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La chanson de la Bretagne

Chapter 59: Le chant de ma mère
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About This Book

A sequence of lyric poems and sketches evokes coastal and upland landscapes, local labor and song, and the persistence of popular faith and legend. Vivid imagery of sea, stone, mist, and seasonal renewal alternates with portraits of harvesters, fisherfolk, and solitary figures bound to the land. Several pieces treat enchanted springs, saintly lives, and the memory of an oral tradition, blending nostalgia and mysticism with a musical attention to folk verse and regional rhythms.

Le chant de ma mère

Le chant que me chantait naguère
Ma mère douce, au long des nuits,
A dû mourir avec ma mère…
Nul ne me l’a chanté depuis.
Et c’est en vain qu’au seuil des portes
Obstinément je l’ai quêté.
O ma mère, tes lèvres mortes
Dans la tombe l’ont emporté.
En vain, sous les lampes huileuses,
J’ai fait, dans l’âtre des maisons,
Sourdre au cœur des vieilles fileuses
L’eau vive des vieilles chansons.
La berceuse qui me fut chère,
Le doux chant naguère entendu,
Le chant que me chantait ma mère
Avec ma mère s’est perdu.
Mais aux heures, aux heures chastes
Où les nocturnes ciels d’été
Nous haussent sur leurs ailes vastes
A des songes d’éternité.
Je vois soudain, dans ma mémoire,
Champ du repos peuplé d’aïeux,
Circuler la grande ombre noire
D’un laboureur mystérieux.
Sa charrue étrange et sacrée
Ouvre au loin des sillons mouvants
Et fait, de la terre éventrée,
Jaillir des morts restés vivants.
Muet, sur les fosses rouvertes,
Je l’entends aller et venir
Ce grand faiseur de découvertes
Qui se nomme le Souvenir.
Et, hors des glèbes retournées,
Se lèvent d’antiques moissons
Où court, dédaigneux des années,
Le pied nu des jeunes chansons.
Et le chant, le chant dont ma mère
Berça mon somme au temps jadis
Exhale en moi l’odeur légère
D’un fin bleuet du paradis.