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La chanson de la Bretagne

Chapter 62: La Chanson de ma nourrice
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About This Book

A sequence of lyric poems and sketches evokes coastal and upland landscapes, local labor and song, and the persistence of popular faith and legend. Vivid imagery of sea, stone, mist, and seasonal renewal alternates with portraits of harvesters, fisherfolk, and solitary figures bound to the land. Several pieces treat enchanted springs, saintly lives, and the memory of an oral tradition, blending nostalgia and mysticism with a musical attention to folk verse and regional rhythms.

La Chanson de ma nourrice

Il me souvient d’une ballade
Que ma nourrice à faible voix
Me chantait, quand j’étais malade.
Autrefois.
« C’étaient deux marins du même âge
Qui s’étaient connus tout petits,
Et qui s’aimaient. Un soir, tous deux étaient partis
Pour on ne sait plus quel voyage.
Ils étaient partis, tous les deux,
Tous deux braves marins, tous deux bons capitaines,
Pour on ne sait plus trop quelles plages lointaines,
Et, depuis, on n’a pas entendu parler d’eux. »
Nourrice, j’en ai bien vu d’autres
Qui s’aimaient et qui sont partis,
S’étant connus, comme les vôtres,
Tout petits.
« On chuchotait, mais sans y croire,
Sur le quai, la nuit du départ,
Qu’ils avaient entrepris d’aborder quelque part
Dans un pays nommé la Gloire.
Par exemple, on disait encor
Qu’un long pavillon vert flottait à leur grand’hune.
Et qu’on pouvait du port y lire au clair de lune
Le nom de l’Espérance écrit en lettres d’or. »
Ce pavillon vert qu’on arbore
Au départ, et qui claque au vent,
N’est, hélas ! qu’un haillon sonore,
Trop souvent.
« Combien ont fait le tour du monde,
Qui sains et saufs sont revenus !
Mais ces deux-là sont morts, sous des cieux inconnus,
Dans l’oubli de la mer profonde.
Ils sont morts, ils sont morts tous deux.
Tous deux braves amis, tous deux bons capitaines,
Sans avoir abordé dans les plages lointaines,
Et les poissons d’argent n’ont rien épargné d’eux. »
Oh ! la triste, triste ballade,
Que ma nourrice à faible voix
Me chantait, quand j’étais malade,
Autrefois !