WeRead Powered by ReaderPub
La chanson de la Bretagne cover

La chanson de la Bretagne

Chapter 99: La Chanson de notre « Reine Anne »
Open in WeRead

About This Book

A sequence of lyric poems and sketches evokes coastal and upland landscapes, local labor and song, and the persistence of popular faith and legend. Vivid imagery of sea, stone, mist, and seasonal renewal alternates with portraits of harvesters, fisherfolk, and solitary figures bound to the land. Several pieces treat enchanted springs, saintly lives, and the memory of an oral tradition, blending nostalgia and mysticism with a musical attention to folk verse and regional rhythms.

La Chanson de notre « Reine Anne »

Pedit ar Santès Anna Vad,
Hac ho pezo zur ho mennad[12].

[12] Priez Sainte Anne-la-Bonne, Et sûrement votre vœu sera exaucé.

Nous vous avons appelée Anne.
Plus grande, je vous conterai
Combien douce, au pays de Vanne,
Fleurit Anne, la fleur d’Auray.
Quand vous serez encor plus grande,
En Juillet, au temps du ciel bleu,
Nous vous mènerons par la lande
A la grand’mère du bon Dieu.
Et vous verrez vers sa filleule
La vieille Sainte Anne venir,
Et sur vous ses doigts fins d’aïeule
Se poseront pour vous bénir.
Par la vertu d’Anne-la-Bonne,
Vous serez dans votre maison
La fleur d’ajonc, la fleur bretonne,
Qui fleurit en toute saison.
Si nous dormons alors sous terre,
Où s’appuyèrent nos genoux,
A Sainte-Anne, au pays austère,
Priez en souvenir de nous…
***
Nous vous avons appelée Anne.
Vous avez les yeux fins et beaux,
Comme la reine-paysanne,
Comme la « Duchesse en sabots ».
Comme elle, d’une amour profonde,
Aimez la terre des aïeux !
Il n’en est pas une autre au monde
Plus digne d’enchanter vos yeux.
La Bretagne, hélas ! roule et tangue
Comme un navire avarié !
Priez pour elle, dans la langue
Où pour vous nous avons prié.
Et, quand vous irez, déjà femme,
Mûre pour les doux abandons,
Avec l’épousé de votre âme,
Le long des chemins de pardons,
Laissez la fougère embaumée
Vous dire dans les chemins verts :
« Votre mère ici fut aimée ;
Votre père ici fit ces vers !
« Il les fit en parler de France
Mais son cœur fut breton toujours ;
Bretonne aussi son espérance ;
Bretonnes surtout ses amours ! »
Enfant, Dieu vous donne de vivre
Pure de cœur, grave d’esprit !…
Ce mot, le dernier de ce livre,
C’est votre mère qui l’écrit.

FIN