«Présentez-vous ce soir, à 9 heures, rue du Cirque, chez sir Thomas Elgin, et... attendez-vous à une surprise.»
Il s'y présenta. Un long gentleman lui ouvrit la porte du salon, et à la vue d'une jeune femme assise près de la cheminée, ébloui, il ne put s'empêcher de s'écrier: «Ernestine... est-ce possible!...»
Mais elle, l'interrompant: «Vous vous trompez, dit-elle... Ernestine Bergot est morte et enterrée près de Justin Chevassat... cher monsieur de Brévan. Allons... quittez cet air ahuri, et embrassez la main de miss Sarah Brandon...»
C'était le ciel qui s'ouvrait, pour Maxime de Brévan.
Elle lui était donc enfin rendue, cette femme qui avait traversé sa vie comme un orage, et dont le souvenir lui était resté au cœur comme un poignard dans la blessure.
Elle lui revenait donc, plus que jamais parée de séductions irrésistibles, et c'était, pensait-il, la passion seule qui la lui ramenait.
Sa vanité le fourvoyait.
Il y avait longtemps déjà que Sarah Brandon avait cessé de l'admirer. Lancée dans le monde des aventuriers de la haute vie, elle n'avait pas tardé à apprécier Maxime à sa juste valeur. Elle le voyait tel qu'il était, lâche, cauteleux, mesquin, incapable de combinaisons hardies, à peine bon pour des gredineries de deux sous, ridicule enfin, comme l'est un coquin besoigneux.
Seulement, tout en le méprisant, Sarah le voulait près d'elle... Sur le point d'engager une partie décisive, elle sentait la nécessité d'un de ces complices à qui on peut se livrer sans restrictions. Elle avait bien mistress Brian et sir Tom, mais elle se défiait d'eux. Ils la tenaient et elle ne les tenait point. Tandis que M. de Brévan, il était bien à elle, celui-là, dépendant de son caprice, comme le bloc de glaise de la fantaisie du sculpteur.
Il est vrai que Maxime parut consterné quand elle lui eût appris que cette immense fortune dont elle avait enflammé ses convoitises était encore à faire, et qu'elle n'était pas plus avancée que le jour où elle l'avait quitté.
Elle eût pu dire qu'elle l'était moins.
Les vingt-huit mois qui venaient de s'écouler avaient fait de rudes brèches aux économies de sir Elgin et de mistress Brian. Et quand ils eurent soldé leur installation de la rue du Cirque, payé d'avance la location d'un coupé, d'une calèche et de deux chevaux de selle, c'est à peine s'il leur resta vingt mille francs.
Ils se trouvaient donc condamnés à réussir dans l'année ou à sombrer... Et ainsi acculés ils devenaient singulièrement redoutables.
Ils étaient résolus à se jeter furieusement sur la première proie qui passerait à leur portée, quand le hasard leur amena le malheureux caissier de la Société d'escompte mutuel... Malgat...
XXXI
Depuis un instant, la fatigue du vieux brocanteur avait disparu. Il s'était redressé, la lèvre frémissante, son œil jaune s'emplissait d'éclairs, sa voix vibrait...
—Seuls, poursuivit-il, les imbéciles n'attachent d'importance qu'aux grands événements... Ce sont les petits, au contraire, ceux qui semblent indifférents, qu'il faut craindre, car seuls ils décident de la vie, de même que ce n'est jamais que par un grain de sable que sont désorganisées les plus puissantes machines...
C'est par une belle après-midi du mois d'octobre que, pour la première fois, Sarah Brandon apparut à Malgat...
C'était alors un homme d'une quarantaine d'années, appartenant à une vieille et honorable famille bourgeoise, de mœurs simples, content de son sort et un peu naïf comme tous ceux qui ont vécu loin des intrigues.
Il n'avait qu'une passion: entasser dans les cinq pièces de son appartement des curiosités de toutes sortes, heureux pour huit jours quand il avait déniché quelque faïence de prix ou un meuble rare qu'il payait bon marché.
Il n'était point riche, tout son patrimoine ayant passé à enrichir sa collection, mais sa place lui valait une quinzaine de mille francs et il était assuré d'une retraite de deux mille écus.
Honnête, il l'était dans la plus magnifique acception du mot, de cette honnêteté instinctive qui ne se raisonne pas, mais qui est dans le sang même.
Depuis quinze ans qu'il était caissier, des centaines de millions avaient passé par ses mains, sans éveiller en lui l'ombre d'une convoitise. Et c'est avec une aussi parfaite indifférence que s'il eût remué des cailloux et des feuilles sèches qu'il maniait les pièces d'or et les billets de banque.
C'était plus que de l'estime, que ses directeurs avaient pour lui, c'était une amitié sincère et dévouée. Si absolue était leur confiance en lui, qu'ils eussent ri au nez de quiconque fût allé leur dire: Malgat est un voleur!...
Tel était l'homme qui était à sa caisse comme tous les jours, de dix à quatre heures, quand, à son guichet, se présenta un gentleman qui venait toucher le montant d'une traite tirée sur la Société d'escompte, par la Banque centrale de Philadelphie.
Ce gentleman, qui n'était autre que sir Elgin, s'exprimait si péniblement en français, que pour plus de facilités, Malgat le pria d'entrer dans son bureau... Il y entra suivi de Sarah Brandon...
Comment vous dire l'éblouissement du pauvre caissier à cette fulgurante apparition!... C'est à peine s'il put balbutier les explications indispensables, et le gentleman et la jeune fille étaient partis depuis longtemps qu'il demeurait encore abîmé dans une extase idiote...
Une de ces foudroyantes passions, qui guettent les hommes de mœurs pures au passage de la quarantaine venait de fondre sur lui...
Hélas! Sarah n'avait que trop discerné le triomphe de sa beauté. Certes, Malgat était bien loin d'être la dupe conjugale rêvée par ces aventuriers, mais il avait les clefs d'une caisse où affluaient les millions... On pouvait toujours en tirer quelque chose, de quoi attendre... Leur plan fut vite arrêté.
Dès le lendemain, sir Elgin se représentait seul à la caisse pour demander quelques renseignements... Il revint trois jours plus tard avec une nouvelle traite... A la fin de la semaine, il fournit à Malgat l'occasion de lui rendre un léger service...
Si bien que des relations s'établirent, qui au bout d'une quinzaine autorisèrent sir Tom à inviter le caissier à dîner chez lui, rue du Cirque.
Une voix au-dedans de lui, un de ces pressentiments qu'on devrait toujours écouter, criaient à Malgat de refuser cette invitation... Déjà il ne s'appartenait plus.
Il alla dîner rue du Cirque, et en sortit fou à lier...
Il lui avait semblé sentir tout le temps les yeux de Sarah Brandon arrêtés sur lui, ces yeux étranges et sublimes, qui bouleversent l'être jusqu'en ses plus intimes profondeurs, qui dissolvent les plus robustes énergies, qui troublent les sens et égarent la raison, qui éblouissent, qui enchantent, qui fascinent...
La plus vulgaire politesse commandait à Malgat de rendre une visite à sir Tom et à mistress Brian... Cette visite fut suivie de beaucoup d'autres.
Assurément, un homme moins aveuglé eût soupçonné un piége, tant les misérables, harcelés par la nécessité, menèrent vivement leur intrigue...
Six semaines après avoir aperçu Sarah Brandon, Malgat se croyait éperdûment aimé d'elle...
C'était absurde, c'est vrai, stupide, grotesque... N'importe, il le croyait... Il croyait à la vérité des regards de flamme dont elle l'enveloppait, à la vérité des enivrantes caresses de sa voix et de ses rougeurs divines dès qu'il entrait...
C'est alors que commença le second acte de cette ignoble comédie.
Mistress Brian, un jour, tout à coup, parut s'apercevoir de quelque chose, et fort nettement elle pria Malgat de ne plus remettre les pieds rue du Cirque, l'accusant de chercher à suborner sa nièce... Vous voyez d'ici, n'est-ce pas, cet imbécile, protestant de la pureté de ses intentions, jurant qu'il s'estimerait le plus heureux des hommes si on daignait lui accorder la main de Sarah... Mais sir Tom, d'un ton hautain, lui demanda d'où lui venait tant d'outrecuidance, et s'il se croyait fait pour devenir le mari d'une héritière qui portait dans son tablier une dot de deux cent mille dollars.
Malgat sortit en se tenant aux murs, désespéré, résolu à se tuer... Si résolu, qu'en rentrant chez lui, il chercha parmi ses curiosités un vieux pistolet à pierre et se mit à le charger...
Ah! que ne se tua-t-il alors, il eût emporté au tombeau ses décevantes illusions et son honneur intact!...
Il en était à écrire ses dernières volontés, quand on lui apporta une lettre de Sarah.
«Quand une fille comme moi aime, lui écrivait-elle, c'est pour la vie, et elle est à celui qu'elle aime ou elle n'est à personne. Si votre amour, à vous, est vrai, si les obstacles et le danger ne vous épouvantent pas plus que moi, demain soir, à dix heures, vous frapperez à la porte de la cour... j'ouvrirai!...»
Ivre de joie et d'espérances, Malgat se rendit à ce fatal rendez-vous... Savez-vous ce qui advint? Sarah se jeta à son cou, et avec une véhémence extraordinaire:
«—Je t'aime, lui dit-elle, enlève-moi, fuyons!...»
Ah! s'il l'eût prise au mot, si, lui offrant le bras, il lui eût répondu: «Oui, partons!...» l'intrigue était peut-être déjouée, et il eût peut-être été sauvé, car certainement elle ne l'eût pas suivi...
Mais avec cette pénétration qui tient du prodige, et qui semble un don de seconde vue, elle avait jugé le caissier, et elle se risqua, bien sûre qu'il reculerait.
Et en effet, il recula, l'idiot, il eut peur... Il se dit qu'abuser de l'amour de cette jeune fille si pure et si naïvement confiante, pour l'arracher à sa famille, pour la perdre, serait une indigne action...
Et il eut sur lui-même cette étonnante puissance, de la dissuader de fuir, et d'obtenir d'elle qu'elle prendrait patience, qu'elle s'en remettrait un peu au temps, pendant que lui, réfléchirait aux moyens de tourner les obstacles...
Bien des heures après avoir quitté Sarah Brandon, Malgat n'était pas revenu de son étourdissement et il se fût cru le jouet d'un songe sans le parfum pénétrant qui s'était attaché à ses habits à la place où elle avait appuyé sa tête charmante.
Mais quand enfin il essaya d'étudier la situation, il dut reconnaître qu'il s'était bercé d'illusions enfantines, que jamais il ne triompherait des résistances de sir Tom et de mistress Brian...
Il n'était pour lui qu'un moyen, un seul, de la posséder, cette femme éperdûment adorée, et c'était celui qu'elle-même avait osé proposer: un enlèvement.
S'y résoudre, c'était, pour Malgat, briser sa vie, perdre sa position, rompre violemment avec le passé pour se précipiter dans l'inconnu... Mais il songeait bien à cela, en vérité, à un moment où il escomptait par la pensée les plus étonnantes félicités qui puissent combler l'âme humaine.
C'est alors que, résolu à fuir, un obstacle se dressa devant lui auquel il n'avait pas pensé d'abord. L'argent lui manquait. Condamnerait-il donc aux humiliations de la gêne cette riche héritière qui s'abandonnait à lui, cette belle jeune fille accoutumée à toutes les superfluités du luxe? Non, ce n'était pas possible.
Et cependant, c'est à peine si tout son avoir disponible s'élevait à quelques centaines de louis... Sa fortune était représentée par toutes ces curiosités entassées en son logis, qui le charmaient autrefois, qui maintenant lui faisaient hausser les épaules.
Assurément, il en avait là pour deux cent mille francs au bas mot... Mais ce n'est pas du jour au lendemain qu'on trouve à se défaire d'une telle collection... Et le temps pressait.
Plusieurs fois, secrètement, il avait revu Sarah, et à chaque entrevue elle lui avait paru plus triste et plus inquiète... Elle n'avait à lui apporter que des nouvelles désolantes: Mistress Brian prétendait la marier, sir Tom voulait la dépayser.
Et c'est avec de tels soucis que le pauvre caissier accomplissait sa tâche quotidienne, et que machinalement, du matin au soir, il recevait ou payait des millions... Et pourtant jamais, je le jure, la pensée ne lui vint de détourner quelque chose de ces flots d'or qui coulaient entre ses mains...
Il était résolu de vendre en bloc sa collection, à n'importe quel prix, quand un jour, quelques instants avant la fermeture des bureaux, une femme se présenta au guichet, dont un ample vêtement déguisait la taille, et qui cachait son visage sous un épais voile de guipure.
Cette femme souleva son voile... C'était elle!... C'était Sarah Brandon!...
Eperdu, Malgat la fit entrer... Quel malheur était survenu, capable de la décider à une telle démarche?... Elle le lui dit en deux mots:
Informé de leurs rendez-vous, sir Tom venait de lui signifier de se tenir prête à partir le lendemain pour Philadelphie.
Ainsi, l'heure décisive était venue, où il fallait opter entre l'un de ces deux partis: Fuir le jour même ou être séparés à jamais.
Ah! jamais Sarah n'avait été si belle qu'en ce moment où elle semblait affolée de douleur, jamais de sa personne exquise ne s'était dégagé un charme si puissant ni si irrésistible. Sa respiration haletait, soulevant sa poitrine d'un mouvement précipité, et de grosses larmes, comme un chapelet de perles qui se fût égrené, roulaient le long de ses joues pâles.
Plus étourdi que par un coup de massue, Malgat demeurait pantelant devant elle, et l'imminence du péril lui arracha le secret de ses longues hésitations... Il se résigna à cet aveu qui lui semblait ignoble, qu'il n'avait pas d'argent...
Mais elle, à ce mot, se redressa comme sous une injure, et d'un ton d'écrasante ironie elle répéta:
«—Pas d'argent! Pas d'argent!»
Et comme Malgat, plus honteux de sa pauvreté que d'un crime, rougissait jusqu'à la racine des cheveux, elle lui montra du doigt l'immense coffre-fort qui regorgeait d'or et de billets de banque, en disant:
«—Qu'est-ce donc que cela?»
D'un bond, Malgat se jeta devant la caisse confiée à sa probité, les bras étendus comme pour la défendre, et de l'accent d'une indicible terreur:
«—Y pensez-vous!... s'écria-t-il, et mon honneur!»
Ce devait être la dernière convulsion de sa vertu expirante. Sarah le regarda bien en face, et lentement:
«—Et le mien!... prononça-t-elle, et mon honneur de jeune fille, le comptez-vous pour rien!... Est-ce que je ne vous le livre pas?... est-ce que je vous le marchande?...»
Mon Dieu!... Elle disait cela d'un accent et avec des regards qui eussent triomphé d'un ange!... Malgat retomba sans forces sur son fauteuil.
Alors elle se rapprocha, et dardant sur lui ses yeux étranges d'où s'irradiait une audace infernale:
«—Si tu m'aimais, cependant, soupira-t-elle, si tu m'aimais!...»
Et elle se penchait vers lui, vibrante de passion, épiant un consentement sur son visage, si près que leurs lèvres se touchaient presque...
«—Si tu m'aimais comme je t'aime!...» murmura-telle encore.
Ç'en était fait, le délire avait envahi le cerveau de Malgat. Il attira Sarah vers lui et, dans un baiser:
Elle se dégagea aussitôt et, d'une main avide saisissant des liasses de billets de banque, elle se mit à les entasser dans un petit sac de cuir qu'elle portait.
Et quand le sac fut plein:
«—Maintenant, dit-elle à Malgat, nous sommes sauvés... Ce soir à dix heures sois à la porte de la cour avec une voiture... Demain, au jour, nous serons hors de France et libres... Nous voici liés indissolublement, et... je t'aime!»
Et elle sortit!... Et il la laissa sortir!...
Le vieux brocanteur était devenu plus blanc que le plâtre du mur, ses rares cheveux se dressaient sur son front et de grosses gouttes de sueur inondaient son visage.
Il avala d'un trait une tasse de thé, puis avec un ricanement sinistre, il continua:
—Sans doute vous supposez qu'après le départ de Sarah, Malgat revint à lui?... Point. C'était à croire que dans ce baiser dont elle avait payé son crime, l'infâme créature lui avait insufflé le génie du mal qui était en elle.
Loin de se repentir, il s'applaudissait de ce qui venait d'arriver, et comme, le lendemain, précisément, le conseil de surveillance se réunissait pour vérifier les écritures, il riait en songeant à la mine de ses directeurs... Je vous l'ai dit, il était fou!...
C'est avec le sang-froid d'un scélérat endurci que ce malheureux calcula le montant du vol... quatre cent dix mille francs!
Aussitôt, pour qu'on ne pût soupçonner la vérité, il prit ses livres, et lestement et avec une diabolique habileté, il altéra ses écritures, simulant une douzaine de faux, de façon à ce qu'on crût que le déficit provenait d'une série de détournements datant de plusieurs mois.
Cette œuvre de faussaire achevée, il écrivit à ses directeurs une lettre hypocrite où il disait qu'il avait volé sa caisse pour payer des différences de Bourse et que ne pouvant dissimuler davantage ses soustractions, il allait se suicider. Cela fait, il quitta son bureau, comme d'ordinaire.
La preuve qu'il agissait sous l'empire d'une épouvantable hallucination, c'est qu'il n'avait ni remords ni appréhensions. Résolu à ne pas rentrer chez lui et à ne point se charger de bagages, il dîna dans un grand restaurant, passa ensuite quelques instants dans un théâtre, et jeta à la poste sa lettre à ses directeurs, de façon à ce qu'elle arrivât par la première distribution.
A dix heures, enfin, il frappa rue du Cirque. Ce fut un domestique qui lui ouvrit, et qui, mystérieusement, lui dit:
«—Montez... Mademoiselle vous attend!»
Glacé jusqu'à la moelle des os d'un pressentiment sinistre, il monta...
Dans le salon, Sarah était assise sur un divan, ayant à ses côtés Maxime de Brévan. Ils riaient si fort, qu'on les entendait de l'antichambre. Lorsque parut Malgat, elle leva la tête d'un air mécontent, et d'un ton brusque:
«—Ah!... c'est vous!... fit-elle. Qu'est-ce que vous voulez encore!...»
Certes, un tel accueil eût dû désabuser le misérable fou... Mais non!... Et comme il s'embrouillait dans des explications:
«—Parlons franc, interrompit Sarah. Vous venez pour m'enlever, n'est-ce pas? Eh bien! c'est tout simplement de la démence... Regardez-vous, mon cher, et dites-moi si une fille telle que moi peut être amoureuse d'un homme comme vous? Mon amant est ce charmant garçon que vous voyez là... Quant au petit emprunt de tantôt, il ne paie pas, je vous jure, au quart de sa valeur, la comédie sublime que je vous ai jouée... Croyez, d'ailleurs, que j'ai pris mes précautions pour n'être en rien inquiétée, quoi que vous disiez ou fassiez... Sur quoi, cher monsieur, salut, je vous cède la place!»
Ah! elle eût pu parler longtemps sans que Malgat songeât à l'interrompre... L'horrible vérité éclatant dans son cerveau, il lui semblait que le monde s'écroulait. Il comprit l'énormité du crime, il en discerna les épouvantables conséquences, il se sentit perdu... Mille voix du fond de sa conscience s'élevèrent qui lui criaient: Tu es un voleur... tu es un faussaire... tu es déshonoré!...
Mais quand il vit Sarah Brandon se lever pour quitter le salon, saisi d'un accès de rage furieuse, il se jeta sur elle en criant:
«—Oui, je suis perdu, mais tu vas mourir, toi, Sarah!...»
Pauvre sot, qui put croire que les misérables n'avaient pas prévu sa colère et ne se tenaient pas sur leurs gardes!...
Souple comme un de ces rôdeurs de barrières, parmi lesquels jadis elle avait vécu, Sarah Brandon esquiva l'étreinte de Malgat, et, d'un habile croc-en-jambe, le renversa sur un fauteuil.
Et avant qu'il pût se redresser, il était maintenu par Maxime de Brévan et par Thomas Elgin, qui, au bruit, s'était élancé de la pièce voisine...
Le malheureux n'essaya pas de lutter... à quoi bon!... Au dedans de lui, d'ailleurs, une lueur d'espoir s'allumait... Il lui semblait qu'il était impossible qu'une si monstrueuse iniquité s'accomplit, et qu'il n'aurait qu'à clamer la scélératesse des misérables pour les confondre...
«—Lâchez-moi, dit-il, je sors!...»
Mais ils ne le laissèrent pas se retirer ainsi... Ce qui se passait en lui, ils le devinaient.
«—Où voulez-vous aller? lui demanda froidement sir Tom. Nous dénoncer? Prenez garde! ce sera vous livrer sans nous compromettre... Si vous comptez vous faire une arme de la lettre où Sarah vous fixe un rendez-vous, ou de sa visite de tantôt, soyez désabusé; ce n'est pas elle qui a écrit la lettre, et nous lui avons ménagé tantôt un irrécusable alibi... Croyez que depuis trois mois que nous préparons cette affaire, nous n'avons rien laissé au hasard... N'oubliez pas que vingt fois je vous ai chargé d'opérations de Bourse en vous priant de les faire en votre nom... Direz-vous que vous ne jouiez pas à la Bourse?...»
Le pauvre caissier se sentait défaillir.
Lui-même, dans la crainte qu'un soupçon n'effleurât Sarah Brandon, n'avait-il pas écrit à ses directeurs qu'il avait été conduit au vol par des spéculations malheureuses!...
N'avait-il pas falsifié ses livres pour le prouver!...
Le croirait-on, quand il dirait la vérité?... A qui persuaderait-il que le vraisemblable était le faux et que c'était l'absurde qui était le vrai!...
Sir Tom, effrayant de cynisme poursuivait:
«—Avez-vous oublié les lettres que vous m'écriviez pour m'emprunter de l'argent, et où vous confessiez vos détournements! Je les ai là, lisez!...»
Ces lettres, monsieur Champcey, c'étaient celles que Sarah vous a montrées, et Malgat fut terrifié... Ce n'était pas lui qui les avait écrites, et cependant c'était son écriture, imitée avec une si désolante perfection que, pris de vertige, doutant de sa raison et de ses sens, il comprit bien que personne ne pourrait croire à un faux.
Ah! Maxime de Brévan est un artiste... Sa lettre au ministre de la marine a dû vous le démontrer!
Voyant Malgat assommé, Sarah prit la parole:
«—Tenez, mon cher, lui dit-elle, un conseil, acceptez dix mille francs que je vais vous donner et... filez... Il est encore temps de prendre le train de Bruxelles...»
Mais lui, se redressant:
«—Non, s'écria-t-il, je n'ai plus qu'à mourir... Que mon sang retombe sur vous!...»
Et il s'élança dehors, poursuivi par les rires insultants des misérables!. . . . . . . . . . . . . .
Epouvantés de l'inconcevable audace de cette atroce machination, Daniel et Mlle Henriette frissonnaient... Quant à Mme Bertolle, elle tremblait la fièvre, affaissée sur son fauteuil.
Le vieux brocanteur, cependant, continuait avec une visible précipitation:
—Que Malgat se soit ou non suicidé, on n'en entendit plus parler, et c'est par défaut qu'il fut condamné à... dix ans de travaux forcés... Sarah fut, il est vrai, interrogée par le juge d'instruction, mais ce lui fut l'occasion d'un succès.
Et tout fut dit... Et ce crime, un des plus odieux que puisse concevoir l'imagination, alla grossir la liste des forfaits impunis.
Les brigands triomphaient impudemment, en plein soleil... Ils possédaient quatre cent mille francs... ils pouvaient se retirer des affaires.
Bast!... Vingt mille livres de rentes, c'étaient trop peu pour leurs convoitises... Ils prirent cette fortune comme un à-compte de la destinée, suffisant à peine pour leur permettre d'attendre honnêtement la proie qu'ils guettaient.
Le malheur est que cette proie semblait les fuir. Vainement Sarah, lancée dans le monde de la haute vie, se faisait une réputation européenne de beauté, d'esprit et d'excentricité, aucun prince millionnaire ne demandait sa main...
Pourtant, l'argent de Malgat s'écoulait. La maison était montée sur le pied de cent mille livres de rentes, il avait fallu faire une part à M. de Brévan, sir Tom jouait, Sarah achetait des diamants, l'austère mistress Brian avait ses vices.
Bref, l'heure des expédients sonnait, quand Sarah, cherchant autour d'elle, découvrit le malheureux qu'il lui fallait.
Celui-là était un tout jeune homme, presque un enfant, bon, généreux, chevaleresque... Il était orphelin et arrivait de sa Bretagne avec toutes ses illusions au cœur et toute sa fortune, cinq cent mille francs en poche... Il s'appelait Charles de Kergrist...
Ce fut Maxime qui lui ouvrit les portes de la caverne de la rue du Cirque...
Il vit Sarah et fut ébloui... Il l'aima, il était perdu!...
Ah! il ne dura pas longtemps celui-là... Au bout de cinq mois ses cinq cent mille francs étaient aux mains de Sarah. Et quand il n'eut plus le sou, elle arracha de sa faiblesse trois fausses lettres de change, lui jurant que le jour de l'échéance elle ferait les fonds...
Mais quand le jour de l'échéance il se présenta rue du Cirque, il fut reçu comme l'avait été Malgat... On lui apprit que le faux était découvert, qu'une plainte était déposée, qu'il était perdu, enfin... De même qu'à Malgat on lui offrit de l'argent pour fuir...
Pauvre Kergrist!... on ne l'a pas manqué, lui! Fils d'une famille où l'honneur, de génération en génération, se transmettait comme un dépôt sacré, il n'hésita pas...
Etant sorti, il se pendit à la fenêtre même de Sarah, croyant ainsi dénoncer l'infâme créature par qui il était devenu un faussaire.
Malheureux enfant!... On l'avait trompé! Il n'était pas perdu, les faux n'étaient pas découverts; jamais ils n'avaient été mis en circulation.
Une minutieuse enquête ne révéla rien contre Sarah Brandon, mais n'importe, le scandale de ce suicide diminua son prestige. Elle le comprit et, renonçant à ses rêves de grandeur, elle songeait à se laisser épouser par un idiot effroyablement riche, M. Wilkie de Gordon-Chalusse, quand sir Tom lui parla du comte de la Ville-Handry.
Par sa fortune, son âge, son nom, le comte réalisait l'idéal... Sarah se jeta sur lui.
Comment ce vieillard fut attiré rue du Cirque, entouré, enlacé, enivré, et finalement épousé, vous ne le savez que trop, monsieur Champcey.
Ce que vous ignorez, c'est que ce mariage mit la discorde au camp des misérables. M. de Brévan n'en voulait pas entendre parler, et c'est à l'espoir qu'il avait de le rompre, que vous avez dû ses confidences.
Lorsque vous êtes allé le consulter, il était, depuis un mois, brouillé avec Sarah; elle l'avait chassé et cassé aux gages... Et il lui en voulait si mortellement qu'il l'eût démasquée, s'il eût su comment le faire sans se trahir lui-même...
C'est vous qui avez opéré leur rapprochement, en fournissant à M. Maxime l'occasion de servir son ancienne complice.
Il ne prévoyait pas alors que Sarah vous aimerait, qu'à son tour elle serait foudroyée par une de ces passions terribles qui étaient ses armes...
Cette découverte le transporta de rage; et l'amour de Sarah et la jalousie de Maxime expliquent la double intrigue dont vous avez été victimes...
Sarah, qui vous aimait, voulait se défaire de Mlle Henriette, votre fiancée... Ivre de jalousie, Maxime avait juré votre mort!...
Visiblement écrasé de fatigue, le père Ravinet se laissa tomber sur un fauteuil et pendant plus de cinq minutes garda le silence.
Après quoi, faisant un effort:
—Maintenant, reprit-il, résumons-nous... Comment Sarah, sir Tom et mistress Brian s'y sont pris pour dépouiller et ruiner le comte de la Ville-Handry, ce qu'ils ont fait des millions soi-disant engloutis à la Bourse, je le sais... et j'ai des preuves; donc, sans parler de leurs autres crimes, ils sont perdus... Les seules révélations de Crochard suffiraient pour perdre M. de Brévan... Les époux Chevassat, en détournant les quatre mille francs adressés à Mlle Henriette, se sont livrés... Donc nous les tenons tous, les misérables... Donc elle est enfin venue, l'heure de la justice...
Mlle de la Ville-Handry ne le laissa pas poursuivre:
—Et mon père, monsieur, interrompit-elle, mon père!...
—M. Champcey le sauvera, mademoiselle.
Très-ému, Daniel s'était levé.
—Que dois-je faire? interrogea-t-il.
—Rendre visite à la comtesse Sarah, et paraître avoir oublié... pour elle, Mlle de la Ville-Handry.
Un flot de sang empourpra le visage du jeune officier.
—Ah! c'est un rôle indigne! balbutia-t-il, et je ne sais...
Mais Mlle Henriette, lui posant la main sur l'épaule, l'arrêta... Et plongeant son regard dans les yeux de son fiancé, comme pour fouiller jusqu'au fond, de sa conscience:
—Auriez-vous donc des raisons d'hésiter? fit-elle.
Il baissa la tête, et dit:
—J'irai.
XXXII
Deux heures venaient de sonner lorsque Daniel descendit de voiture rue Le Peletier, devant le nº 79, siége de la Société des Pétroles de Pensylvanie, et domicile particulier de M. de la Ville-Handry.
De sa vie, il ne s'était senti si troublé ni si mécontent de lui. Vainement le père Ravinet et Mme Bertolle s'étaient dépensés en arguments, pour lui prouver qu'avec une femme telle que Sarah toutes les représailles étaient légitimes, ils ne l'avaient pas convaincu.
Malheureusement, s'abstenir, c'eût été risquer le repos de Mlle Henriette, sa confiance, leur bonheur à venir... et il marchait bien à contre-cœur.
Un garçon de bureau qu'il questionna lui répondit que M. le directeur devait être chez lui, au troisième, la porte à gauche. Il monta.
La bonne qui vint lui ouvrir, il la reconnut... C'était cette Clarisse qui, jadis, l'avait trahi.
Dès qu'il eut demandé le comte, elle le pria de la suivre... Elle lui fit traverser une antichambre obscure, empestée par l'odeur de la cuisine, et lui ouvrant une porte:
—Entrez! dit-elle.
Devant une table immense surchargée de papiers, M. de la Ville-Handry travaillait.
Il avait considérablement vieilli. Sa lèvre inférieure pendait avec une affreuse expression d'hébétude et de gros bourrelets rouges saillaient autour de ses yeux larmoyants.
Cependant, ses prétentions à une éternelle jeunesse survivaient. Plus que jamais, il s'était teint et peint.
Reconnaissant Daniel, il repoussa ses paperasses, et lui tendant la main comme s'ils se fussent quittés la veille les meilleurs amis du monde:
—Eh bien!... lui dit-il, vous voici donc de retour parmi nous!... J'en suis pardieu bien aise!... Nous savons comment vous vous êtes comporté là-bas, car ma femme, très-souvent, m'envoyait chercher de vos nouvelles au ministère... Mais aussi, vous voilà officier de la Légion d'honneur... Vous devez être satisfait.
—Les événements m'ont servi, monsieur...
—Hélas!... que n'en puis-je dire autant, soupira M. de la Ville-Handry...
Et épiant les impressions de Daniel:
—Vous devez être surpris, poursuivit-il, de me trouver habitant un pareil chenil, moi qui, autrefois... Mais, que voulez-vous!... Le mouvement de la spéculation... comme dit sir Elgin... Tenez, mon cher Daniel, si j'ai un conseil à vous donner, ne vous lancez jamais dans l'industrie... Ce n'est plus qu'un jeu, à notre époque, jeu effréné où tout le monde triche... Dès qu'on y risque cent sous, tout ce qu'on possède y passe... C'est mon histoire à moi, qui pensais doter mon pays d'une nouvelle branche de revenus... Du jour où j'ai eu émis des actions, la spéculation s'est jetée dessus pour les écraser par des baisses factices, et ma fortune s'est écoulée à essayer de les soutenir... Et cependant, ainsi que le disait si bien sir Tom, j'ai lutté sur ce terrain glissant aussi vaillamment que mes ancêtres en champ-clos...
A deux ou trois reprises, il passa la main sur son front comme pour écarter de son esprit de lugubres pensées, et d'un tout autre ton:
—Et cependant, continua-t-il, je suis loin de me plaindre... Mes malheurs ont été la source des plus pures, des plus ineffables félicités... Je leur ai dû de connaître jusqu'où peut aller le dévouement d'une épouse adorée... Je leur ai dû de savoir combien je suis aimé de Sarah... Seul au monde je puis dire quels trésors renferme le cœur de cet ange, qu'on a osé calomnier!... Ah! il me semble l'entendre encore, le soir où je fus contraint de lui révéler les embarras de ma situation!...
«M'avoir caché cela, s'écriait-elle, à moi; votre épouse... c'est mal!...» Et dès le lendemain, sublime de courage, elle vendait ses diamants pour m'en remettre le prix, et elle m'abandonnait toute sa fortune... Et depuis que nous sommes là, elle sort à pied comme une bourgeoise, et plus d'une fois je l'ai vue préparer de ses mains notre modeste repas...
Des larmes débordaient le bourrelet écarlate de ses yeux et roulaient le long de ses joues, traçant leur sillon à travers son «maquillage.»
—Et moi, reprit-il, de l'accent du plus sombre désespoir, comment ai-je reconnu tant d'amour et tant de sacrifices!... De quel prix ai-je récompensé celle qui a été ma consolation, ma joie, le bonheur de ma vie... Je l'ai ruinée, dépouillée... Que je meure demain, elle est sans pain!
Daniel frémit:
—Eh! monsieur le comte, s'écria-t-il, que parlez-vous de mourir... les hommes comme vous vivent cent ans!...
Mais lui, baissant la voix:
—C'est que je ne vous ai pas tout dit, poursuivit-il... Mais vous êtes mon ami, vous, et je puis vous ouvrir mon âme... Je n'avais pas la... subtilité qu'il faut pour glisser à travers les restrictions qui embarrassent les affaires... J'ai été imprudent, quoi que m'ait pu dire sir Tom... Demain, j'ai une réunion d'actionnaires, et s'ils ne m'accordent pas ce que j'ai à leur demander, je puis être compromis. Et quand on est le comte de la Ville-Handry, avant de se laisser traîner en police correctionnelle... vous m'entendez!...
Il fut interrompu par un garçon de bureau qui entra et lui remit une lettre. Il la lut, et dit:
—Répondez que je descends.
Puis, s'adressant à Daniel:
—Il faut que je vous quitte, mais la comtesse est là et elle ne me pardonnerait pas de ne vous point conduire lui présenter vos hommages... venez, et surtout pas un mot de mes craintes... vous la tueriez.
Et avant que Daniel fût revenu de son étourdissement, le comte ouvrit une porte, et le poussa dans un petit salon en criant:
—Sarah!... M. Champcey.
D'un bond, comme au choc d'une pile électrique, Sarah fut debout. Son mari déjà s'était éloigné, mais il fût resté qu'elle n'eût sans doute pas été plus maîtresse de son émotion.
—Vous!... s'écria-t-elle, Daniel!... mon Daniel!
Et se retournant vers mistress Brian, assise près de la fenêtre:
—Laisse-nous!... dit-elle.
—Votre conduite est choquante tout à fait, Sarah, commença l'austère dame.
Mais l'autre, plus durement que si elle eût parlé à un laquais:
—Tu me gênes, interrompit-elle, et je te prie de sortir...
Sans un mot, mistress Brian se retira, et la comtesse s'affaissa sur un fauteuil, comme si elle eût été écrasée par un bonheur trop intense pour ses forces, contemplant Daniel, qui demeurait comme pétrifié au milieu du salon...
Elle était vêtue d'une simple robe de mérinos noir; elle n'avait pas un bijou, mais sa beauté merveilleuse et fatale en semblait plus éblouissante... Les années avaient passé sur son front, sans y plus laisser de traces que la brise de mai sur une fleur à demi éclose... Ses cheveux avaient toujours leurs reflets d'or, ses lèvres rouges leur sourire, et ses yeux de velours ces caresses qui faisaient circuler des flammes dans les veines...
Une fois déjà, rue du Cirque, Daniel s'était ainsi trouvé seul avec elle, et ses sensations d'alors lui revenant, il frissonnait de toute sa chair... Puis songeant à ce qu'il venait faire, à la trahison qu'il méditait, l'envie le prenait de fuir...
Ce fut elle qui rompit le charme:
—Vous savez, commença-t-elle, le malheur qui nous a frappés?... Votre fiancée, Henriette... Est-ce que le comte ne vous a rien dit?
Daniel s'était assis.
—Le comte ne m'a pas parlé de sa fille, répondit-il.
—Eh bien!... mes plus tristes prévisions ont été dépassées... Malheureuse jeune fille, quoi que j'aie fait pour la retenir... et de chute en chute elle est tombée si bas, qu'un jour où une lueur de raison lui était revenue... elle s'est suicidée.
C'était fini... Sarah venait d'étouffer les derniers scrupules de Daniel. Maintenant il était bien dans les dispositions d'esprit qu'il fallait pour lutter de ruses avec la misérable. C'est donc d'un ton d'indifférence admirablement joué qu'il fit simplement:
—Ah!...
Puis, encouragé par la surprise joyeuse qu'il lut sur le visage de la jeune femme:
—Ce voyage m'aura coûté cher, reprit-il, M. de la Ville-Handry vient de m'apprendre qu'il a perdu sa fortune... je suis logé à la même enseigne.
—Comment, vous êtes...
—Ruiné!... c'est-à-dire volé, complétement... La veille de mon départ, j'avais confié à mon excellent ami Maxime de Brévan, cent mille écus—tout ce que je possédais—pour qu'il les tînt à la disposition de Henriette... Il a trouvé plus simple de se les appliquer... De sorte que me voici réduit, pour tout potage, à ma solde de lieutenant de vaisseau... C'est maigre!
C'est avec une admiration ébahie, que Sarah considérait Daniel.
De tout autre, cette prodigieuse confiance lui eût paru le comble de l'ineptie humaine; de Daniel, elle lui semblait un acte sublime.
—Serait-ce donc pour cela que M. de Brévan est arrêté?... demanda-t-elle.
Cette arrestation, Daniel l'ignorait.
—Quoi! s'écria-t-il, Maxime...
—Est en prison et au secret depuis hier soir.
Si bien stylé qu'eût été Daniel par le père Ravinet, jamais il n'eût conduit la conversation si habilement que le hasard.
—Ce n'est pas pour m'avoir volé, fit-il; que Brévan est arrêté, ce doit être pour avoir tenté de m'assassiner.
La lionne, à qui on essaie de ravir ses petits, ne s'élance pas d'un mouvement plus furieux que celui dont Sarah se dressa, l'œil en feu, la narine frémissante.
—Quoi!... s'écria-t-elle, il a osé s'attaquer à vous!...
—Personnellement, non... Mais il avait payé pour faire le coup un abject scélérat qui, étant pris, a tout avoué... Je vois que l'ordre de s'assurer de mon ami Maxime est arrivé avant moi de Saïgon.
M. de Brévan, se sentant perdu, ne serait-il pas aussi lâche que Crochard?... Cette pensée eût dû faire frémir Sarah... Mais elle y songeait bien, vraiment!...
—Ah! le misérable! répétait-elle, le lâche, l'infâme!...
Et s'asseyant près de Daniel, elle voulut qu'il lui dit toutes les circonstances de ces tentatives d'assassinat auxquelles il n'avait échappé que par miracle.
Que Daniel fût éperdûment épris d'elle, comme Planix, comme Malgat, comme Kergrist, comme tous les autres, c'est ce dont ne pouvait douter la comtesse Sarah... Elle avait eu tant de preuves de l'irrésistible et fatale puissance de sa beauté!... Comment lui fût-il venu à l'esprit que cet homme, le premier qu'elle aimât d'amour, serait le premier et le seul à lui échapper!... Elle était dupe, d'ailleurs, du double mirage de la passion et de l'absence.
Tant de fois, depuis deux ans, elle avait évoqué Daniel, elle avait tant vécu avec lui par la pensée que, prenant l'illusion de ses désirs pour la réalité, elle ne distinguait plus le fantôme de ses rêves du personnage véritable.
Lui, cependant, en était vite venu à l'entretenir de sa situation actuelle, déplorant la spoliation dont il était victime, disant qu'il trouvait bien dur de faire à trente ans l'apprentissage de la gêne.
Et elle, si pénétrante, elle ne s'étonnait pas que cet homme, le désintéressement même, autrefois, fût devenu si sensible à l'argent.
—Que n'épousez-vous une femme riche!... interrompit-elle tout à coup.
Alors, lui, avec une perfection de perfidie dont il se fût cru incapable la veille:
—Quoi!... fit-il, c'est vous qui me donnez ce conseil, vous, Sarah!...
Il dit cela si bien, d'un air si douloureusement surpris, qu'elle en fut transportée, comme de l'aveu le plus passionné...
—Tu m'aimes donc!... s'écria-t-elle, tu m'aimes...
Le grincement d'une clef dans une serrure l'interrompit.
—C'est le comte qui rentre, fit-elle.
Et vivement et à demi-voix:
—Partez!... Vous saurez demain quelle femme je vous ai choisie... Venez déjeuner avec nous, à onze heures... Allons, à demain!...
Et lui mettant aux lèvres un baiser de flamme, elle le poussa dehors...
Le malheureux, en descendant l'escalier, trébuchait comme un ivrogne.
—Je joue un jeu abominable!... pensait-il. Elle m'aime!... Quelle femme!
Il ne fallut rien moins pour le tirer de sa stupeur, que la vue du père Ravinet, qui l'attendait, blotti dans sa voiture.
—Vous!... fit-il.
—Moi-même!... Et bien m'en a pris de venir... C'est moi qui vous ai débarrassé du comte, en lui faisant monter une lettre... Maintenant, dites-moi tout.
Rapidement, pendant que la voiture roulait, Daniel rapporta sa conversation avec le comte et avec Sarah... Et quand il eut achevé:
—L'affaire est dans le sac! s'écria le vieux brocanteur, mais il n'y a plus une minute à perdre... Rentrez m'attendre à l'hôtel, je cours au parquet...
A l'hôtel, Daniel trouva Mlle Henriette se mourant d'inquiétude... Pourtant, elle ne s'informa que de son père... Orgueil ou discrétion, elle ne prononça pas le nom de la comtesse Sarah...
Ils n'eurent d'ailleurs pas longtemps à s'entretenir. Le père Ravinet ne tarda pas à reparaître, effaré et affairé. Il entraîna Daniel pour lui donner ses dernières instructions, et ne le quitta qu'à minuit en lui disant:
—Le terrain brûle sous nos pieds, soyez exact demain...
A l'heure dite, en effet, Daniel se présentait rue Le Peletier, et c'est avec une exclamation de plaisir que le comte l'accueillit.
—Ah!... vous arrivez à propos, s'écria-t-il... Brian est absente, Tom est pris par mes affaires, et il faut que je sorte après déjeuner... Vous tiendrez compagnie à la comtesse... Allons, Sarah, à table!...
Il fut sinistre, ce déjeuner.
Sous l'épaisse couche de fard du comte, on discernait sa pâleur livide, et, à chaque moment, des tressaillements nerveux le secouaient.
La comtesse affectait une gaieté d'enfant, mais ses gestes saccadés trahissaient les épouvantables agitations de son âme.
Daniel observa qu'elle versait incessamment du vin au comte—du vin de Sauterne—et que, pour le pousser à boire, elle buvait elle-même extraordinairement.
Midi sonna, M. de la Ville-Handry se leva.
—Allons, fit-il de l'air et du ton d'un homme qui se fût encouragé à marcher à l'échafaud, il n'y a plus à reculer, on attend.
Et, après avoir embrassé sa femme avec une tendresse passionnée, il serra la main de Daniel et sortit précipitamment.
Rouge, haletante, Sarah s'était dressée, prêtant l'oreille... Et quand elle fut sûre que le comte avait quitté l'appartement:
—Maintenant, Daniel, prononça-t-elle, regardez-moi... Faut-il vous dire que la femme que je vous destine, c'est... la comtesse de la Ville-Handry?...
Lui frémit... Mais d'un prodigieux effort il se maîtrisa, et calme, souriant, d'un ton moitié tendre et moitié ironique:
—Pourquoi, dit-il, parler d'un bonheur impossible?... N'êtes-vous pas mariée?
—Je puis devenir veuve!
Ce mot, dans sa bouche, avait une effroyable signification... Mais Daniel l'attendait.
—C'est vrai, fit-il. Malheureusement, vous êtes aussi ruinée que moi... et nous avons trop d'esprit pour unir nos deux misères.
Elle le regarda, souriant d'un sourire étrange... Evidemment, elle hésitait... Une dernière lueur de raison lui éclairait l'abîme.
Mais l'ivresse de l'orgueil et de la passion se mêlant à l'exaltation du vin, emplissaient de délire cette tête ordinairement si froide.
—Et si je n'étais pas ruinée!... fit-elle d'une voix sourde... Que diriez-vous?
—Je dirais que vous êtes bien la femme que doit rêver un ambitieux de trente ans!...
Elle le crut, oui, elle put croire qu'il disait vrai, et s'abandonnant:
—Eh bien!... sache-le donc, s'écria-t-elle, je suis riche, immensément riche... Toute cette fortune que possédait le comte de la Ville-Handry, et qu'il croit perdue à la Bourse, c'est moi qui la possède... Ah! j'ai eu d'horribles dégoûts à surmonter pour jouer deux années durant à ce vieillard imbécile la comédie du sublime de l'amour... Mais ton souvenir me soutenait, ô mon Daniel bien aimé... Je savais que tu me reviendrais, et je voulais pour toi une opulence royale... Et je triomphe!... Ces millions que je convoitais, je les tiens, et tu es là, et je puis te dire: ils sont à toi, comme moi-même... prends, dispose!...
Effrayante et superbe d'impudeur et d'énergie, elle se redressait, secouant la tête d'un geste de défi, qui épandait sur ses épaules les flots dorés de ses cheveux...
L'indomptable vagabonde des barrières surgissait tout à coup, haletante et frémissante, la voix rauque, tout en désir... Plus resplendissante que si sa beauté étrange eût été éclairée par les reflets même de l'enfer...
Daniel éperdu, sentait chanceler sa raison... Pourtant, il eut la force de dire:
—Malheureusement, vous n'êtes pas veuve!...
Elle se rapprocha, et d'une voix stridente:
—Pas veuve!... fit-elle. Sais-tu ce que fait M. de la Ville-Handry, à cette heure?... Il implore de ses actionnaires un vote qui l'absolve des irrégularités de sa gestion... Qu'on le lui refuse... c'est la cour d'assises. Eh bien! on le lui refusera, car parmi les plus forts porteurs de titres, il est trois hommes à moi, payés pour refuser... Que penses-tu que fera le comte quand il se verra déshonoré, flétri?... Je vais te le dire, moi qui l'ai vu écrire son testament et charger son revolver...
Mais la porte d'entrée de l'appartement s'ouvrait... Elle devint pâle comme pour mourir, et serrant à le briser le bras de Daniel:
—Ecoute!... fit-elle.
On entendit un pas lourd dans l'antichambre, puis... plus rien!
—C'est lui, murmura-t-elle... notre avenir se décide...
Un coup de feu qui retentit, faisant vibrer les vitres, lui coupa la parole...
Un spasme la secoua, des talons à la nuque, mais se roidissant:
—Libres! s'écria-t-elle, nous sommes libres, Daniel!...
Et, s'élançant vers la porte, elle l'ouvrit...
Elle l'ouvrit... mais aussitôt violemment elle se rejeta en arrière avec un cri terrible.
Sur le seuil, les traits affreusement décomposés, M. de la Ville-Handry était debout, tenant à la main son revolver encore fumant.
—Non, prononça-t-il, non, Sarah, vous n'êtes pas libre!...
Livide, la pupille dilatée par l'épouvante, la misérable créature avait reculé jusqu'à une porte qui, de la salle à manger, conduisait dans sa chambre.
Cependant, elle ne désespérait pas...
Elle cherchait, on le voyait, quelqu'une de ces explications inadmissibles qu'admet quand même la crédule passion d'un vieillard...
Elle ne chercha plus, lorsque, le comte s'étant avancé, elle vit apparaître derrière lui le père Ravinet.
—Malgat, s'écria-t-elle, Malgat!...
Et elle étendait les mains en avant, comme pour écarter un spectre qui, sortant de la tombe, eût ouvert les bras pour la saisir et l'y entraîner...
Cependant, après Malgat, s'avançait Mlle Henriette, appuyée au bras de Mme Bertolle.
—Elle! murmura Sarah, elle aussi!...
La terrifiante vérité éclatant dans son cerveau, elle discernait le piége qui lui avait été tendu, et qu'elle était perdue.
Alors, se retournant vers Daniel:
—Malheureux! fit-elle, quels conseils as-tu écoutés!... Ce n'est pas dans ton âme loyale qu'a germé la pensée de cette lâche trahison... Fou, qui ne voit pas que pour être aimé, ne fût-ce qu'un jour, comme je t'aime, Malgat volerait encore sa caisse, et le comte donnerait encore ses millions et son honneur...
Ainsi elle disait; mais en même temps elle avait glissé une de ses mains derrière son dos, et cherchait le bouton de la porte... Elle le trouva, et aussitôt, avant que personne eût pu prévenir son mouvement, elle disparut...
—Va!... les autres issues sont gardées, cria Malgat.
Mais elle ne cherchait pas à fuir, et déjà elle reparaissait, blanche et froide autant que le marbre.
Elle promena autour d'elle un regard hardi et, d'une voix railleuse:
—J'ai aimé, prononça-t-elle, et je péris. C'est justice. Aimer!... Planix, Kergrist et Malgat eussent pourtant dû m'apprendre où cela mène...
Et étendant le bras vers Daniel:
—Quant à toi, poursuivit-elle, tu sauras ce que tu perds quand je ne serai plus... Je puis mourir, mon souvenir demeurera en toi comme une blessure chaque jour avivée et toujours plus cuisante... Tu l'emportes, Henriette, mais souviens-toi qu'entre les lèvres de Daniel et les tiennes, toujours se dressera l'ombre de Sarah Brandon!...
Elle dit, et d'un geste plus prompt que la pensée, elle porta à sa bouche un flacon qu'elle tenait caché dans sa main...
Elle but, et se laissant tomber sur une chaise:
—Maintenant, balbutia-t-elle, je vous défie tous.
—Ah! elle nous échappe!... s'écria Malgat, elle échappe à la justice!...
Il s'élançait pour la secourir, Daniel lui barra le passage, disant:
—Laissez-la mourir...
Déjà d'affreuses convulsions la secouaient, et à la pénétrante odeur d'amandes amères qui se répandait dans le salon, on reconnut quel poison elle avait pris, et qu'il était de ceux qui ne pardonnent pas.
On la porta sur son lit, et moins de dix minutes après elle expirait, sans avoir prononcé une parole...
Mlle Henriette et Mme Bertolle s'étaient agenouillées près du lit, et le comte sanglotait dans un coin, lorsqu'un commissaire de police parut.
—La femme Brian est introuvable, dit-il, mais le sieur Elgin est arrêté... Où est la comtesse de la Ville-Handry?...
Daniel montra le cadavre.
—Morte! fit le commissaire... je n'ai plus rien à faire ici...
Déjà il se retirait, quand Malgat l'arrêtant:
—Pardon!... monsieur, fit-il... Je ne suis pas Ravinet le brocanteur, mais bien Malgat, l'ancien caissier de la Société d'Escompte Mutuel, condamné par contumace à dix ans de travaux forcés... Je veux être jugé, je me constitue prisonnier!
XXXIII
. . . . . Ainsi qu'il l'avait espéré, le juge de Saïgon obtint de poursuivre l'instruction qu'il avait si habilement commencée, et ce fut lui qui fit condamner aux travaux forcés à perpétuité Justin Chevassat, dit Maxime de Brévan.
Crochard, dit Bagnolet, en fut quitte pour vingt ans, et les époux Chevassat s'en tirèrent moyennant huit ans de réclusion chacun...
L'affaire de Thomas Elgin, qui vint au rôle dans la même session, révéla une escroquerie presque invraisemblable, à force de hardiesse... C'était de fausses actions qu'il faisait racheter à M. de la Ville-Handry, ruinant ainsi, du même coup, le comte et l'entreprise dont il avilissait les titres... Il fut envoyé au bagne pour vingt ans...
Ces scandaleux débats dégagèrent l'honneur de M. de la Ville-Handry, mais trahirent une si prodigieuse incapacité, qu'on soupçonna dès lors le rôle qu'avait joué sa première femme, la mère de Mlle Henriette.
Il resta d'ailleurs pauvre, relativement. On avait bien fait rendre gorge à sir Tom, et retrouvé la fortune de Sarah, mais le comte avait à payer son ineptie... Et quand il eut désintéressé ses créanciers, et remis à sa fille une portion de l'héritage de sa mère, il ne lui resta pas trente mille livres de rentes...
Seule de toute «la Clique» mistress Brian échappa...
Malgat s'étant présenté dans les délais de rigueur pour purger sa contumace, le jugement qui le frappait se trouvait anéanti, et il fut renvoyé en cour d'assises... Mais son affaire fut ce qu'elle devait être.
Son avocat eut peu à dire... le ministère public s'était chargé de la tâche de la défense.
Après avoir expliqué en quelles circonstances le pauvre caissier avait failli, M. E. de S..., substitut du procureur impérial, poursuivait:
«Maintenant, messieurs, que vous connaissez le crime, il est juste de vous dire ce que fut l'expiation volontaire.
«Sorti de chez la misérable qui l'avait perdu, fou de douleur et décidé à se donner la mort, Malgat rentra chez lui... Il y trouva sa sœur...
«C'était, messieurs, c'est une de ces femmes qui ont gardé pieusement le culte des vertus domestiques, et qui ne savent ce que c'est que de transiger, quand parlent l'honneur ou le devoir...
«Elle eut bientôt arraché à son frère le fatal secret, et surmontant l'horreur qu'elle dut ressentir, elle trouva dans son cœur des accents pour l'émouvoir et le faire revenir sur ses résolutions... Elle lui dit que le suicide ne serait qu'un crime de plus, que l'honneur lui commandait de vivre pour réparer, pour restituer l'argent qu'il avait volé.
«Lui renaissait à l'espérance et se retrempait à cette énergie... Et pourtant que d'obstacles!... Comment rendre quatre cent dix mille francs!... Comment les gagner, et où, maintenant qu'il allait être réduit à se cacher?...
«Alors, messieurs, savez-vous ce que fit cette sœur sublime en son dévouement?... Elle possédait douze mille livres de rentes, elle les vendit et en porta le capital au directeur de la Société d'Escompte, le priant d'attendre pour le reste, affirmant que tout serait remboursé, la somme dérobée et aussi les intérêts jusqu'à parfait payement. Elle lui demandait en échange et il lui promit le secret.
«Et de ce jour, messieurs, le frère et la sœur vécurent comme les plus pauvres artisans, travaillant sans relâche, se refusant tout ce qui n'était pas le strict nécessaire...
«Et aujourd'hui, messieurs, Malgat ne doit plus rien à la Société d'Escompte... Ayant failli, il s'est relevé... Et ce banc d'infamie de la cour d'assises, sera pour lui le piédestal de la réhabilitation!...»
Malgat fut acquitté...
C'est à l'église de Sainte-Clotilde qu'a été célébré le mariage de Mlle de la Ville-Handry et du lieutenant Champcey.
Daniel avait pour témoins Malgat et le vieux chirurgien-major de la Conquête.
Plusieurs personnes remarquèrent que la mariée portait, contre l'usage, une robe de mousseline brodée.
C'était celle que Mlle Henriette avait si souvent mouillée de ses larmes au temps où, incertaine du pain du lendemain, elle essayait de vivre de son travail.
Malgat l'avait cherchée et rachetée, cette robe précieuse, et c'était son présent de noces...
M. de la Ville-Handry voit peu son gendre... Il s'en prend à lui de la mort de Sarah, qu'il adore par-delà le tombeau.
—Elle a été calomniée!... dit-il parfois en pleurant.
Il est le seul à pouvoir le penser. Et pourtant il se trouve des gens qui seraient ravis de réveiller les infamies jadis répandues par Sarah pour perdre Mlle Henriette.
—Certes, disent-ils, Mme Champcey est charmante, mais il paraît qu'autrefois...
Ceux-là feront bien de toujours se tenir hors de la portée du bras de Daniel et de son fidèle Lefloch.
FIN
St-Amand.—Imprimerie de Destenay.
OUVRAGES DU MÊME AUTEUR
Format grand in-18 jésus
| L'Affaire Lerouge, 10e édit. 1 vol. | 3 | 50 |
| Le Crime d'Orcival, 6e édit. 1 vol. | 3 | 50 |
| Le Dossier nº 113, 9e édit. 1 vol. | 3 | 50 |
| Les Esclaves de Paris, 3e édit. 2 vol. | 7 | » |
| Monsieur Lecoq, 4e édit. 2 vol. | 7 | » |
| La Vie infernale, 3e édit. 2 vol. | 7 | » |
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PARIS.—IMP. SIMON RAÇON ET COMP, RUE D'ERFURTH 1.