WeRead Powered by ReaderPub
La chanson de la Bretagne cover

La chanson de la Bretagne

Chapter 83: A la sortie de l’École
Open in WeRead

About This Book

A sequence of lyric poems and sketches evokes coastal and upland landscapes, local labor and song, and the persistence of popular faith and legend. Vivid imagery of sea, stone, mist, and seasonal renewal alternates with portraits of harvesters, fisherfolk, and solitary figures bound to the land. Several pieces treat enchanted springs, saintly lives, and the memory of an oral tradition, blending nostalgia and mysticism with a musical attention to folk verse and regional rhythms.

A la sortie de l’École

En souvenir des soirs du Pichéry.

C’est l’heure où les enfants s’épandent par la rue,
Troublant de jeunes cris la paix grave du soir ;
Et le peuple des morts, la race disparue
Du haut du ciel breton se penche pour les voir.
Car les Celtes défunts revivent dans l’espace ;
Dieu pour eux, chaque soir, rouvre l’azur clément,
Et, par les bleus sentiers, leur procession passe,
Leur procession passe interminablement :
Ceux qui furent marins tendent comme des voiles
Les nuages errants qui se gonflent dans l’air,
Et vont, comme autrefois, allumer des étoiles
Devant la Vierge douce, Étoile de la mer.
D’autres, jadis pasteurs, paissent les nébuleuses,
Tandis qu’à leur rouet, plaintif et somnolent,
Des saintes d’aujourd’hui qui furent des fileuses
Filent du clair de lune en fuseaux de lin blanc.
Des clercs adolescents, voués à la soutane,
Feignent de méditer sur des livres ouverts ;
Mais le cœur saigne encor de quelque amour profane,
Et la lèvre s’oublie à fredonner des vers.
Ainsi vont cheminant au pays de mystère,
Dans les brumes du soir, les Celtes d’autrefois ;
Et les petits Bretons qui cheminent sur terre
S’étonnent de s’entendre appeler par des voix.
Quelqu’un leur a-t-il dit qu’il fallait être sages ?…
Leurs sabots dans les mains, une tristesse aux yeux,
Ils traversent, muets, la paix des paysages,
Et ce sont des enfants qui semblent des aïeux.