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La chanson de la Bretagne

Chapter 91: Chaume d’Islandais
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About This Book

A sequence of lyric poems and sketches evokes coastal and upland landscapes, local labor and song, and the persistence of popular faith and legend. Vivid imagery of sea, stone, mist, and seasonal renewal alternates with portraits of harvesters, fisherfolk, and solitary figures bound to the land. Several pieces treat enchanted springs, saintly lives, and the memory of an oral tradition, blending nostalgia and mysticism with a musical attention to folk verse and regional rhythms.

Chaume d’Islandais

Me am eus clewet er Porz-Gwenn
Canan clemmuz eur ganaouenn[11].

[11] J’ai entendu, à Port-Blanc, Chanter plaintive une chanson.

Fille d’Islandais, ô ma femme,
L’entends-tu qui geint au dehors,
L’entends-tu qui geint et qui brame,
La mer sans cœur, la mer sans âme,
Pour qui tant des nôtres sont morts ?
En ce logis du bord des grèves,
Sous ce chaume, dans ce lit clos,
Nous refaisons les anciens rêves
Qu’en leurs haltes, leurs haltes brèves
Y songèrent des matelots.
Autour de la grise chaumine
Leur pas sonne comme autrefois,
Par les sentiers leur pas chemine,
Et la mer lasse, qui rumine,
Laisse vers nous monter leurs voix.
Femme, pendant que tu reposes
Au lit de leurs vieilles amours,
N’entends-tu pas leurs lèvres closes
Nous crier les suprêmes choses
Qu’ils n’ont pu dire qu’aux flots sourds.
J’ai souvenance de leurs lettres.
Mon père autrefois me les lut.
On eût dit des sermons de prêtres,
Rédigés par des quartiers-maîtres…
Pour signature, au bas, « Salut ! »
Ce salut envoyé du Pôle,
Une bouteille l’apportait.
Mon père, doux maître d’école,
Traduisait la triste épistole
Aux veuves… Et la mer chantait !