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La chanson de la Bretagne

Chapter 86: II
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About This Book

A sequence of lyric poems and sketches evokes coastal and upland landscapes, local labor and song, and the persistence of popular faith and legend. Vivid imagery of sea, stone, mist, and seasonal renewal alternates with portraits of harvesters, fisherfolk, and solitary figures bound to the land. Several pieces treat enchanted springs, saintly lives, and the memory of an oral tradition, blending nostalgia and mysticism with a musical attention to folk verse and regional rhythms.

Ballade

I

Pour mettre sa coiffe, un dimanche
Sa coiffe de dentelle blanche,
La fille à son miroir se penche.
— Comme vous voilà belle ainsi !
— D’être belle je n’ai souci ;
D’être plaisante et d’être accorte,
A quoi me sert et que m’importe ?
Nul galant ne frappe à ma porte !
— Taisez-vous et ne pleurez point ;
Les amoureux viendront à point.
— S’ils laissent cette année entière
Passer, comme sa devancière,
Lors, menez-les au cimetière.
— Vous n’avez pas encor vingt ans ;
La rose fleurit au printemps !
— Quand vous verrez fleurir la rose,
Mettez-la sur ma tombe close.
Dites : c’est là qu’Elle repose.
Sur ma tombe mettez des fleurs.
Et, dans le bénitier, des pleurs.
Mettez-y fleur rouge et fleur noire,
La fleur de deuil et de mémoire
Douce aux âmes du Purgatoire ;
Puis, vous planterez sur les bords
La fleur d’oubli, la fleur des morts.

II

Pour les cloër qui vont en bande,
La route n’est pas assez grande,
Qui mène à Vannes de Guérande.
Ils ont franchi les murs sacrés ;
Au cimetière ils sont entrés.
— « Or, çà, voici la tombe neuve
La fraîche tombe d’une veuve
Qui mourut fille, avant l’épreuve ;
Qui mourut fille, pour avoir
Aimé d’un amour sans espoir.
C’est pourquoi l’on mit sur sa tombe
Fleur blanche couleur de colombe,
Fleur noire ainsi que nuit qui tombe.
Celui qu’elle aime est à Guingamp,
Qui d’elle à tous va se moquant… »
La morte est là qui les écoute
Et dit : « Suivez, suivez la route ;
Devant vous elle s’ouvre toute ;
Mais au cimetière, laissez
Dormir en paix les trépassés !… »