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La chanson de la Bretagne

Chapter 18: A Paimpol
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About This Book

A sequence of lyric poems and sketches evokes coastal and upland landscapes, local labor and song, and the persistence of popular faith and legend. Vivid imagery of sea, stone, mist, and seasonal renewal alternates with portraits of harvesters, fisherfolk, and solitary figures bound to the land. Several pieces treat enchanted springs, saintly lives, and the memory of an oral tradition, blending nostalgia and mysticism with a musical attention to folk verse and regional rhythms.

A Paimpol

Ma vijé bolonté Doué,
Vije aman’nn Douar-Newè[2] !
Eham tira tra la la laire
Eham tira tra la la la.

(Chanson paimpolaise.)

[2] Si c’était la volonté de Dieu, Que fût ici la Terre-Neuve…

A François Perrot, capitaine islandais.

Fleurs de soleil et de jeunesse,
Blanche leur coiffe et blanc leur col,
Voici venir de la grand’messe
Les belles filles de Paimpol.
Elles viennent, lentes, par couples,
Et dans leurs mains sont des psautiers…
Mais ce sont chattes aux reins souples
Que ces filles de flibustiers.
Ce soir, sous les libres Allées,
Les enlaçant d’un bras nerveux,
De grands gars aux lèvres salées
Les baiseront dans les cheveux ;
Cependant que les eaux muettes,
Dans le bassin, au long des quais,
Balanceront vos silhouettes,
O navires des « Islandais »…
***
Quand la chanson doit être brève,
C’est le moins qu’on la chante fort !
Ils épuisent d’un coup leur rêve,
Ceux qui vivent avec la mort.
Pour boire leur paie aux auberges,
Pour songer leur songe d’amour,
Les gars d’Islande aux barbes vierges,
Les hommes enfants n’ont qu’un jour.
Eham tira ! tra la la laire !
Laisse venter, ma belle est là !
Laisse venter le vent polaire…
Eham tira, tra la la la !…
La chanson grave se déroule
De Porz-Evenn à Plourivo.
Vente le vent ! Le cidre coule ;
C’est la sève du temps nouveau.
La mer de cidre, la mer blonde,
Ohé ! Qu’on la vide à pleins bols !
Après nous, c’est la fin du monde !…
Et la nuit descend sur Paimpol ;
Sur les mâtures élancées
La nuit ondule comme un dais ;
Et les filles dorment, bercées,
Sur le poitrail des Islandais.
***
Ave maris Stella… Mer grande,
Mer brumeuse de février !
Pour le départ des gars d’Islande,
Les prêtres sont venus prier.
La croix d’argent dans l’air se dresse…
Et le Christ, les bras étendus
Dans un long geste de détresse,
Bénit d’avance les « perdus ».
Comme une forêt de squelettes,
Les mâts entrechoquent leurs os…
C’est le départ des goëlettes
Pour le cimetière des eaux.
La voile s’ouvre comme une aile ;
Elle plane, elle court, là-bas,
Peut-être à l’Islande éternelle
D’où l’Islandais ne revient pas.
Les mouchoirs blancs sur les falaises
Voudraient aussi, prenant leur vol,
Voudraient porter les Paimpolaises
Où s’en vont les gars de Paimpol.
Mouchoirs blancs, ô vous qu’on agite
Dans le mystère des adieux,
Petits mouchoirs, les morts vont vite…
Restez, pour essuyer les yeux !