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La chanson de la Bretagne

Chapter 33: En novembre
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About This Book

A sequence of lyric poems and sketches evokes coastal and upland landscapes, local labor and song, and the persistence of popular faith and legend. Vivid imagery of sea, stone, mist, and seasonal renewal alternates with portraits of harvesters, fisherfolk, and solitary figures bound to the land. Several pieces treat enchanted springs, saintly lives, and the memory of an oral tradition, blending nostalgia and mysticism with a musical attention to folk verse and regional rhythms.

En novembre

A M. Luzel.

La pluie erre, pleurante, et c’est la mort des choses.
Les tristes mois bretons gémissent un long deuil :
Quelque pauvre de Dieu frappe à mes vitres closes ;
Des sabots de misère ont sonné sur mon seuil…
— Entre, bon mendiant, chemineur de grand’route !…
Il s’est assis dans l’âtre, a béni les tisons,
Puis, se signant au cœur, grave, il m’a dit : « Écoute
Le vieux chercheur de pain, ô chercheur de chansons. »
Alors il a chanté… De sa longue mémoire,
A l’appel de sa voix, ont surgi tour à tour
Et les noires Guerziou, rudes comme l’histoire,
Et les blanches Soniou, douces comme l’amour.
Salut, fragments sacrés de nos frustes annales,
Ame d’un peuple éparse aux lèvres des chanteurs !
Salut, fleurs de bruyère, idylles virginales !
Salut, vers de granit, sculptés par des pasteurs !
Salut, adieu plutôt, mystiques aventures !
Refrains chastes, adieu ! vos jours sont révolus,
Et c’est fini de vous, et les mères futures
Aux berceaux des enfants ne vous chanteront plus.
En ce morne ossuaire, hélas ! qu’on nomme un livre,
Par nos pieuses mains tristement entassés,
Il vous faudra pourrir, vous qui nous faisiez vivre,
Oubliés des ingrats que vous avez bercés.
Ah ! quand vous serez morts, morte aussi, la Bretagne
S’étendra toute nue en son linceul d’hiver.
Et les rochers pensifs qui gardent la montagne
Descendront des sommets pour rentrer dans la mer.
Les saints mêmes, les saints s’enfuiront des églises.
On les verra partir, le rêve celte au front,
Et, s’essuyant les yeux avec leurs barbes grises,
Dans leurs auges de pierre ils se rembarqueront.
Les derniers mendiants qui vous chantaient aux portes,
Si beaux qu’on les eût pris pour des portraits d’aïeux,
Chercheront à l’écart un lit de feuilles mortes
Où mourir, comme on meurt chez nous, — silencieux !