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La chanson de la Bretagne

Chapter 30: L’âme des matelots
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About This Book

A sequence of lyric poems and sketches evokes coastal and upland landscapes, local labor and song, and the persistence of popular faith and legend. Vivid imagery of sea, stone, mist, and seasonal renewal alternates with portraits of harvesters, fisherfolk, and solitary figures bound to the land. Several pieces treat enchanted springs, saintly lives, and the memory of an oral tradition, blending nostalgia and mysticism with a musical attention to folk verse and regional rhythms.

L’âme des matelots

A Lucien Herr.

L’âme des matelots est sœur des Mers sauvages…
Des cloches de tristesse y tintent sous les flots ;
Sur l’aile de la brume ondulent les rivages…
Elle est sœur de la Mer, l’âme des matelots.
***
L’Ame des matelots est pure… On voit en elle,
Par les soirs transparents, les vierges soirs d’été,
Surgir et se mouvoir l’image solennelle
D’une mystérieuse et sereine Cité.
Des pays de silence où cheminent des rêves
Nagent au fond des eaux, — lumineusement verts ;
Comme des tresses d’or, sur le dos blond des grèves,
Roulent les goëmons, cheveux errants des mers.
Et de graves chansons qui semblent des prières,
En une cathédrale aux mouvantes parois,
S’agenouillent, et les phares, cierges en pierres,
Se ravivent dans l’ombre au souffle de leurs voix.
***
L’Ame des matelots est sœur des Mers fleuries…
Des violes d’amour ont frissonné dans l’air
Et, les seins ruisselants d’humides pierreries,
Ahès, la grande impure, entonne son chant clair…
Comme la mer, comme la mort, Ahès est forte.
Que sa volonté règne, et, comme au temps jadis,
Qu’un inconnu masqué vienne rouvrir la porte,
La porte des noyés, la sombre porte d’Is !
Hou !… Sur son cheval blanc, le blanc Guennolé passe.
Le moine de la mer, de lumière vêtu,
D’un long signe de croix exorcise l’espace :
Le chant d’impureté, le mauvais chant s’est tu.
Mais il s’efforce en vain, le puissant exorciste,
D’emprisonner Ahès au gouffre des flots sourds ;
L’âme de la sirène embaume la mer triste ;
Ses cheveux enlaçants y surnagent toujours !
***
La Mer, comme les bois, pâlit quand vient l’automne.
C’est le temps où, plaintive, avec des yeux voilés,
La veuve du soleil, la lumière bretonne
Pleure la race éteinte et les Dieux en allés.
L’Ame des matelots est sœur de la Mer pâle.
Des rochers douloureux en hérissent les bords ;
Le fond, — champ de granit, vaste pierre tombale, —
Vide d’inscriptions, couvre un peuple de morts.
N’importe ! On leur a dit qu’une terre splendide
Fleurit là-bas, plus loin que les eaux, que les cieux,
Et l’invincible espoir des chercheurs d’Atlantide
Reprend vers l’inconnu la marche des aïeux.