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La chanson de la Bretagne cover

La chanson de la Bretagne

Chapter 8: Terre d’Armor
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About This Book

A sequence of lyric poems and sketches evokes coastal and upland landscapes, local labor and song, and the persistence of popular faith and legend. Vivid imagery of sea, stone, mist, and seasonal renewal alternates with portraits of harvesters, fisherfolk, and solitary figures bound to the land. Several pieces treat enchanted springs, saintly lives, and the memory of an oral tradition, blending nostalgia and mysticism with a musical attention to folk verse and regional rhythms.

Terre d’Armor

C’est une terre en pierre, et qui tombe en ruine ;
C’est le cadavre épars d’un pays effondré.
Un fantôme de ciel erre, dans la bruine,
En quête d’un soleil qui s’est évaporé.
Les rochers même, au bord des mers tristes, se meurent
D’un mal mystérieux, nostalgique et fatal.
Et la lumière grise a dans ses yeux qui pleurent
Le regard immolé d’une sœur d’hôpital.
Des brumes, des linceuls moisis, de longs suaires
Traînent leur deuil sinistre au flanc des vallons bas ;
Et là-haut, les Ménez semblent des ossuaires,
De grands cairns entassés sur d’immenses trépas.
Plus haut encor, les bras ouverts dans les ténèbres,
Comme de grands oiseaux cloués en plein essor,
Les christs miment dans l’air, de leurs gestes funèbres,
La désolation de la terre d’Armor.
***
Mais voici. Le printemps a rajeuni le monde,
Et le pays croulant, soudain ressuscité,
S’éveille entre les bras de la lumière blonde,
Et l’hymne de la vie en son cœur a chanté !
La mer est toute neuve et comme adolescente,
Et, rassemblant ses flots d’un geste harmonieux
Elle se lève et marche en sa grâce puissante,
Et le ciel est plus beau, reflété dans ses yeux.
Des appels sont venus de la patrie antique.
Les rochers qui jadis furent bardes et roi,
Au souffle évocateur du renouveau celtique,
Sentent vibrer en eux les harpes d’autrefois.
Les brumes qui stagnaient, mornes, au ras des plaines,
Se gonflent dans l’espace en chatoyants tissus,
Voiles aériens d’un chœur de Madeleines
Qui viennent, dans l’azur, de voir monter Jésus.
Et, sur la proue en fleurs d’un vaisseau de nuages,
S’avance l’astre-dieu, le soleil aux doigts d’or ;
Et la jeune saison suspend ses clairs feuillages
Au front rasséréné de la Terre d’Armor.