WeRead Powered by ReaderPub
La chanson de la Bretagne cover

La chanson de la Bretagne

Chapter 57: Vœu
Open in WeRead

About This Book

A sequence of lyric poems and sketches evokes coastal and upland landscapes, local labor and song, and the persistence of popular faith and legend. Vivid imagery of sea, stone, mist, and seasonal renewal alternates with portraits of harvesters, fisherfolk, and solitary figures bound to the land. Several pieces treat enchanted springs, saintly lives, and the memory of an oral tradition, blending nostalgia and mysticism with a musical attention to folk verse and regional rhythms.

Vœu

C’est par un soir de Mai que je voudrais mourir.
Les soirs de Mai sont beaux ; la terre va fleurir ;
L’air est comme peuplé de voix inentendues,
Et l’on sent Dieu qui passe au fond des étendues.
Dans les lointains, ainsi qu’une paupière d’or,
S’abaisse le couchant sur la mer qui s’endort.
Les nuages, vêtus de gaze aux longues franges,
Glissent, furtifs et doux, et c’est comme un chœur d’anges
Qui des hauteurs du ciel descendraient vous chercher.
Le paisible angélus de quelque vieux clocher
Tinterait seul mon glas aux paroisses prochaines.
Dans les sentiers bretons pleureraient les grands chênes.
Le laboureur tardif qui s’en vient en chantant
Vers sa maison de chaume où le sommeil l’attend,
Se signerait la bouche, en fermant la barrière,
Et, sans savoir mon nom, m’enverrait sa prière.
La paix du soir invite à de vastes oublis.
En Mai, l’espace ondule, et, derrière ses plis,
On entend, on voit presque errer la grande chose ;
La pierre du tombeau n’est plus la porte close ;
Tout rassure. Et la nuit, l’auguste nuit d’été
Verse à la lèvre humaine un goût d’éternité.
L’œil qu’on ferme ici-bas là haut s’éveille étoile ;
Le silence a chanté, l’inconnu se dévoile,
Comme un seuil lumineux, le ciel semble s’ouvrir…
C’est par un soir de Mai que je voudrais mourir.