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La chanson de la Bretagne

Chapter 63: La Chanson de la mal mariée
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About This Book

A sequence of lyric poems and sketches evokes coastal and upland landscapes, local labor and song, and the persistence of popular faith and legend. Vivid imagery of sea, stone, mist, and seasonal renewal alternates with portraits of harvesters, fisherfolk, and solitary figures bound to the land. Several pieces treat enchanted springs, saintly lives, and the memory of an oral tradition, blending nostalgia and mysticism with a musical attention to folk verse and regional rhythms.

La Chanson de la mal mariée

En jupon de rouge futaine,
Autrefois, quand j’allais aux prés,
Je mirais des galons dorés
Dans l’eau verte de la fontaine.
Maintenant, l’eau verte se rit
De mes haillons de laine rousse,
Et j’entends, j’entends sous la mousse
Se gausser un méchant esprit.
Lorsque les conscrits de la reine,
Autrefois, rentraient au pays,
Disaient-ils pas, tout ébahis :
« Tudieu ! c’est notre souveraine ! »
Et c’est moi, Fanchon, qui passais,
Royale, sur ma jument grise ;
Je me fâchais de n’être prise
Que pour la Reine des Français !
Et maintenant, la tête basse,
Les mendiants, tortus, boiteux,
Plaignent Fanchon, quand devant eux
L’ombre de ma misère passe.
Je rêvais d’un beau clerc vainqueur,
A la longue et fine parole
Qui, telle qu’une banderole,
Eût enlacé vingt fois mon cœur.
L’homme à qui je songeais en songe
Est venu, m’a prise, et voici
Que, dans la lande du souci,
Mon cœur paît au bout d’une longe.
Filles, mes sœurs, pleurez mon deuil.
Au foyer clair de la famille,
Il n’est que d’être jeune fille !
Femme, on grelotte sur le seuil.
Le vent d’hymen souffle à vos portes,
Et vous dites, le rire aux yeux :
« C’est de l’or qui tombe des cieux. »
Hélas ! ce sont des feuilles mortes.
Filles, mes sœurs, tout ment, tout ment
A la fille qui se marie.
C’est le jardin de duperie
Où ne fleurit que le tourment.
Priez Dieu qu’il vous garde sages !
Mais, hélas ! vous ne m’en croirez
Que lorsque vos galons dorés
Pendront, flétris, à vos corsages.
Comme moi, vous irez alors
Pleurant votre jeunesse en route.
Vous serez la chèvre qui broute
L’herbe mauvaise du remords.