifications tout autres que celles qui ont eu lieu dans nos régions du Nord, et en conséquence la vie de l'homme y a suivi un cours tout différent. C'est ainsi que les habitants de l'Égypte semblent être passés directement de l'industrie paléolithique au néolithique, peut-être même à l'énéolithique, et qu'il paraît en être de même pour la Mésopotamie. Toutefois nous ne sommes pas autorisés à nier d'une manière absolue l'existence des industries archéolithiques dans quelques parties de ces pays orientaux, en nous basant sur ce que nous n'en avons pas encore rencontré de traces. Il est certain qu'à la suite des grandes inondations quaternaires ces régions sont demeurées longtemps désertes: l'apparition soudaine de l'industrie énéolithique dans la vallée du Nil et dans la Chaldée viendrait à l'appui de cette dernière hypothèse. Dans les déserts égyptien (fig. 25), arabe et syrien, les instruments paléolithiques sont extrêmement nombreux. La population a donc été relativement fort dense dans ce pays; puis, nous l'avons vu, survient un hiatus comprenant tout ce qui, dans l'Europe occidentale, correspond aux industries archéolithiques et mésolithiques. On pourrait alléguer que cette lacune n'est qu'apparente, qu'elle n'est due qu'à l'insuffisance de nos recherches. Je ne le pense pas, étant données les immensités dans lesquelles ne paraît aucune forme d'instrument qu'on puisse rattacher aux industries archéolithiques.
CHAPITRE III
LES INDUSTRIES MÉSOLITHIQUES
Les palethnologues ont coutume de ranger, dans la phase industrielle néolithique, des cultures très différentes de celles que nous venons d'examiner et qu'ils considèrent comme formant la transition entre les industries de la pierre éclatée et l'outil en pierre polie. D'une part on trouve, dans les mobiliers appartenant à ces groupes, beaucoup d'instruments qui leur sont communs avec ceux des Magdaléniens et, d'autre part, apparaissent des formes nouvelles ne comprenant pas celles de la pierre polie. En 1909[103] j'ai proposé pour ces industries intermédiaires le nom de Mésolithiques.
«En réalité, dit J. Déchelette dans son Manuel[104], l'ancienne technique, celle de la taille du silex, subsista parallèlement aux procédés nouveaux. Plusieurs types d'outils, lames simples, lames à encoches, grattoirs, perçoirs, etc., types qui forment le fond des outillages en silex de tous les temps et de toutes les latitudes, demeurent en usage, subissant parfois de légères modifications. Des outils nouveaux, taillés de même par percussion ou par pression, apparaissent à côté des types anciens.»
Dans nos pays, à cette époque, les conditions de la vie s'étaient modifiées: au froid sec des temps magdaléniens a succédé tout d'abord un climat tempéré, humide, les glaciers se cantonnant peu à peu dans les régions qu'ils occupent aujourd'hui. La faune actuelle s'établit alors, le renne se retira dans les régions boréales et les pachydermes disparurent, alors qu'ils avaient survécu aux froids intenses des derniers temps quaternaires, et que, cependant, les conditions étaient devenues pour eux en Gaule plus favorables que par le passé.
Cette disparition, coïncidant avec l'abandon des arts, si développés chez les Magdaléniens, laissent à penser qu'en dépit des raisonnements et des conclusions de la plupart des préhistoriens[105], il existe une lacune dans nos connaissances, hiatus dont l'existence ne peut être niée[106]. Les phénomènes qui ont pris place à cette époque et qui ont causé cet hiatus étaient assurément d'ordre naturel, sans quoi le mammouth, le bison et bien d'autres animaux encore ne se seraient pas subitement éteints. Quant à la disparition des arts, elle est complète, ou, du moins, les timides tentatives des premiers temps des industries mésolithique et néolithique ne sont certainement pas une dégénérescence de l'art des cavernes: car elles ne se présentent pas inspirées par le même esprit.
À partir du début des industries mésolithiques, on constate une beaucoup plus grande variété de cultures que dans les temps quaternaires. C'est qu'au grand nombre de régions climatériques correspondent des besoins spéciaux, et que l'esprit humain s'étant ouvert, il en résulte des groupements plus intimes que par le passé, un grand développement des goûts et des tendances régionales. Quant aux migrations auxquelles jadis on attribuait peut-être trop d'importance, mais qu'on semble nier par trop aussi aujourd'hui, elles ont assurément été pour beaucoup dans la transformation des civilisations de l'Europe occidentale. Sans les faire intervenir, on s'expliquerait malaisément que les tribus magdaléniennes, demeurées dans leur pays d'origine, aient dépéri au point de ne rien laisser de leur civilisation, au moment même où les conditions de leur existence devenaient plus favorables. Quoi qu'il en soit, les cavernes sont presque toutes délaissées à cette époque, bien qu'elles offrissent toujours d'excellents abris. Sans aucun doute ces transformations subites dans la vie résultent de causes profondes, et tout porte à croire qu'elles sont dues à l'intervention de peuples nouvellement venus dans nos pays.
Il ne faut pas oublier que la Sibérie qui, depuis les débuts de l'ère glaciaire, était sans communications avec l'Europe, séparée qu'elle en était par les glaciers des steppes russes et le lac aralo-caspien, venait de s'ouvrir sur l'ancien monde et que ses hordes, chassées de leur patrie par le froid s'ébranlaient pour venir, par vagues successives, envahir l'Europe, l'Iran, les Indes à la recherche de plus grandes facilités de la vie. Ces migrations d'Est en Ouest ont débuté de très bonne heure et se sont poursuivies presque jusqu'à nos jours, les flots succédant aux flots sans relâche. C'est dans ces mouvements qu'il faut chercher la cause du trouble que nous constatons dans la succession des industries occidentales, celle de l'apparition des brachycéphales, celle des langues du groupe aryen. Une grande révolution s'accomplit alors.
Industrie azilienne.—Parmi les rares découvertes capables de jeter quelque lumière sur les débuts des industries mésolithiques, il convient de citer en première ligne celles de Piette dans la grotte du mas d'Azil (Ariège)[107].
Au-dessus de deux lits nettement caractérisés de l'industrie magdalénienne séparée de ces dépôts par une bande de limon fluvial jaune, se trouvaient les restes d'une culture à laquelle Piette a donné le nom d'époque azilienne. Là se trouvaient des foyers, des amas de peroxyde de fer, de nombreux os de cerf, aucun de renne, des silex taillés du type magdalénien, en grande abondance, petits racloirs arrondis, outils en «lame de canif», des harpons aplatis et perforés en bois de cerf, des poinçons et lissoirs en os, des os brisés constatant la présence dans la région du cerf commun, du chevreuil, de l'ours, du sanglier, du castor, du blaireau, du chat sauvage, etc... Piette rencontra de nombreux galets de schiste portant des marques tracées à l'ocre rouge. Ce dernier fait, bien que très étonnant, se trouve confirmé par des découvertes analogues dans d'autres cavernes, entre autres dans celles de Cousade[108], près de Narbonne, et de la Tourasse[109].
Dans cette même couche étaient deux squelettes dont nous aurons à parler plus loin, au sujet des usages funéraires.
Fig. 26.—Harpons en os et en bois de cerf.—1-3, Mas
d'Azil.—2-4, Grotte de la Tourasse (Hte-Garonne).—5-6, Grotte de
Reilhac (Lot).
(agrandir)
Au-dessus de la couche azilienne, l'explorateur a rencontré un dernier niveau archéologique renfermant, entre autres instruments, des outils en pierre polie. L'industrie azilienne est donc intermédiaire entre celle des Magdaléniens et la culture néolithique.
Ce n'est pas seulement au mas d'Azil qu'on rencontre les restes de cette industrie; bien des grottes de l'Ariège, de la Haute-Garonne, en contiennent, et si l'on s'en rapporte à la forme des harpons, on retrouve cette même forme dans la Dordogne, et même en Écosse, dans la caverne d'Oban (Argyllshire); mais il serait téméraire d'établir des similitudes reposant seulement sur la forme d'un instrument.
Industrie tourassienne.—Parmi les industries mésolithiques, il convient de citer, en passant, l'industrie nommée tourassienne, par G. de Mortillet[110], que ce savant archéologue considérait comme l'étape marquant la dégénérescence et l'extinction de l'industrie quaternaire. Il y voyait une époque spéciale dont il croyait retrouver les traces dans toute l'Europe, dans le bassin méditerranéen et jusqu'aux Indes. En réalité, cette industrie ne semble pas correspondre à une culture particulière, mais bien à des besoins spéciaux, mal définis encore, communs à une foule de pays, probablement à des époques diverses, comprenant, semble-t-il, la fin des industries mésolithiques et le commencement de celles de la pierre polie.
Industrie des kjœkkenmœddings[111] danois.—Les kjœkkenmœddings, ou débris de cuisine, sont des buttes de détritus laissés par le populations à proximité de leurs habitations, parfois sur le site même de leur campement. Ces buttes sont de tous les temps et de tous les lieux; en Europe occidentale et septentrionale, au Japon, au Brésil, au Chili, en Patagonie, dans l'Amérique du Nord, on les rencontre sur les côtes; en Égypte ils sont situés dans le désert, à quelques centaines de pas de la zone qu'atteint le Nil dans ses crues. Envisagés dans leur acception la plus large, ces restes de campements appartiennent à toutes les époques, même aux temps modernes.
En Danemark[112], les kjœkkenmœddings renferment les restes de la plus ancienne civilisation de la pierre connue dans les régions scandinaves. Ces buttes se sont formées aussitôt que, le pays étant débarrassé de glaces, l'homme en a pu prendre possession. Elles sont, en général, larges de cinq à six mètres, hautes de deux ou trois et leur longueur varie entre vingt et quatre cents mètres; elles se composent d'un amas de coquilles et d'os, restes des produits de la chasse et de la pêche, renferment des silex taillés d'un type spécial, racloirs, tranchets, nuclei, couteaux, perçoirs, etc., des os, des bois de cerf travaillés, et des fragments de poterie grossière. La hache polie fait complètement défaut dans ces gisements qu'on juge être synchroniques de nos campements campigniens du nord de la France. Dans ces buttes on trouve fréquemment les foyers d'antan, encore en place, et parfois les squelettes des hommes qui habitaient ces villages, formés probablement de huttes de branchages recouvertes de mottes de terre et alignées en une longue file sur le côté.
Industrie campignienne.—Cette industrie, localisée au nord de la Gaule, semble avoir, dans cette région, immédiatement précédé l'industrie néolithique; son outillage se compose de racloirs, couteaux, lames à encoches, perçoirs, des temps précédents, auxquels viennent s'ajouter les tranchets, en grand nombre, et les pics.
Les stations de cette industrie se rencontrent principalement dans les départements de la Somme et de la Seine-Inférieure, sous forme de fonds de cabanes où, parmi les cendres, sur une hauteur de 0 m. 60 à 0 m. 80 et une largeur de 3 à 6 mètres se trouvent les foyers et les objets divers les accompagnant: silex taillés, éclats, fragments de poterie généralement grossière, mais dont quelques-uns sont parés d'ornements géométriques gravés à la pointe dans la pâte molle, meules à bras et molettes. On rencontre très rarement dans ces fonds de cabanes la hache polie; toutefois la présence de cet instrument dans cette industrie est encore discutée[113]. Les têtes de flèches lancéolées ou barbelées, si abondantes dans l'outillage néolithique, font complètement défaut.
C'est en 1872 qu'a été découverte par Eugène de Morgan[114] la station du Campigny, près de Blangy-sur-Bresles (Seine-Inférieure), et en 1886 Ph. Salmon proposa de créer une «époque campignienne».
Bien que beaucoup d'autres campements de cette nature aient été reconnus en ces dernières années, les opinions sont encore partagées au sujet de cette industrie qui n'a pas été rencontrée jusqu'ici en gisements stratifiés, superposés à des industries plus anciennes, ou supportant d'autres plus récentes. «Ces stations, très pauvres en haches polies, disait G. de Mortillet[115], ont un cachet tout particulier; elles pourraient bien représenter, en France, le commencement de l'époque néolithique.»
Les industries mésolithiques, très nombreuses, assurément, ont été jusqu'à ce jour fort mal étudiées, aussi bien dans notre pays qu'à l'étranger; la raison en est que les gisements sont toujours isolés, sans relations stratigraphiques avec les autres industries, que les sépultures néolithiques sont le plus souvent des ossuaires où se mélangent squelettes et mobiliers des époques diverses; dès lors on ne peut savoir si déjà elles étaient en usage aux temps de l'industrie mésolithique enfin que les types appartenant à ces industries qui se trouvent dans les collections ont été, la plupart du temps, ramassés à la surface du sol. Peut-être convient-il de ranger dans les industries mésolithiques certains types de l'Afrique du Nord et de la Syrie. Tout ce qu'il est possible d'affirmer à leur égard est qu'elles ne renferment plus que très rarement des formes spéciales archéologiques, et que la pierre polie ne se montre pas communément dans leurs gisements.
J'ai souvenir d'avoir, moi-même, en 1873, trouvé dans un fond de hutte au Campigny, une hache néolithique en silex, polie et retaillée, au tranchant, mais non repolie. Cette observation permettrait de supposer que l'industrie campignienne aurait existé dans le nord de la France, alors que le néolithique avait déjà pris son essor dans d'autres régions, peut-être peu lointaines, et que les haches polies, très rares, qu'on rencontre parfois dans les mobiliers campigniens parvenaient par le commerce en Picardie. On peut opposer cependant à cette découverte l'opinion que les villages campigniens n'ont pas cessé d'être habités lors de l'apparition dans le pays de l'industrie néolithique et que, par suite, la présence de haches polies dans les fonds de cabanes peut être due à l'occupation postérieure du village par des hommes connaissant le polissage du silex.
Fig. 27.—Silex taillés campigniens (Le Campigny,
Seine-Inférieure).
(agrandir)
CHAPITRE IV
LES INDUSTRIES NÉOLITHIQUES
Avec l'industrie néolithique, nous voyons, dans le monde entier, surgir des innovations sans nombre; il apparaît clairement que cette phase du développement de l'intelligence humaine fut celle qui ouvrit au progrès ses véritables voies. Le polissage des matières dures qui, nous l'avons vu, était appliqué à l'os et à l'ivoire, dès le pleistocène, dans les industries solutréenne et magdalénienne, est alors général; il devient d'usage pour aiguiser les roches les plus dures, le silex, le jade, la diorite, la syénite, etc., et leur donner une forme reconnue pour être la mieux adaptée à la destination des instruments. L'homme, toujours chasseur et guerrier, façonne les pointes de ses flèches de mille manières; mais le plus souvent, il s'inspire du harpon d'antan, et les munit de barbelures (fig. 28). Il ne se contente plus des peaux de bêtes pour se vêtir, mais tisse la laine et les fibres des plantes, perfectionne ses arts céramiques, asservit les animaux à ses volontés, élève le bétail, se construit des demeures sur terre et sur les eaux, creuse des pirogues, enfin cultive les céréales. Les portes sont grandes ouvertes pour qu'il entre véritablement dans le progrès; il lui suffira de développer ses connaissances, d'améliorer ses moyens de fabrication et, le jour où paraîtra le métal, il sera définitivement sorti de la barbarie.
Fig. 28.—Pointes de flèche.—1-8, Abydos (Coll. de
l'auteur, don au Musée de St-Germain).—9-14, Ouargla (récolte
Pézard).—15. Suse (Musée de St-Germain).—16, Alcala
(Portugal).—17, Gironde (S.-G.).—18, Aveyron (S.-G).—19, Dolmen de
Gourillach (Finistère).—20, Fayoum.—21, Californie (obsidienne).—22,
Aveyron.—23, (id.).—24, Finistère.—25, Loir-et-Cher.—26, Abruzzes
(Italie).—27, Aube.
(agrandir)
En même temps qu'il améliore sa vie, sa pensée se développe, il cherche le pourquoi des choses et, de ses méditations en présence des phénomènes de la nature, des incidents de l'existence, s'affirment des idées religieuses ou superstitieuses, ses sépultures témoignent d'une croyance à la seconde vie, l'architecture commence avec les pierres levées et les dolmens, les allées couvertes. L'ouvrier devient mineur, va chercher dans le sein de la terre de belles matières afin d'en faire ses outils et ses armes, il creuse le sol, attaque les bancs géologiques, et cette matière première, ce silex devient un objet de commerce très étendu, parce qu'il manque dans bien des régions. De vastes ateliers se créent pour alimenter l'exportation de la pierre taillée. Les beaux silex de Spiennes et du Grand Pressigny vont jusqu'en Suisse et l'ambre arrive en Gaule de pays lointains. Enfin l'homme protège ses agglomérations au moyen d'enceintes fortifiées, s'établit dans des Acropoles.
Les arts glyptiques, disparus avec les Magdaléniens, leurs auteurs, sont remplacés par de grossières représentations de l'homme lui-même, de ses armes, et par des ornements géométriques indignes de la perfection qu'atteint la taille de la pierre. En Égypte, en Scandinavie, grâce à l'abondance et à la belle qualité du silex dans ces pays, cette pierre se transforme en véritables œuvres d'art, sous forme de couteaux, de poignards, de têtes de javelots et de lances, de pointes de flèches, et les ouvriers deviennent si habiles qu'ils taillent même des bracelets légers et minces comme s'ils étaient faits de métal. Dans la vallée du Nil, dans les pays élamites, en Syrie, en Crète, dans l'Hellade d'aujourd'hui, la poterie peinte se montre, semblant n'être que la descendance d'arts plus anciens, dont les origines sont encore mystérieuses.
Mais, suivant les régions et suivant les peuples qui les habitent, il s'établit une foule de foyers de la culture néolithique, chacun possédant ses qualités propres, ses caractéristiques. Les types des instruments diffèrent d'un pays à un autre[116], au point que, pour un ethnologue accoutumé à manier les silex travaillés, il est aisé de distinguer, à première vue, la provenance de chacun d'eux.
La multiplicité des foyers néolithiques ne fait aucun doute; mais il nous serait impossible de fixer la position géographique d'un seul d'entre eux et, bien certainement aussi, ces divers centres ont souvent réagi les uns sur les autres. Les peuples, dans le monde entier, étaient, après les temps quaternaires, fort mélangés; aussi leurs industries s'enchevêtrent-elles d'une manière désespérante pour celui qui s'efforce de trouver les origines même d'un seul des groupes humains.
La propagation de l'ambre, matière nordique, jusque dans notre occident, montre combien étaient étendues les relations d'alors, et bien des preuves viennent nous convaincre que dans ces temps encore de grands mouvements de peuples vinrent, à bien des reprises, changer la face des choses en Europe. L'histoire légendaire nous entretient de quelques-uns de ces mouvements.
Si le milieu recevant était compliqué par le fait de migrations antérieures, le flot envahisseur ne l'était pas moins. Il y eut sûrement une multitude de mouvements qui, ne touchant que les voies naturelles, se recouvrirent, se croisèrent, laissant entre eux de vastes espaces indemnes de leur action directe. Il semble, en effet, certain que ce ne sont pas les mêmes hommes qui élevèrent les monuments mégalithiques, et qui bâtirent les villages lacustres; que les divers types de l'industrie néolithique, répondant à des tendances différentes, impliquent la diversité des origines ethniques. Et, côte à côte, on rencontrait alors, comme parfois encore de nos jours, des cultures très diverses comme développement. L'examen des diverses tribus Peaux-Rouges de l'Amérique méridionale en fournit aujourd'hui même de frappants exemples, et les colonies hollandaises de la Malaisie montrent pour le moins trois degrés d'avancement continuant à persister, quoique les trois classes d'hommes vivent côte à côte. Pour ne parler que de l'Occident européen, n'est-il pas concluant de constater qu'en France et en Angleterre la hache néolithique polie est arrondie sur les côtés, que dans les pays scandinaves et la Finlande, le nord de l'Allemagne, les îles de la mer Baltique, elle est taillée et polie carrément sur ses bords, que dans les palafittes son tranchant seul est poli, et qu'en Italie elle porte une large rainure?
Fig. 29.—Armes et outils néolithiques de l'Amérique du
Nord.
(agrandir)
En se généralisant, le problème devient plus insoluble encore; car le monde entier, ou presque entier, a connu la hache en pierre polie, comme il a connu le coup de poing de type acheuléen: mais, alors que le coup de poing est à peu de chose près du même type dans toutes les régions, il n'en est pas de même pour la hache polie dont la forme varie à l'infini, tout en conservant les mêmes principes statiques.
De même que pour l'étude des industries quaternaires, celles relatives aux cultures néolithiques sont encore cantonnées dans les pays européens, asiatiques de l'Ouest et africains du Nord; car ce que nous savons du reste des vieux continents et du Nouveau Monde (fig. 29) est encore bien imprécis. En Amérique, toutes ces civilisations, si compliquées dans certaines régions, si primitives dans d'autres, toutes comprises sous la vague appellation de pré-colombiennes, ne nous sont connues ni par leur étendue géographique, ni par leur époque, alors que pour celles de l'Ancien Monde, nous commençons à voir plus clair non seulement dans leur étendue, mais aussi dans leur succession pour chaque région.
Fig. 30.—Outillage néolithique de la Scandinavie
(Danemark et Scanie).
(agrandir)
Dans les pays scandinaves (fig. 30), on constate aux débuts l'existence d'une industrie dans laquelle la hache est entièrement polie, ou polie seulement sur son tranchant; puis vient l'apparition de la hache percée, ou hache-marteau, dénotant une habileté consommée dans le travail de la pierre; enfin l'établissement d'une phase de transition répondant à l'apparition du métal (industrie énéolithique).
En Espagne[117], on distingue trois époques: une industrie locale, d'aspect archaïque, avec quelques objets polis, probablement importés, répondant à l'époque des kjœkkenmœddings portugais (industrie mésolithique?), mais non pas à celle de la civilisation analogue en Scandinavie; ensuite, le plein développement du travail de la pierre polie et de la poterie ornée, cette industrie rappelant beaucoup comme art et comme technique, celle des premières villes d'Hissarlik; enfin vient l'apogée de la taille du silex et le commencement des métaux (énéolithique).
En Suisse, l'industrie lacustre comprend trois périodes successives: tout d'abord celle des haches, petites, à peine polies, fabriquées en roches indigènes; les os sont alors travaillés d'une façon rudimentaire et la poterie, grossière, n'est pas ornée (fig. 31); puis vient l'industrie des haches plus grandes, simples ou perforées, de matière souvent étrangère à la Suisse; la poterie, moins grossière, est alors simplement ornée. Enfin paraissent les haches-marteaux perforées, qui abondent dans certaines stations; le travail de la pierre, de l'os, de la corne est dès lors à son apogée; on ne voit plus de roches étrangères, la poterie s'orne de plus en plus; le métal fait son apparition (énéolithique).
Fig. 31.—Outillage néolithique des Cités lacustres.
(agrandir)
1, 2 et 3, Haches polies seulement au tranchant (lac de Neuchâtel) (1/3 G. N.).—4, Manche de hache (lac de Neuchâtel) (1/3 G. N.).—5, Hache emmanchée (lac de Neuchâtel) (1/4 G. N.).—6, Id., lac de Chalins (1/4 G. N.),—7, Herminetie (lac de Bienne) (1/4 G. N.).—8, Ciseau, Latringeu (Suisse) (1/2 G. N.).—9, Hache-marteau (lac de Neuchâtel) (1/3 G. N.).—10, Arc (Robenhausen, Suisse) (1/8 G. N.).—11, Pointe de flèche (lac de Neuchâtel). (G. N.).—12, Massue en bois d'if (Robenhausen) (1/6 G. N,).—13, Poignard en bois d'if (Robenhausen) (1/2 G. N.).—14, Poinçon en os (lac de Neuchâtel) (1/2 G. N.).—15, Poinçon en bois de cerf (lac de Chalins) (1/2 G. N.).—16, Scie montée en bois (Robenhausen) (2/3 G. N.).—17, Id. (lac de Moosseedorf) (2/3 G. N.).—18, Racloir en silex (lac de Neuchâtel) (2/3 G. N.).—19, Pointe en silex (lac de Neuchâtel) (2/3 G. N.).—20, Épingle en os (lac de Neuchâtel) (1/3 G. N.).—21, Aiguille en os (lac de Neuchâtel) (1/3 G. N.)
Fig. 32.—Couteaux de silex Messawiyeh (Haute-Égypte)
(Fouilles Garstang).
(agrandir)
Fig. 33.—Pointes de silex de la Haute-Égypte
(agrandir)
1 et 2, Adimiyeh (Rech. Henri de Morgan).—3, 4 et 5, Négadah (Rech. Flinders Petrie).
En Italie, où l'on ne rencontre jamais de haches polies en silex, où toutes sont façonnées dans des roches dures, il semble que dans cette péninsule, deux courants néolithiques se soient réunis: l'un venant du Jura et de la Suisse, qui, traversant les Alpes, serait descendu dans la vallée du Pô et du Tessin, sans dépasser le Pô; l'autre arrivant du bassin du Danube, par l'Istrie, l'Émilie et la Vénétie, se serait avancé, en longeant les côtes adriatiques, jusque dans l'Apulie.
Fig. 34.—Haches en pierre polie. Tépéh Goulam (Poucht é
Kouh et Louristan).
(agrandir)
Pour la France, le sud de l'Angleterre et la Belgique[118], il semble que nous devons adopter trois divisions: tout d'abord une industrie très voisine du Campignien, mais possédant la hache polie et la tête de flèche caractéristique du néolithique; ensuite celle de la hache-marteau, correspondant à l'introduction des roches étrangères et à l'apogée dans la taille du silex; enfin l'emploi du métal concurremment avec l'industrie précédente; la poterie s'améliorant au cours de ces trois phases.
Fig. 35.—Hache-marteau en serpentine—Chaldée. (Coll. de
l'auteur, Musée de St-Germain).
(agrandir)
En Égypte (fig. 32 et Fig. 33)[119], il n'y aurait eu que deux phases, celle de la hache polie du type européen, dans laquelle le silex fait seul tous les frais de l'outillage[120], et la période énéolithique dans laquelle le travail du silex atteint son apogée. Alors se trouve en même temps l'emploi des roches dures et du métal; la poterie ornée de peintures à l'ocre rouge atteint sa plus grande perfection. Nous verrons plus loin que l'usage du métal dans la vallée du Nil et les arts semblent être venus de l'Asie.
En Élam (fig. 34) et dans la Chaldée (fig. 35 et 36), on rencontre également deux phases, celle de la hache polie du type européen[121], quoique plus plate, et l'industrie énéolithique, avec son admirable céramique peinte déjà très stylisée, ses instruments variés, ses haches-marteaux, ses pointes du type solutréen et ses armes et ustensiles métalliques très primitifs.
Fig. 36.—Instruments de silex.—Yokha (Chaldée). Coll.
de l'auteur (Musée de St-Germain).
(agrandir)
Le Sahara et la Tunisie (fig. 37) montrent une industrie qui offre beaucoup d'analogie avec celle de l'Égypte, mais on n'y rencontre pas ces grandes lames merveilleusement ouvrées de la vallée du Nil. L'industrie de la Palestine est plus proche parente de celle de l'Égypte (fig. 38) que celle du Nord de l'Afrique.
Fig. 37.—Néolithique du Sahara (Rech. Pézard) (environs
de Ouargla). 1 et 3, Coquille d'œuf d'autruche.—2, Silex blond
opaque.—4, Silex brun veiné de noir.—5, Silex gris, patine
blanche.—6, Silex blond opaque.—7 à 9, Silex jaune translucide.—10,
Silex blond opaque.—11, Silex opalin translucide.—12, Silex
jaune.—13, Silex opalin translucide.
(agrandir)
Fig. 38.—Instruments néolithiques, de la Palestine.
1-3, Sour Baher (Jérusalem).—4-5, Vallée d'Hesban (d'ap. Vincent.)
(agrandir)
Là, à peu de chose près, se bornent nos connaissances quant à la division des industries néolithiques dans les pays explorés jusqu'à ce jour. Comme on le voit, l'évolution de chaque pays a été indépendante dans ses grandes lignes; mais aussi les différences constatées sont souvent dues à des influences étrangères.
Quant à l'âge que l'on peut assigner à l'industrie néolithique, il est naturellement variable suivant les pays. O. Montelius, s'appuyant sur la stratigraphie du Tell de Suse et sur les observations de même ordre faites en Égypte, accorde vingt mille ans à l'apparition de la hache polie en Élam et dans la vallée du Nil. Cette estimation est beaucoup trop élevée, car elle accorderait douze mille ans environ à la durée de la phase néolithique pure dans ces deux pays, et l'importance des restes laissés par cette industrie, en Égypte comme en Susiane, ne légitime aucunement cette appréciation. Toutefois nous devons avouer que nous ne possédons pas de base pour fixer chronologiquement les débuts de cette culture dans aucun pays. Par suite, toute appréciation à cet égard ne peut être que du domaine de l'imagination.
En ce qui concerne la limite inférieure, nous sommes moins mal renseignés, parce que nous approchons des temps historiques. En Chaldée, c'est vers la fin du sixième millénaire avant notre ère, que le métal serait venu mettre fin à l'industrie néolithique dans cette région, si toutefois elle a jamais existé, ce que je considère comme très peu probable, et il en aurait été, à peu de chose près, de même en Égypte[122]; tandis que c'est, au plus tôt, au xxxe siècle, que serait née la civilisation égéenne, et que la Scandinavie n'aurait connu le bronze qu'au xviiie ou xxiie siècle avant J.-C. En Gaule, en Suisse et dans les pays limitrophes, c'est vers le xxve siècle que se serait passée cette évolution; alors que la Finlande aurait, vers le ve, ou même le iiie siècle avant le Christ remplacé ses armes de pierre par des instruments de fer, sans passer par l'intermédiaire presque général du cuivre et du bronze, et que bien des tribus de la Polynésie et d'autres régions, découvertes par les Européens dans les temps modernes, auraient attendu jusqu'au xviiie siècle ou au xixe siècle après J.-C. pour mettre de côté la hache de pierre et prendre l'arme à feu. Nous avons vu précédemment que la Basse-Chaldée semble n'avoir jamais connu l'homme en possession de l'industrie néolithique proprement dite; qu'au moment où elle s'est peuplée, et que déjà les habitants des montagnes qui la bordent au nord-est et au nord connaissaient le cuivre.
Dans une semblable étude, n'ayant en vue que l'exposé d'ensemble des progrès de l'humanité, il serait hors de propos d'entrer dans la description des innombrables industries néolithiques des régions diverses; nous donnons en figures les principaux types de quelques-unes d'entre elles, et le lecteur jugera par lui-même des caractéristiques. Nous ferons cependant remarquer qu'aucun pays n'a jamais atteint la perfection de l'Égypte et des pays scandinaves dans l'art de tailler la pierre, et les ouvriers de la vallée du Nil dépassaient de beaucoup en habileté ceux du Danemark et du sud de la Suède. Toutefois, dans l'une comme dans l'autre de ces deux régions, il est fort possible qu'à l'époque de la fabrication de ces admirables instruments, tant en Scandinavie qu'en Orient, le cuivre ait été déjà connu, bien qu'on ne le rencontre pas en Danemark et qu'en Égypte on trouve les mêmes silex taillés avec et sans le métal.
Toutefois, avant d'en terminer avec les industries néolithiques, nous montrerons, en citant un certain nombre de formes de haches polies, combien sont variables ces instruments (fig. 38).
Les types n° 1 et n° 2, très répandus en Europe, se rencontrent aussi en Asie antérieure et aux Indes, entre autres pays, alors que la forme n° 5, avec ses flancs carrés, caractéristique des pays scandinaves, du nord de l'Allemagne et de la Finlande, se trouve aussi, quoique plus exceptionnellement, dans nos pays occidentaux. La forme n° 6, en pierre dure, syénite, diorite, etc., est universelle; le type n° 7 est rare en Occident, de même que les formes nos 8 et 9, n° 10 et 18 se rencontrent en Élam et en Chaldée, caractérisées par ce fait que l'instrument est plus plat, moins renflé que dans nos pays. Le type n° 12, qui est rare en Europe, se rencontre aux Antilles, alors que le n° 13, très spécial, semble être particulier à l'Indo-Chine. Les nos 15 et 16 sont abondants aux États-Unis, mais on les connaît aussi de l'Europe et de l'Asie. Les mines de sel de Koulpi, dans la Transcaucasie, ont fourni quelques-uns de ces instruments.
Le type n° 17 semble être spécial à l'Élymaïde et celui n° 19 à l'Égypte; on connaît des instruments métalliques présentant ces formas; mais l'outil de métal a-t-il été copié sur celui de silex ou bien est-ce l'inverse qui a eu lieu? Nous ne saurions en décider. Puis vient la hache (ou tranchet) plate sur une face, très spéciale à la vallée du Nil, bien qu'elle soit inspirée du même principe que le tranchet campignien.