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L'Ystoire de Eurialus et Lucresse, vrays amoureux, selon pape Pie cover

L'Ystoire de Eurialus et Lucresse, vrays amoureux, selon pape Pie

Chapter 8: Comment lucresse estoit belle dame & la descripcion de sa beaulté
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About This Book

The narrative follows the intense romance of Eurialus and Lucresse, tracing their ardor amid courtly admiration, rivalry, and social constraint. Set in a richly described classical milieu, it blends lyrical portraits of Lucresse's beauty with episodes of mismatched marriage, betrayal, and peril that test loyalty and honor. Classical allusions and moral reflection punctuate the plot, alternating declamatory praise of love with accounts of suffering and misfortune, and examining how desire, fortune, and social obligation shape the lovers' fortunes.

The Project Gutenberg eBook of L'Ystoire de Eurialus et Lucresse, vrays amoureux, selon pape Pie

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Title: L'Ystoire de Eurialus et Lucresse, vrays amoureux, selon pape Pie

Author: Pope Pius II

Translator: Octavien de Saint-Gelais

Release date: February 11, 2020 [eBook #61383]
Most recently updated: October 17, 2024

Language: French

Credits: Produced by Laurent Vogel and the Online Distributed
Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was
produced from images generously made available by the
Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at
http://gallica.bnf.fr)

*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK L'YSTOIRE DE EURIALUS ET LUCRESSE, VRAYS AMOUREUX, SELON PAPE PIE ***

L'ystoire de eurialus et lucresse. vrays amoureux. Selon pape pie.

En l'onneur de la saincte trinité
Louenge de vous charles roy treschrestien
De latin en françois j'ay translaté
L'ystoire du tresfort amoureux lien
D'eurialus et de lucresse le maintien
Que en amours ont eu durant leur vie
Ainsi que l'a descript ou temps ancien
Eneas silvius nommé pape pie
Bien licite est a l'omme humain
Aprés devote contemplation
Soy occuper a prendre soir et main
Au monde aucune recreation
Car selon commune opinion
Tousjours prier n'est pas necessité
Mais passer temps en bonne operation
Et eschever du tout oysiveté
Yci pourra vostre royale majesté
En lisant par maniere d'occupacion
Prendre soulas & aucune felicité
Voyant d'amours la condition
L'orrible peine et la tribulation
Les perilz et forfaiz maleureux
Et aussi la misere et affliction
Que ont souvent les povres amoureux
Prince souverain par ta benignité
Aux povres amans donne leur allegence
Sur tous entretien en prosperité
Charles .viii. trescrestien roy de france

Traicté tresrecreatif et plaisant de l'amour indicible de eurialus et de lucresse composé par le pape pie avant la papauté nommé enee silvye et translaté de latin en françois

Urbem senas intranti sigismundo cesari &c.
Chascun peut bien facilement sçavoir
Car c'est chose pres que par tout commune
Comme l'empereur sigismundus pour voir
Victorieux par le don de fortune
En la cité dont je suis opportune
De senes fut recueilly noblement
Lors se loua sur toutes cités de une
Qui le receut treshonnorablement
Palatium illi apud sacellum sancte marthe &c
Pres l'eglise saincte marthe on dressa
Sur la rue qui maine proprement
Vers la porte estroicte des pieça
Ainsi dicte/ ung palais richement
Acoutré fut moult honnorablement
Ainsi que affiert a si noble empereur
On ne sauroit narrer entierement
De ce palays/ le triumphe et honneur

Comment cesar entre en la cité et eut devant luy sur le chaffault quatre nobles dames qui le receurent

Venit sigismundus quatuor maritatas &c.
Quant l'empereur cesar arrivé fut
Au lieu si bien paré que rien n'y fault
Sa majesté au devant de luy eut
Quatre dames de noble estat et hault
Gentes de corps parees sans nul deffault
A la gorre et plus que grant possible
De grant joye tout le cueur luy tressault
Quant aperçoit chose a dire impossible
Si tres duntaxat fuissent &c.
Se les dames n'eussent esté que trois
Licitement on eust peu dire d'elles
Vecy les trois deesses affin chois
Que paris vit quant vist les tresbelles
Dame juno/ pallas/ et avecques elles
Il vit venus qui sur toutes luy pleut
Sigismundus n'eust eu joyes moins parelles
En les voyant que des quatre lors eut
Forma ornatu etateque pares &c.
Forme pareil age ornement avoient
Les plaisantes dames dessus nommees
Et pres que en tout/ elles s'entresembloient
Tant estoient cointes et atournees
On ne pourroit pas a longues journees
Si grans beaultés souffisamment descrire
Mais touteffoys quant bien sont avisees
Une seule peut pour toutes suffire

Comment l'empereur prenoit grant plaisir a ouyr diviser les dames

Erat sigismundus licet grandevus in libidinem pronus &c
Sigismundus de sa propre nature
Qui ja tresviel et ancien estoit
Les voluptés charnelz eut en cure
Et des dames voulentiers escoutoit
Le beau parler tresfort s'i delectoit
Rien plus plaisant ne luy fut en ce monde
Icelles voir grandement desiroit
En contemplant leur beaulté & faconde

Comment l'empereur descent de son cheval et fut recueilly des dames & des louenges qu'il fait d'elles a ses barons

Ut ergo has vidit desiliens equo
Quant l'empereur cesar eut advisé
La noblesse des quatre damoiselles
De son cheval descendre a proposé
Entre leurs mains bien fut recueilly d'elles
A ses barons qui visoient les merveilles
Et grant beaulté des dames dessusdictes
Dist en riant veistes vous onc pareilles?
Certes croiés que oncques telles ne veistes
Ego dubius sum an facies humane sint angelicive vultus &c.
En doubte suys seigneurs se elles ont
Face humaine/ ou visaige angelique
Celestielz faces certes elles ont
Comme s'ilz avoient nature deifique
Vergongneuse maniere mirifique
Les yeulx embas regardans simplement
Pour leur beaulté & face almifique
Croistre/ elles avoient simple contenement
Sparso nanque inter genas rubore
Elles avoient en leurs joes tel couleur
Comme d'inde le blanc yviere a
Quant sa blancheur de vermeille liqueur
Est coulouré ou que le lis a
Quant aux roses vermeilles sa sorte a
Tresbien leur siet c'est avenante chose
L'imperial majesté moult prisa
La grant beaulté que en leur face est close

Comment lucresse estoit la plus belle desdictes quatre dames

Precipuo tamen inter eas nitore lucressia fulsit &c
Et ja soit ce que toutes quatre fussent
Si tresbelles que souhaiter on peut
Touteffois ceulx qui bien visees les eussent
Facilement/ quant l'oeil bien viser veut
Eussent esleu celle qui trop plus pleut
A l'empereur cesar/ c'estoit lucresse
Qui de beaulté lors plus que humaine eut
Elle sembloit sur les autres deesse
Adolescentula nondum viginti annos nata in familia camilorum &c.
Encor vingt ans lucresse pas n'avoit
Mariee lors a menelaus
Riche puissant de grant lignee estoit
D'amourettes moins garni que d'escus
Digne n'estoit/ ains fut ung vray abus
Qu'on luy donnast si plaisant damoiselle
Tel a des biens et assés de quibus
Qui n'est pas digne d'avoir jeune pucelle

Comme lucresse estoit mal mariee quant au personnage

Sed digno quem uxor deciperetur quasi cervum cornutum redderet &c
De estre trompé son mari estoit digne
Et que on lui fist comme a un cerf cornes
D'ung vray cocu portoit assés la mine
De amouretes ne congnoissoit les bornes
Pour faire hars de genest ou viornes
Plus propre estoit que de avoir belle dame
Pour que au blason longuement ne sejournes
Peu lui chaloit s'en ce avoit los ou blasme

Comment lucresse estoit belle dame & la descripcion de sa beaulté

Statura mulieris eminentior reliquis &c.
Lucresse estoit assés haulte sur bout
De stature estoit tresavenante
Cheveulx avoit si copieux que tout
Le corps couvroient par maniere decente
Ce neant moins pour estre plus plaisante
De templetes d'or clos el les avoit
Et de pierre precieuse luisante
Ce que tresbien et beau lors lui duisoit
Frons alta spaciique decentis &c.
Lucresse avoit le front bien spacieux
Sans macule ne quelque ride avoir
Ains estoit hault/ frais/ blanc & lumineux
On ne sauroit rien plus beau concevoir
On ne vit onc face pour dire voir
Plus venuste ne a veoir plus agreable
Nature avoit la mis de son povoir
Qui la faisoit sur autres merveillable
Supercilia in arcum tensa &c.
Oculi tanto nitore splendentes &c.
Lucresse avoit a peu de poil noiret
En maniere d'arc tendu les sourcilles
Par distance qui bien les separoit
Onc plus belles n'eurent femmes ne filles
Les yeulx avoit si clers beaux & facilles
Que des voians le regard hebetoit
Le souleil par ses rays tressutilles
Des autres yeulx la clarté offuscoit
Nasus in filum &c.
Elle povoit occire les voians
Par ung trait de oeil quant jeter le vouloit
Et si povoit les mors faire vivans
Quant le doulx trait de ses yeulx envoioit
Le nez avoit traitis comme ung fil droit
Qui ses joes par egale mesure
Decentement & tresbien divisoit
En ce se estoit efforcee nature
Nichil his genis
Rien plus plaisant plus doulx plus amiable
On n'eust pas sceu que lesdictes joes voir
Quant elle rioit par maniere agreable
Deux petites fosses se venoient soir
Ou fin milieu de ses joes oncques voir
Homs ne les peut qui ne leur desirast
Quelque baisier donner fust main ou soir
Et qui pour ce du cueur ne souspirast
Os parvum decensque &c.
Petite bouche & levres coralines
Plus vermeilles que ne fut onc coral
Lucresse avoit de estre baisees dignes
Et doulcement morses sans faire mal
Petites dens plus blanches que cristal
Entre lesquelz sa langue armonieuse
Faisoit ung son plaisant et cordial
Avecques chant & voix melodieuse
Erant in eius ore & cetera.
Son corps estoit de toutes pars louable
Par le dehors on povoit aisement
Des intimes jugement tresfeable
Faire par ce que on voioit clerement
Oncques homme ne la vit proprement
Qui ne conceust en son cueur quelque envie
Vers son mary: car veritablement
De telle avoir digne n'estoit il mie
Sermo is fuit qualiter rumor est &c.
Facessies yssoient de sa bouche
Et parolles exquises a merveilles
Cornelia qui estoit sans reproche
En ses enfans louant ne dist pareilles
Hortensia paroles point plus belles
Ne proposa devant les empereurs
Quant el garda dames & damoiselles
Par ses beaulx ditz et rhetoriques fleurs
Nec suavius aliquid eius oratione
Il n'estoit rien plus doulx que son parler
Plus attrempé ne de plus grant faconde
Elle savoit honnesteté garder
Quant triste estoit sans ce que homme du monde
Eust apperceu qu'elle eust face iraconde
Car elle estoit joyeuse & attrempee
Tousjours une/ gente plaisante & blonde
Et sur toutes autres tresmoderee
Non timida non audax &c.
Trop peureuse ne trop hardie n'estoit
En tous ses fais elle tenoit moien
Et courage plus que virile avoit
Ferme propos avec rassis maintien
Pour conduire quelque chose de bien
Elle avoit cueur constant et immuable
Chose qu'el veist ne la changoit en rien
Car elle n'estoit point comme autres muable
Vestes illi multiplices &c.
Vestue estoit de habis tresprecieux
Chaines/ baudriers de fin or reluisoient
Qui tout autour son gent corps amoureux
Si bien que rien n'y fault avironnoient
Et de perles ses bras couvers estoient
Pres que toute en or resplendissoit
Affiques d'or comme estoilles luisoient
Dont des voyans les yeulx el repaissoit
Redimitta capitis mirifica &c.
Son chief avoit gentement atourné
De couronne et joyaulx precieux
De diamans et saphirs aourné
Si proprement que on ne pourroit pas mieulx
Ses mignons dois plains estoient en tous lieux
De signes d'or/ esmeraudes/ rubis
Clers diamans & saphirs lumineux
Qui bien seoient par dessus ses habis
Non helenam pulchriorem &c.
Je ne croy pas que heleine fust plus belle
Quant son mari menelaus mena
Le beau paris a disner avecques elle
Que lucresse qui lors bien s'atourna
Andromache quant hector espousa
N'estoit pas plus richement acoutree
Que lucresse estoit en ce jour la
Que l'empereur fist en senes entree

Comment la compaigne de lucresse trespassa et avant son trespas l'empereur fist son filz chevalier/ et fut a l'enterrement de la dame

Inter has & catherina &c
Katherine estoit aprés lucresse
La plus belle et la plus avenant
Car elle estoit en sa fleur et jeunesse
Gente/ frisque/ tresgorriere et plaisant
Ung filz avoit qui n'estoit que ung enfant
Et chevalier fut fait par l'empereur
Ains que la mort de son dart trespoignant
Katherine occist par sa rigueur
Diem functa extremum &c.
L'empereur fut a son enterrement
Avant partir en quoy lui fist honneur
De lucresse n'oublia nullement
La grant beaulté/ le sens et la valeur
Il n'y avoit en court quelque seigneur
Qui jour & nuyt n'en fist son parlement
Et qui ne dist c'est des dames la fleur
L'onneur le pris & tout le parement

Comment chascun sortoit en la rue quant lucresse passoit pour celle voir

Quocunque illa vertebatur &c.
Quant el sortoit pour aler quelque part
Tout le monde la poursuivoit a l'ueil
C'estoit basme d'avoir ung seul regard
De ses clers yeulx son gracieux acueil
Faisoit passer melencolie et deul
Cesar par tout la louoit en publique
Eurialus en parloit a tout seul
Sans faire bruit a bien l'aymer s'applique

Comment eurialus homme noble et mignon de l'empereur estoit vertueux et digne de estre amé

Duorum & triginta annorum erat &c.
Trente et deux ans avoit eurialus
Riche & puissant de avoir aussi de amis
Miste/ avenant et courtois au parsus
Nature avoit beaucop biens en lui mis
Car il estoit asseuré et hardis
En tous ses fais/ de stature moyenne
Noble/ joyeux recreatif en dits
Affin que mieulx dames il entretienne
Membris non sine quadam maiestate decoris &c.
Il estoit gent et de belle faconde
Secret/ humble et de decente forme
En lui n'avoit quelque note du monde
Pour ung amant estoit ung parfait homme
Sur lui n'avoit ne mais/ ne si/ ne comme
En la grace de l'empereur estoit
A ses causes d'or & d'argent grant somme
Sur tous autres curiaulx il avoit
In dies ornatior conspectibus &c.
Par chascun jour changoit de abillement
Et plus gorrier estoit de jour en jour
Il se tenoit si tresmignonnement
Que estoit digne que on l'aymast par amour
Des serviteurs avoit tout a l'entour
Qui lui faisoient par les rues compaignie
Ce lui estoit ung gracieux sejour
Quant veoir povoit lucresse la jolye
Tum equi tales illi erant &c.
Chevaulx avoit telz que ceulx de meneon
Quant a troye vint pour la secourir
Pour qu'amoureux fust le noble baron
Ne lui restoit fors qu'eust temps & loisir
Les jeunesse/ prosperité/ desir/
Esquelz estoit eurialus le sage
De estre amoureux tant lui font souvenir
Que resister ne povoit son courage

Comment eurialus fut amoureux de lucresse et elle de lui sans ce qu'ilz sceussent aucune chose l'ung de l'autre

Eurialus ut lucressiam vidit ardere cepit &c.
Il mist son cueur si avant en lucresse
Que de la veoir jamés n'eust prins ennuy
Plus la veoit plus estoit en liesse
Quant ne la voit il est triste et marry
De ce ne doit aucun estre esbahy
Car il jetta ses yeulx sur la plus belle
Pareillement fist lucresse sur ly
Quant se voioient ilz avoient joye nouvelle
Non tamen hac ipsa die &c.
Et touteffois ne savoit pas lucresse
Que son regard sortist jamés effect
Eurialus des barons la noblesse
Se lucresse bien l'ayme rien n'en scet
Ce neantmoins quant sont en leur secret
L'ung de l'autre a en son cueur memore
Plus y pensent et plus ont de regret
S'ilz ne parlent & s'entrevoient encore
Quis nunc tisbes et pirami &c.
Voisineté fut cause de l'amour
Com de tisbés et piramus lison
L'amour croissoit entre eulx par chascun jour
L'ung de l'autre prés estoit la maison
Par laps de temps sans quelque autre achaison
Ne avoir congneu l'un l'autre au paravant
Furent esprins sans mesure ou raison
Du feu d'amours qui les aloit brulant
Saucia ergo gravi cura lucressia
Le dieu d'amours les navra bien soudain
Quant de son dart leurs deux cueurs transpersa
L'onnesteté de lucresse et le train
Par ung trait d'eul vitement renversa
Car la dame de bien aymer pensa
Ung estrangier que jamés n'avoit veu
Et son mari hors de s'amour lansa
De amourettes trop desiroit le jeu
Nec ullam membris suis quietam
Quant la dame fut esprinse du feu
Qui la bruloit par cure langoureuse
El ne povoit en place ne en lieu
Prendre repos tousjours estoit songneuse
De remembrer la face gracieuse
De eurialus qui la navre a oultrance
De son mari devint si odieuse
Qu'el ne trouvoit en lui quelque plaisance

Comment lucresse se emerveilloit qu'elle ne povoit aymer son mary et que mieulx aymoit ung estranger et de ce elle se arguoit et blasmoit & arguoit pro et contra

Secumque nescio quid obstat
Elle disoit a soy mesme souvent
Je m'esbahis dont ce me peut venir
Que je n'ayme plus cordialement
Menelaus et que ne prens plaisir
Avecques luy a le veoir et ouyr
Las je n'ayme rien que cest estranger
Qui jour et nuyt me vient en souvenir
Tant que j'en pers le boire & le menger
Excute conceptas e casto pectore flammas &c.
Ha lucresse oublie ta folie
De ton chaste cueur oste la chaleur
Maleureuse de fole amour remplye
Boute toy hors de peril et d'erreur
Se je povois sortir de tel langueur
Plus ne seroys en si grant maladie
Mais il y a quelque chose en mon cueur
Qui me contraint sans que luy contredie
Scio quid est melius &c.
Je congnois bien lequel est le meilleur
Et touteffois je veil suivir le pire
Conscience me dit suy ton honneur
Et cupido dit que je le doy fuyre
Noble dame comment te peut induire
Ung estranger a si folle plaisance
Que ton honneur vueilles ainsi destruire
Et maculer le lieu de ta naissance
Si virum fastidiis &c.
Ha lucresse se n'aymes ton mary
Et que d'amours te vueilles entremettre
De ce pays peus eslire ung amy
Sans au peril d'ung estranger te mettre
Mais lasse moy quant je vueil contremettre
De eurialus la tresplaisante face
Je ne me puis retirer ne hors mettre
Que son amour ne desire et sa grace
Sed hey michi que nam illius facies
Sa grant beaulté/ son aage/ sa noblesse
Et sa vertu m'ont changé le courage
Et se je n'ay secours par sa prouesse
Mourir me fault a grant dueil & dommage
Souvrains dieux faictes moy ung passage
Et vous plaise si bien me conseiller
Que je puisse sans danger ne oultrage
De mes amours jouyr au paraler
Vah prodam ego castos &c.
Mais quant j'ay tout regardé fy de luy
Trahyraige mon loyal mariage
Me fierayge en ung forain: nenny
Je ne congnois ne luy ne son paraige
Quant aura fait de moy tant soit il sage
Il s'en yra pour une autre espouser
Et me lairra c'est le commun usaige
Je ne m'en doy par ce point abuser
Sed non est is eius vultus &c.
Mais de traitre ne porte pas la face
Sa noblesse ne le pourroit souffrir
Car noble cueur n'endureroit en place
Ses vrayes amours decevoir ne trahir
Fraude ne dol ne peut entrevenir
En cueur d'omme qui porte tel semblant
De moy tousjours il aura souvenir
Doubter n'en fault car il est trop savant
Dabit ante fidem
Je feray tant se je puis envers luy
Qu'il jurera me estre bon et loyal
Craindre ne doy estre deceue par luy
Il me semble doux courtois et feal
C'est mon advis qu'il endure mon mal
Pour ma beaulté qui est inestimable
Et que de amour m'ayme aussi cordial
Que je fois luy c'est chose raisonnable
Ego quoque ita sum pulchra
Se le reçoy une fois en ma grace
En luy donnant ung gracieux baiser
Il ne artera jamés ce croy en place
Tant qu'il puisse son grief mal apaiser
Servir vouldra sa maistresse et aiser
Et se donra du tout a mon service
Plus belle dame ne sçauroit adviser
Pour les plaisirs d'amours ne plus propice
Quot me ambiunt proci quocunque pergo &c.
Je ne me puis transporter quelque part
Soit a mon huys en ville ou a l'eglise
Qu'on ne me suyve a l'oeil soit tost ou tart
De ma beaulté chascun parle et divise
Et nuyt et jour sans doubter froit ne bise
Plusieurs mignons tournient sur les carreaux
Pour mon gent corps regarder a leur guise
Je suis l'espoir de tous amans loyaux

Comment lucresse delibere estre amoureuse de eurialus

Dabo amori operam aut hic manebis &c.
Bref je aimeré: je veil estre amoureuse
De eurialus le plaisant escuyer
Il n'est vie si plaisant ne eureuse
Comme je croy/ il me fault essoyer
Il m'aymera du cueur sans varier
De ce pays jamés ne partira
Et s'il s'en va pour soy repatrier
Je iray quant luy point ne me escondira
Ergo ego & matrem & virum & patriam relinquam
Par ces moyens je vueil habandonner
Mere/ mary/ mon pays et renommee
Car ma mere me veult redarguer
Mieulx sans mary fusse que mariee
Chascun a pays la ou il y agree
Vivre/ et passer son temps comme l'en dit
Je ne pourroys estre plus mal euree
Ne pis avoir que j'ay. c'est mon edit

Comment lucresse respond aux objectz que on luy pourroit faire de aymer eurialus

Quid michi rumores hominum
Et se on me dit tu perdras ton honneur
Et bon renon que tu as en grant bruit
A ce respons quel mal ne quel douleur
Me pevent faire soit de jour ou de nuyt
Les langaiges qui se diront par huit
Ou par mille/ mais que rien je n'en oye
Je m'esbatray et prendray mon deduyt
D'or et d'onneur dis fy a qui n'a joye
Nichil audet qui fame nimis studet &c.
Cil qui trop craint a blesser son honneur
Ne fait jamais quelque bonne entreprinse
Plusieurs dames ont esleu pour meilleur
Abandonner leur pays quoy qu'il leur nuyse
Que de tousjours escouter la reprinse
Et chastiement de parens et mary
Helayne soit cy pour exemple prinse
Suyvant paris son gracieux amy
Quid medeam referam &c.
Ainsi le fist medee quant jason
Elle choisit chevalier tresplaisant
Car elle laissa ses pays/ pere/ maison
Pour qu'elle fust d'amours mieulx joyssant
Se je estoie seule en ce faisant
Trop lourt seroit mon erreur & emprise
Plusieurs dames ont ce fait paravant
Pour quoy devray moins en estre reprise
Nemo errantem arguit qui cum multis errat.
Qui de plusieurs suyt l'erreur pas ne fole
Matiere auray aucune de replique
Car ou soye reputee sage ou folle
Je trouveray se mon sens bien aplique
Dames assés qui sans nulle trafique
Ont desiré vivre a leur plaisance
C'est tout basme/ c'est vie deifique
Que avoir d'amours a son gré joyssance
Sic lucressia nec intra pectus minora incendia nutriebat eurialus
Lucressia tout a soy mesme disoit
Ce que par cy devant ay recité
Et sur toutes choses elle desiroit
De eurialus l'amour c'est verité
Eurialus qui plain de humilité
Envers amours estoit: n'avoit repos
Leurs courages estoient par unité
Joinctz ensemble par conforme propos

Comment eurialus estoit logé proprement entre l'empereur et lucresse

Eurialus medias & cetera
Eurialus estoit bien proprement
Logé/ entre l'empereur et lucresse
Ce avoit il fait tresprudentement
Pour a son cueur donner quelque liesse
Car deux clertés pour sa grande noblesse
Enluminer des deux costés avoit
Dont l'empereur lumiere de richesse
Et lucresse d'amours clarté donnoit
Nec palatium eurialus &c.
Quant le baron au palais s'en aloit
De l'empereur cointement acoutré
Sur son cheval monter il ne povoit
Qu'il ne fust veu/ perceu ou rencontré
De lucresse/ du lieu hault fenestré
De son logis la dame regardoit
Son cher amy qui luy estoit entré
Dedens le cueur tant que d'amours ardoit
Sed erubuit semper &c.
La dame avoit si avant son cueur mis
En son amy lequel tant desiroit
Que ailleurs pancer ne luy estoit permis
Ne sans rougir veoir elle ne le povoit
A ces causes l'empereur prevoioit
De lucresse l'amour et le courage
La grant ardeur que en son cueur concevoit
Dissimuler ne sceut tant fust elle sage

Comment l'empereur aperceut que lucresse estoit amoureuse de eurialus

Nam cum ex sua consuetudine &c.
Sigismundus cesar noble empereur
Acoustumé avoit par chascun jour
Par devant l'uys de la vermeille fleur
Faire en alant ça et la quelque tour
Il aperceut lucresse de l'amour
D'eurialus estre si fort emprinse
Qu'elle en muoit plusieurs fois sans sejour
Face & couleur dont pas moins ne la prise
Qui sibi quasi octoviano &c.
Car mecenas pas mieux voulu ne fut
D'octovien/ que eurialus estoit
De l'empereur sigismundus qui n'ut
Autre plus pres de luy quant il aloit
Par les rues car il se divisoit
Tresprivement avec son servant
Eurialus qui bien dire savoit
Encores mieux d'exploicter bien savant

Comment l'empereur parla a eurialus & luy dist que lucresse estoit amoureuse de luy et sembloit que ledit empereur en fust jaloux. Et comment il lui abaissa son chapeau quant ilz passoient par devant la maison de lucresse

Ad quem versus euriale euriale
L'empereur vit que la dame changoit
Couleur/ si tost qu'el voyoit son amy
Joyeusement en quelque bon endroit
Changa propos et se adressa vers luy
En luy disant beausire que esse cy
Sont les dames de vous si amoureuses
Comme je aperçoy je n'entens point cecy
Vos manieres de faire sont eureuses
Mulier illa te ardet &c.
Eurialus je aperçoy que lucresse
Te ayme tresfort ce m'est chose congneue
Et ce luy dist l'empereur en tristesse
Comme jaloux par envye sourvenue
Quant il vindrent a l'endroit de la rue
En la quelle lucresse demouroit
L'empereur fist quant il l'eut aperceue
Quelque bon tour ainsi qu'il entendoit
Euriali oculos pilleo contexit
D'eurialus rabatit le chappeau
Devant les yeux en disant telz parolles
Tu ne verras pas maintenant ce beau
Mireur ou quel tes yeux paiz & consoles
Nous y voulons sans faintes ne frivoles
De nos nobles yeux l'office employer
Pour la dame tant que sommes en coles
A nos plaisirs seulz veoir et remirer

Comment eurialus respondit a l'empereur saigement en parlant de sa dame la belle lucresse

Tum eurialus quid hoc signi est cesar &c.
Eurialus dist au noble empereur
Je n'entens point pour quoy faictes ce signe
Ce lui pourroit tourner a deshonneur
Male bouche a mesdire s'encline
Je ne suis pas de tel dame avoir digne
Avecques elle ne hante aucunement
Je seroie de dame avoir indigne
Se blasme avoit par mon contenement
Erat eurialo spadix equs &c.
Eurialus estoit sur ung boiart
Si proprement monté que on pourroit dire
Pour ung cheval bien prins bien gaillart
Il n'y avoit quelque chose a redire
Teste/ ventre/ croupe comme de cire
Faictz il avoit et l'oreille mobile
Ester en lieu ne povoit a voir dire
Il n'estoit rien plus gent ne plus abile

Comment lucresse estoit toute esmeue et passionnee quant elle voyoit eurialus son amy

Que licet dum sola fuit &c.
Eurialus en or resplendissoit
De toutes pars ses abis reluisoient
Quant la dame son amy apperçoit
Tous les esperitz du corps lui remuoient
Quant seule estoit tresbien se contenoient
Fermer son huis a amours proposoit
Mais quant les deux amans s'entrevoient
Chascun des deux son mal renouvelloit
Sed ut siccus ager &c.
Car lucresse a l'ardeur ne povoit
Du feu de amours resister sans doubtance
Ains tout ainsi que ou champ bruler on voit
Le chaulme sec quant par sa violence
Souffle le vent de bise qui avance
Et fait haster le feu/ pareillement
Le feu de amours consumoit la substance
De lucresse qui aymoit loyaulment
Ita est sane ut sapientibus videtur &c.
El ne povoit recouvrer medecine
Qui peust l'ardeur de sa chaleur estaindre
Prosperité fait maint tour faire & signe
On ne s'i peut gouverner ne contraindre
Qui des sages les ditz vouldra sans faindre
Croire & noter il trouvera sans doubte
Que chasteté desire estre en lieu moindre
Car richesse la chasse et la deboute

Comment chasteté est a grant peine gardee des gens qui ont toute leurs plaisances ou monde