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La Carmélite

Chapter 15: II
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About This Book

Le récit suit Nicolette, une jeune orpheline qui fréquente un couvent carmélite installé sur un rocher au bord du Rhône alors qu’elle cherche à discerner sa vocation religieuse. L’ouvrage décrit avec soin l’architecture et les paysages environnants, et rapporte ses entretiens avec la prieure et son directeur spirituel, qui mettent au jour ses hésitations entre la vie cloîtrée et un engagement auprès des malades et des pauvres. La progression narrative examine ses conflits intérieurs, ses liens familiaux qui la rendent libre de choisir, et la décision mûrie, lente et empreinte de prière, d’entrer au Carmel.

II

Depuis le lever du soleil, une grande agitation régnait dans le couvent, où tout se préparait pour la vêture de Jeanne Mauroy. Il est d’usage que le matin du jour où elle doit prendre l’habit religieux, la postulante quitte le Carmel, dès l’aube, afin de passer auprès de sa famille les heures qui précèdent la cérémonie, et que sa famille elle-même la conduise à la chapelle. Mais Jeanne Mauroy étant orpheline, son tuteur et ses proches venus pour l’assister en ce moment solennel, n’habitant pas Beaucaire, elle était restée au couvent. C’est de là qu’elle devait sortir pour aller à l’autel. Retirée dans la cellule qu’elle habiterait désormais, elle attendait l’heure de la cérémonie, cette heure ardemment appelée. Agenouillée devant la croix, elle priait, parée déjà de la robe de mariée et de la couronne de fleurs d’oranger, toilette virginale dans laquelle elle était tenue de se présenter au Carmel.

Jamais sa beauté n’avait eu plus d’éclat ; elle resplendissait sur le visage transfiguré par la béatitude de l’âme, dans le regard où brillait une flamme joyeuse, et sur tout le corps dont les pures lignes se dessinaient sous le blanc satin des vêtements. Au moment de s’immoler, cette beauté s’affirmait une dernière fois dans l’épanouissement merveilleux de ses trésors prodigués. Des adjurations brûlantes tombaient des lèvres de la néophyte. Elle se laissait ravir par l’extase, comme si, prête à consommer sa rupture avec le monde, elle eût entendu la voix de son maître lui dire :

— Je ne veux plus que tu converses avec les hommes, mais seulement avec les anges.

Dans l’emportement de cette extase, elle embrassait par la pensée, comme dans une vision surnaturelle, sa vie future à chaque étape de laquelle elle devait trouver un sacrifice à accomplir, une indicible joie à goûter. Les vœux de pauvreté, de chasteté, d’obéissance qu’elle se préparait à prononcer ne lui coûtaient rien. En se donnant à Dieu, elle allait renoncer à tout ce qui n’était pas lui ; mais elle était heureuse de se donner ainsi entièrement, sans restriction, corps et âme. Elle se regardait comme déjà morte au monde, ensevelie avec Jésus-Christ derrière les grilles inaccessibles, convaincue qu’une âme n’est grande qu’anéantie par l’humilité. Dans ce bonheur par avance savouré, il y avait de la volupté.

Elle se voyait consacrant ses jours à la méditation, à la prière, au silence, se détachant des préoccupations de la terre pour mieux s’assurer le ciel, meurtrissant son corps sous un cilice, expiant les fautes de l’humanité dans d’incessantes mortifications. Les flèches de l’amour divin, de part en part, perçaient son cœur ; elle ambitionnait d’en sentir profondément les déchirures et, toute saignante de ces coups réitérés, d’arriver à la mort, au delà de laquelle rayonnait la suprême récompense.

Elle avait vingt ans, et c’est la mort qu’appelait surtout sa jeunesse sacrifiée, la mort, aurore des noces éternelles. Sur ses lèvres vermeilles, voltigeait déjà la prière qu’elle réciterait au moment de franchir les portes de l’éternité : « O mon Seigneur et mon époux, l’heure est enfin venue ; nous allons nous voir. Mon tendre maître, voici le moment du départ. Soyez-en mille fois béni, et que votre volonté s’accomplisse. Il est temps que je sorte de cet exil et que mon âme, ne faisant qu’une avec vous, jouisse de ce qu’elle a tant désiré. »

L’espoir de cette union mystique déchaînait dans son cœur une ardeur amoureuse, dans son corps le frémissement des mystérieuses attentes qui s’empare des vierges au seuil du lit nuptial, frémissement embelli pour elle et purifié par la conviction que l’amant dont elle sollicitait les étreintes était, non un homme, mais un Dieu. Et son âme, toute ravivée, se répandait en appels et en larmes, crise délicieuse à laquelle elle s’abandonnait dans un transport poussé jusqu’au delà de la raison.

La porte de sa cellule s’ouvrit. Elle s’était laissé emporter si haut, si loin de la terre, qu’elle n’entendit pas le bruit. La prieure, qui venait d’entrer, s’approcha d’elle, lui toucha l’épaule et dit :

— Voici l’heure, ma fille, suivez-moi.

Elle se leva silencieuse. La prieure, dont le voile laissait le visage découvert, l’embrassa, puis, la précédant, quitta la cellule. Elles traversèrent les couloirs tranquilles, et par l’escalier désert descendirent. Au pied de l’escalier, par delà la porte de clôture ouvrant sur la grande cour, se tenaient le tuteur et les parents de Jeanne. La prieure la leur confia, et s’éloigna pour entrer dans le chœur où les religieuses se trouvaient déjà réunies. Jeanne et les siens franchirent la porte, traversèrent la cour se dirigeant vers la chapelle. Les fidèles venus pour assister à sa prise d’habit l’attendaient là. Ils saluèrent son apparition d’un long murmure. Elle s’avança le long de l’espace resté vide entre les chaises jusqu’au prie-Dieu préparé pour elle devant l’autel. Elle souriait, en saluant à droite et à gauche, au moment de leur dire adieu, ceux qu’elle aimait. Mais le tremblement de ses mains gantées, l’expression séraphique de son regard, trahissaient la violente émotion qui la dominait à cette heure solennelle où elle allait se donner à Dieu, en attendant l’engagement suprême qu’elle prendrait à un an de là, après avoir subi les épreuves du noviciat.

La chapelle avait la physionomie des jours de fête. Tout autour de l’autel, sur les degrés recouverts d’un tapis, entre les cierges allumés autour du tabernacle, et sur les murs jusqu’aux voûtes, ce n’étaient que plantes et fleurs. Les lys et les roses étoilaient la sombre verdure des lauriers et des palmes. Leurs parfums s’exhalaient dans la vapeur tiède qui flottait sous les lumières. L’or des candélabres, les marbres des degrés, les ferrures de la grille placée à gauche de l’autel, devant le chœur réservé, brillaient de mille reflets avivés et scintillant entre les feuilles, comme les rayons du soleil à travers les ramures d’une forêt.

Ordinairement, devant cette grille, un rideau noir est tendu. Relevé ce jour-là, il laissait voir l’intérieur du chœur des religieuses resplendissant de lumières, et les sœurs debout dans leur stalle, un cierge à la main, les novices voilées de blanc, les professes voilées de noir, attendant le moment de se mettre en marche pour aller vers la porte de clôture à la rencontre de la postulante qui ne les avait quittées un moment que pour les rejoindre bientôt.

Elle s’était agenouillée, anéantie dans un ravissement qui derrière les barreaux farouches lui montrait le paradis et ses joies ineffables. Autour d’elle, des prêtres allaient et venaient, mettant la dernière main aux préparatifs de la cérémonie solennisée par la présence de l’évêque de Nîmes, qui devait officier et consacrer de ses mains la nouvelle novice. Des rumeurs de voix poursuivant doucement des entretiens d’une chaise à l’autre, le bruit des arrivants qui se plaçaient peu à peu, troublaient encore la paix de la chapelle. Tout à coup le silence se fit. Le prélat sortait de la sacristie, entouré des prêtres assistants et des enfants de chœur.

A ce moment, un nouveau venu se présentait au couvent. C’était un jeune homme à la figure pâle, aux cheveux châtains, avec un regard vif et doux à la fois, révélant l’esprit d’initiative et d’énergie. Une moustache très-fine, aux tons fauves, relevait le caractère un peu féminin de sa physionomie. Il avait la taille élevée, mince et bien prise. La poussière blanchissait ses vêtements et ses chaussures. Un petit sac en cuir, retenu par une courroie, achevait de lui donner l’air d’un voyageur fraîchement débarqué.

A la faveur de l’agitation qui, ce jour-là, troublait la tranquillité du couvent, il avait pu pénétrer dans la vaste cour conduisant à la chapelle. Il s’était arrêté, laissant errer ses regards de tous côtés, dans l’attitude d’un homme qui cherche quelque chose ou quelqu’un. Debout sur le seuil de la chapelle ouverte, la tourière suivait l’office de cette place sans perdre de vue l’entrée. Elle l’aperçut et alla vers lui :

— Vous venez pour assister à la cérémonie, monsieur ? dit-elle à demi-voix.

— Quelle cérémonie ? demanda-t-il surpris.

— Que voulez-vous, alors, si vous n’êtes venu pour cela ?

Mais, au lieu de répondre, il interrogea :

— C’est bien ici la communauté des Carmélites ?

— Oui, monsieur.

— Cette communauté est dirigée par madame de Varimpré, en religion sœur Thérèse de Jésus ?

— C’est en effet le nom de notre Révérende Mère.

— Je veux la voir.

— Elle n’est pas visible aujourd’hui.

— Il faut que je lui parle sur-le-champ, il le faut, répondit l’inconnu avec l’expression d’une ferme volonté.

— Personne ne peut lui parler en ce moment, reprit la tourière troublée par l’exigence formulée devant elle. Elle est au chœur avec toutes nos mères. Nous avons une prise d’habit ; vous pouvez vous en assurer par vous-même. Après la cérémonie, si ce que vous avez à dire à madame la prieure est pressé, elle pourra vous recevoir.

— C’est bien ; j’attendrai.

— Vous pouvez entrer dans la chapelle, monsieur, dit encore la tourière.

Puis, voyant que le visiteur ne se hâtait pas de profiter de l’invitation, elle regagna sa place sous le porche, le laissant au milieu de la cour. Il y resta, se promenant à grands pas, inquiet et fiévreux, à l’ombre des murailles derrière lesquelles son regard curieux semblait vouloir pénétrer. Parfois, il s’arrêtait, prêtait l’oreille, et après avoir constaté que les chants n’étaient pas achevés, il reprenait sa promenade, sans dissimuler son impatience, surexcitée par l’attente.

Tout à coup, s’éleva dans la nef un grand bruit de chaises. Les rares personnes qui, n’ayant pu y trouver place, s’étaient tenues sur les degrés extérieurs, se rangèrent à droite et à gauche pour laisser la sortie libre. La tourière courut au jeune homme et lui dit :

— Vous ne pouvez rester là, monsieur. Voici la postulante.

Il se jeta contre le mur, les yeux fixés sur l’intérieur de la chapelle au fond de laquelle la flamme des cierges poussait jusqu’aux voûtes une lumière rougeâtre, tremblante sous l’éclat du jour qui entrait par les vitraux. Dans le cadre de la large baie, il vit apparaître Jeanne Mauroy. Jamais plus radieux visage ne s’était offert à ses regards. Suivie du clergé qui chantait le Magnificat et les fidèles, hommes et femmes, attristés comme s’ils eussent suivi son cercueil, elle marchait modeste et calme, dans une attitude de recueillement. Sur ses lèvres errait un sourire ; un rayon de joie céleste brillait dans ses yeux. Ils s’arrêtaient au passage, ces yeux extasiés, sur les figures amies, consternées. Ils exprimaient l’étonnement que causait à cette adorable enfant la tristesse surprise autour d’elle, quand tant de bonheur l’enveloppait. En arrivant auprès du visiteur inconnu, elle les leva aussi sur lui, comme pour lui donner une part de ses adieux. Mais, soit que la présence d’un étranger l’eût surprise, soit qu’elle eût été troublée par l’expression d’admiration et de pitié qu’elle venait de saisir sur des traits qu’elle voyait pour la première fois, un flot de sang empourpra ses joues, montant jusqu’aux paupières subitement abaissées. Elle hâta le pas, et passa, non assez vite cependant pour empêcher que le souvenir de sa beauté se fixât dans la mémoire de ce jeune homme que sa présence venait de bouleverser. Il s’était tourné vivement vers la tourière inclinée à son côté et disait à demi-voix :

— Le nom de cette personne, madame ?

La tourière resta silencieuse une minute ; puis elle répondit :

— Qu’importe son nom ! Tout à l’heure, elle ne s’appellera plus que sœur Nicette de la Croix.

De l’autre côté de la cour, la porte de clôture venait de s’ouvrir de nouveau. Sur le seuil, trois religieuses s’avançaient ayant le voile baissé. Deux d’entre elles tenaient un cierge à la main. L’autre les précédait, portant une croix en bois noir sans christ. La postulante s’agenouilla et baisa l’extrémité de cette croix. Puis elle se releva, salua les assistants qui l’avaient accompagnée jusqu’à cette porte et ne pouvaient la suivre au delà. C’était la première étape de l’éternelle rupture avec le monde, et lorsque les lourds battants de bois se refermèrent sur la procession qui s’éloignait en psalmodiant une hymne à la Vierge, un frisson passa sur le petit groupe des fidèles. Tandis qu’ils regagnaient leur place dans la chapelle, la postulante traversa le cloître à la suite des sœurs, conduite au chœur par la prieure et jusque devant la haute grille où elle s’agenouilla. Maintenant, de l’autre côté de la grille, elle apercevait l’évêque, debout, entouré des prêtres assistants, coiffé de la mitre, appuyé sur sa crosse, vêtu d’une chape aux reflets d’argent.

— Ma fille, que demandez-vous ? dit-il.

— La miséricorde de Dieu, la pauvreté de l’Ordre et la compagnie des sœurs, répondit-elle.

— Est-ce de votre propre mouvement et de votre plein gré que vous vous présentez pour recevoir l’habit de ce saint Ordre ?

— Oui, monseigneur.

— Avez-vous dessein de persévérer dans l’Ordre jusqu’à la fin de votre vie ?

— Oui, monseigneur.

— Voulez-vous donc entrer dans l’Ordre pour le seul amour de Notre-Seigneur ?

— Oui, avec la grâce de Dieu et les prières des sœurs.

Elle avait parlé d’une voix ferme.

— Que Dieu achève en vous son ouvrage ! reprit l’officiant.

Puis il lui adressa une brève et touchante exhortation qu’il termina en disant :

— Que le Seigneur vous dépouille du vieil homme !

Quand il eut fini, la postulante fut emmenée par la prieure. Tandis qu’elle était absente, le prélat bénit le scapulaire, la ceinture et le manteau qu’elle allait recevoir de ses mains.

Elle revint bientôt, transformée déjà, préparée pour l’ensevelissement volontaire qu’elle s’imposait. Elle avait quitté ses vêtements de mariée et revêtu une robe de bure qui l’enveloppait comme d’un suaire. A ses pieds, les bas de laine et les sandales remplaçaient les souliers de satin. Une guimpe cachait la pureté des épaules, s’étendait sur le corsage en plis roidis sous lesquels semblait s’être évanouie la grâce des formes. Enfin, de la soyeuse chevelure qui tout à l’heure couronnait sa beauté, les boucles épaisses n’existaient plus. Elles gisaient là-bas comme des fleurs flétries. Les ciseaux les avaient coupées jusqu’à la racine, ne laissant sur la tête que des cheveux ras, qui se redressaient sous la coiffe blanche comme révoltés contre le barbare traitement qui venait de dépouiller le front de sa plus belle parure.

De nouveau, la postulante se tenait devant la grille. Quoique découronnée, sa tête fine et fière resplendissait toute radieuse. Les assistants purent alors admirer le visage où s’exprimait une divine sérénité, et dont aucun regret n’altérait la quiétude. Des mains d’un prêtre, le pasteur recevait tour à tour la ceinture, le scapulaire, le manteau blanc. Il les passait à la postulante en prononçant pour chacun de ces objets les paroles sacrées. En lui mettant la ceinture, il disait : — Quand vous étiez plus jeune, vous vous ceigniez vous-même et vous alliez où il vous plaisait. Mais lorsque vous aurez vieilli, un autre vous ceindra. En lui mettant le scapulaire : — Prenez le joug de Jésus-Christ qui est doux et son fardeau qui est léger. En lui mettant enfin le manteau : — Ceux qui suivent l’agneau sans tache, marcheront avec lui vêtus de blanc. C’est pourquoi que vos vêtements soient toujours blancs, en signe de votre pureté intérieure.

Tout était dit. Le prélat jeta l’eau bénite sur la novice, et, se mettant à genoux, il entonna le Veni, Creator. Après la première strophe, tandis que les religieuses se tenaient debout à leur place, la prieure prit la sœur Nicette par la main et la conduisit au milieu du chœur, où elle la fit étendre sur un tapis de serge, les bras en croix. Tant que dura le chant sacré, elle resta ainsi, la face contre terre, dans l’immobilité de la mort. Elle ne se releva que pour aller porter à ses compagnes le baiser fraternel. Puis les religieuses sortirent du chœur processionnellement, et les assistants se retirèrent. Le visiteur étranger fit comme eux.

Il avait observé tous les détails de la cérémonie, des larmes aux yeux, le cœur étreint par l’angoisse. De nouveau, il se trouva dans la cour, attendant la prieure. Mais maintenant son impatience de tout à l’heure s’était apaisée. Un lourd accablement pesait sur lui, une impression cruelle qui détournait sa pensée du but de sa visite. Il mesurait du regard les lourds bâtiments du monastère. Peut-être rêvait-il d’y pénétrer de gré ou de force pour en faire sortir la créature qu’il venait de voir s’enterrer vivante. Peut-être se demandait-il où puise son énergie la passion indomptable qui jette aux bras d’un amant crucifié les vierges de vingt ans et les pousse à choisir une vie martyrisante comme le plus beau et le plus enviable des destins.

— Veuillez me suivre au parloir, monsieur, dit tout à coup près de lui la voix de la tourière. Ma mère prieure va s’y rendre.

Il obéit en silence, ramené à la réalité par cette invitation, repris par l’impatient émoi qui le dominait tout à l’heure quand il s’était présenté au couvent pour parler à la sœur Thérèse de Jésus. Étant entré dans le parloir, précédé de la tourière, il s’assit sur une chaise, devant la grille aux pointes menaçantes, rendue plus épaisse et plus impénétrable par le rideau tendu de l’autre côté des ferrures. Presque aussitôt, il entendit ces mots prononcés par une femme qu’il ne pouvait voir :

— Loué soit Notre-Seigneur Jésus-Christ !

Surpris, il regarda la tourière.

— Répondez : A jamais ! fit-elle.

Et docilement, il répéta :

— A jamais.

La tourière sortit, le laissant seul, la pâleur aux joues, un frisson dans tout le corps, escaladant des yeux cette grille effroyable derrière laquelle il espérait trouver ce qu’il était venu chercher dans cette maison de paix et de prière.