Les hantises
Il vente !C’est le vent de la mer qui nous tourmente(Chanson des matelots de Groix.)
Il vente, il vente affreusement !…
La mer entière
N’est plus qu’un long gémissement
Qui monterait d’un cimetière.
Il vente, il vente ! Aux foyers clos.
On croit entendre
Passer les éternels sanglots
De ceux qu’on s’est lassé d’attendre.
Il vente, il vente ! Et, dans leurs draps,
Les épousées
Se sentent par d’humides bras
D’une étreinte moite enlacées.
Il vente, il vente ! Sur leurs corps
De chair vivante,
Les caresses des baisers morts
Courent en frissons d’épouvante.
Il vente, il vente ! Le vieux lit
Craque et murmure ;
Une odeur âcre le remplit,
Odeur de mort ou de saumure !
Il vente, il vente ! Des yeux verts
Luisent dans l’ombre,
Des yeux à tout jamais ouverts,
En qui se figea la mer sombre.
Il vente, il vente ! Le regard
De ces yeux vagues
Qui ne regardent nulle part
A le glauque infini des vagues.
Il vente, il vente ! La chanson
Des âmes mortes
Fait geindre toute la maison
Et miauler le gond des portes.
Oh ! le vent, le lourd vent d’hiver
Tout chargé d’âmes !…
Ceux qui se sont noyés en mer
Ne laissent plus dormir leurs femmes.