CHAPITRE II.
Une grande partie de l'île est en culture ou propre à en faire. Un grand plateau, ayant environ 100 hectares de superficie, est entouré de murs pour se défendre des ravages nocturnes des lapins.
Une soixantaine d'hectares de vignes y a été plantée par M. le comte de Pourtalès.
Mais, comme nous l'avons déjà dit, le phylloxera les a envahies, et la plus grande partie du vignoble est perdue, en dépit du sulfure de carbone administré à grandes doses.
Cette année on a songé a reconstituer le vignoble en plantant de la vigne américaine à racines résistant au phylloxera, et en greffant les anciens plants ayant encore assez de vigueur pour émettre de nouvelles pousses. Une vingtaine d'hectares ont pu être achevés cette année.
Voici les procédés employés pour la plantation de cette vigne.
Après avoir arraché les vieilles souches, une grosse charrue tirée par quatre forts bœufs, défonce la terre à une profondeur de 50 centimètres. Un plant de 60 centimètres y est planté à un écartement de 1 mètre 50, et les raies à une distance de 2 mètres de largeur. Ces nouveaux plants ne produiront que dans trois ans.
On a également planté cette année quelques hectares de chênes lièges dans les vallons abrités du mistral. Des divers arbres cultivés dans un but industriel, un des plus utiles, bien certainement, est le chêne-liège, dont le bois sert au chauffage et au bâtiment, les fruits aux engrais domestiques et l'écorce à l'industrie. Le chêne-liège au point de vue de la production de son écorce, connue sous le nom de liège, a été, jusqu'à présent, laissé dans des conditions défavorables, se traduisant au moment de la récolte en non-valeurs très-préjudiciables et en diverses manipulations onéreuses qui, pesant sur le commerce de ce produit, éloignent les propriétaires de cette culture et menacent cette production, devenue véritablement indispensable depuis que le liège a reçu de si nombreuses applications chez tous les peuples civilisés. L'arbre est lent à donner une écorce utilisable. Le chêne-liège ne subit qu'à 18 ou 19 ans le demasclage (l'enlèvement de l'écorce mâle), qui doit le préparer à produire une écorce utilisable. La récolte n'a une valeur marchande que 2 ou 3 ans après. En résumé, il faut au chêne-liège 20 ans avant de produire une écorce commerciale; mais dès lors, chaque arbre rapporte un produit moyen de 3 francs par an. Le chêne-liège est un des arbres qui demande le moins de soin, et la moins bonne terre. Il pousse partout où on l'a planté et se contente d'un ou deux binages dans les trois premières années.
Ce qu'il y a de mieux à faire à l'île du Levant, ce sont les vignes. Le peu qu'il en reste encore des anciennes plantations atteste combien elles ont dû être vigoureuses et leur rapport magnifique. On peut y faire aisément 200 hectares de vignes.
Les vins du midi, on le sait, ont acquis une grande renommée chez les marchands de vin, car, étant très forts et très noirs, ils les coupent avec d'autres vins moins forts et le mélange donne un vin ordinaire apprécié.
Il n'a jamais gelé ni neigé de mémoire d'homme à l'île du Levant. On y a une température tempérée l'hiver et assez chaude l'été. La seule chose à craindre est le vent d'est et le mistral. Il y aurait donc avantage à faire dans les vallons abrités la culture de plantes exotiques. Ces plantes, en pleine terre, à l'abri du vent, viendraient beaucoup mieux et grandiraient beaucoup plus vite qu'en serre. Quelle économie de charbon et de bâtiments n'y aurait-il pas à faire là!
Le vallon du Javieu est magnifiquement exposé pour cette culture. On pourrait y établir dans le haut un barrage qui recevrait toutes les eaux de pluie qui descendent de la colline. Ce barrage aidé de norias que l'on pourrait faire et des sources qui existent fournirait assez d'eau pour irriguer les cultures.
Au point de vue des moyens de communications, il y a lieu de signaler qu'il est question depuis quelque temps de construire un tronçon de chemin de fer qui relierait les Salins d'Hyères à Fréjus en passant entre Bormes et le Lavandon et en cotoyant le littoral. Les plans sont faits et la plupart des communes ont déjà voté des subsides.
Ce chemin de fer promet un grand avenir à l'île du Levant et au Lavandon où l'on pourrait créer une station hivernale. On viendrait alors de Paris à l'île du Levant en moins de vingt heures sans fatigue aucune.
Le chemin de fer passant au Lavandon, on organiserait un service de bateaux à vapeur qui relierait deux fois par jour l'île au continent. La traversée ne serait que de trois quarts d'heure.
Dès lors des villas se construiraient à l'île du Levant et leur nombre s'accroissant, on ferait un casino. Cette île deviendrait la station hivernale la plus fréquentée du littoral, car MM. les Anglais quitteraient volontiers les stations du continent pour venir s'adonner dans l'île du Levant à tous les plaisirs des yachtmen dont ils sont si amateurs.
Qui vivra verra.
FOOTNOTES:
(Notes de l'auteur).
[1] Les îles d'Hyères dépendent de la ville du même nom.
[2] L'île de Bagaud que l'on ne cite pas ici a cependant 59 hectares de superficie et possède un fort.
[3] Cette fabrique n'existe plus à l'heure qu'il est. L'île est défendue par 3 forts.
[4] Cette fabrique est également supprimée. Il n'en reste plus que d'immenses ruines.
[5] C'est une erreur, de pointe à pointe il n'y a qu'une distance de 800 mètres.
[6] Des Salins d'Hyerès, cette distance n'est que de 23 kilomètres. Le point le plus proche du continent est le Lavandon, à 14 kilomètres de l'île du Levant.
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