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La chanson de la Bretagne cover

La chanson de la Bretagne

Chapter 39: La lépreuse
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About This Book

A sequence of lyric poems and sketches evokes coastal and upland landscapes, local labor and song, and the persistence of popular faith and legend. Vivid imagery of sea, stone, mist, and seasonal renewal alternates with portraits of harvesters, fisherfolk, and solitary figures bound to the land. Several pieces treat enchanted springs, saintly lives, and the memory of an oral tradition, blending nostalgia and mysticism with a musical attention to folk verse and regional rhythms.

La lépreuse

Monna Keryvel met pour aller paître,
Pour aller, aux champs, paître ses brebis,
Avec sa croix d’or qu’a bénite un prêtre,
Monna Keryvel met ses beaux habits.
Un doux cavalier s’en vient d’aventure :
Il a « bonjouré » Monna Keryvel,
C’est un fils de noble, à voir sa monture,
Et son parler fin sent l’odeur de miel.
Monna Keryvel n’a su que répondre
Au doux cavalier qui la bonjoura ;
Mais son joli cœur s’est mis à se fondre,
Monna Keryvel demain pleurera.
Le cœur qui se fond en larmes ruisselle…
Le vent de la nuit traverse les cieux.
Quand le cavalier repartit en selle,
Le cœur de Monna pleurait dans ses yeux.
***
A l’aube, le coq a chanté l’aubade :
Monna Keryvel à sa mère a dit :
— L’enfant de ma mère a le cœur malade
Et le mal qu’elle a, c’est le « mal maudit ».
— Monna, n’en ayez angoisse trop grande.
On vous bâtira, pour y demeurer,
Une maison neuve, au haut de la lande,
Où vous pourrez, seule, en secret pleurer.
Vous pourrez pleurer dans la maison neuve,
La nuit et le jour, été comme hiver ;
Et les gens croiront que c’est une veuve
Pleurant son marin qui mourut en mer.
— Dans la Lande-Haute, il fera bien triste.
Donnez-moi du moins, en l’honneur de Dieu,
Servante ou valet, quelqu’un qui m’assiste
Pour laver mon linge et souffler mon feu.
— Monna, vous n’aurez valet ni servante.
Dans la maison neuve, hélas ! vous vivrez,
Seule avec le vent, le vent dur qui vente
Sur la Lande-Haute au pays d’Arez.
***
Monna Keryvel, de la Lande-Haute,
Fais-toi belle et mets ta croix à ton cou ;
Un cavalier doux a grimpé la côte…
Mais c’est l’épouseur des mortes, l’Ankou !