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La chanson de la Bretagne cover

La chanson de la Bretagne

Chapter 20: Tréguêr
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About This Book

A sequence of lyric poems and sketches evokes coastal and upland landscapes, local labor and song, and the persistence of popular faith and legend. Vivid imagery of sea, stone, mist, and seasonal renewal alternates with portraits of harvesters, fisherfolk, and solitary figures bound to the land. Several pieces treat enchanted springs, saintly lives, and the memory of an oral tradition, blending nostalgia and mysticism with a musical attention to folk verse and regional rhythms.

Tréguêr

Un cloître de silence, un hôpital des âmes,
Et de grises maisons de nobles, — c’est Tréguêr…
Nul bruit, que les sabots claquants des vieilles femmes,
Et l’oraison du vent qui monte avec la mer.
Telles que des surplis de prêtres, les nuées
Blanchissent, dans un ciel dormant comme un lavoir.
Le long des quais déserts, des barques échouées,
Dévotieuses, font leur prière du soir.
Un douanier, de garde au bord de l’eau, sifflote
Un air mélancolique, une chanson d’ennui ;
Et, comme émue à cet appel, l’âme vieillote,
L’âme des temps fanés s’éveille autour de lui.
Et l’humble gabelou, sentinelle des grèves,
D’un mal délicieux se sent le cœur troublé ;
Il a vu se lever le vol des anciens rêves,
Et leur aile subtile en passant l’a frôlé.
C’est ici le pays des choses de mystère,
Des jardins emmurés et comme ensevelis,
Où fleurit sans soleil la pâleur solitaire
Des nonnes au front doux, blanches comme des lis.
Ici se songe encor le songe des vieux âges ;
Une piété grave embaume l’air du soir.
La paix galiléenne est sur les paysages,
Et tout l’horizon fume ainsi qu’un encensoir.
Dans l’ombre, sur la place, autour de la piscine,
Des femmes sont debout qui causent à mi-voix.
Et l’on s’attend à voir paraître une voisine
Pour annoncer qu’un Dieu vient de mourir en croix.